02/01/2013

A propos d'un livre consacré à John Cowper Powys

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A propos de la publication d'un livre consacré à

John Cowper POWYS

par

Les Perséides

 

Nous dédions ce petit post sans prétention à Monsieur Manuel de Dieguez, philosophe entre les philosophes, infiniment nécessaire à notre temps de Tohu et Bohu, qui eût excité le plus vif intérêt chez l'ermite de Blaenau Ffestiniog, comme lui jusqu'au bout indéfectible champion des humiliés et des offensés. Quelle chance nous aurons eue d'être les contemporains de ces chênes qu'on n'abat pas !

 

2 octobre ! C'est le 2 octobre que ce livre a été présenté dans une librairie de la Rive Gauche en présence de ses deux auteurs. Et nous voici le 2 janvier, à venir enfin vous en parler ! Non, l'intendance ne suit pas toujours, quoi qu'en ait dit mongénéral. Cela étant, et même si les bons livres, comme le bon vin, peuvent s'accomoder sans mal de quelques années de cave, mieux vaut en parler avant que l'absence de bruit les ait envoyés au pilon. Retard, donc. Circonstances indépendantes de notre volonté. Notre faute quand même !

Adonc, ce livre, écrit en français, consacré à l'auteur anglais John Cowper Powys, et plus spécifiquement à sa philosophie, venait de sortir aux éditions Les Perséides. Et comme on ne parle jamais trop des « petits » éditeurs en train de sauver l'honneur de l'édition en France, un mot d'abord sur ces dernières, situées au coeur du village de Bécherel, qui est à la Bretagne ce que Redu est à l'Ardenne et Hay-on-Wye au Pays de Galles : un village du livre.

[ http://www.becherel-autour-du-livre.com/categorie-1079014...

http://il-bouge-le-livre.blog.lemonde.fr/2009/04/16/beche...

http://www.redu-villagedulivre.be/index.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hay-on-Wye  ]


En plein accord avec la philosophie du lieu, Les Perséides sont à la fois une maison d'édition et une librairie, qu'animent Thomas van Ruymbeke et Solen Cueff.

5 rue du Faubourg Bertault 35190 Bécherel

Tél. 02 99 66 68 79 - 06 70 44 74 83

Ouvert tous les jours de 10 heures à 19 heures sauf le mardi après-midi.

e-mail : lesperseides@free.fr

Nous ne croyons même pas nous avancer trop en ajoutant qu'on peut aussi y prendre le thé, mais il vous est loisible, chers internautes, de leur rendre, sans attendre le printemps, une petite visité électronique :

http://lesperseides.fr/la-librairie-les-perseides-2/


Pour être brefs, Les Perséides est une maison d’édition de littérature et d'histoire fondée à Rennes en 2004, qui décline sa production en plusieurs collections : La Lune Attique, qui alterne les fictions inédites d'auteurs contemporains, des textes à dominante surréaliste à redécouvrir et des œuvres traduites issues du patrimoine de la littérature mondiale. La collection Aux Sources de l'histoire, qui décrypte les mythes de l'histoire de France à travers des textes clés. Enfin, Le Monde Atlantique, qui s'adresse aux chercheurs et étudiants en histoire atlantique, et plus généralement à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des révolutions ou à celle de l'esclavage et du colonialisme.

Il semble aussi que la maison ait à coeur de mettre, quand elle le peut, le pied à l'étrier aux écrivains de la région, ce qui est tout à son honneur.

 

Le livre :

 

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Pierrick Hamelin

Goulven Le Brech


John Cowper POWYS`

Une philosophie de la vie


Bécherel, Les Perséides, 2012

21 x 14 cm, 128 pages, 15 €

 

 


Les auteurs :


Goulven Le Brech est archiviste et il vit à Gentilly. Spécialiste du philosophe Jules Lequier auquel il a consacré une biographie (La Part Commune, 2007), il est aussi l’auteur d’un récit de pérégrinations en Nouvelle-Calédonie, (Sur le Caillou, Petit Pavé, 2010).

Pierrick Hamelin vit et enseigne en Loire-Atlantique, près de Nantes. Aux Editions Les Perséides, il a déjà publié Point de fuite (2005), Une dernière fois la mer (2007), Promenades philosophiques (2009) et Manège (2010).

Quant à John Cowper Powys, qu'en dire sinon qu'il est d'autant plus cher à notre coeur que nous l'avons, dans une autre vie, traduit et publié nous-mêmes.


 

*

 

Nous ne dirons rien de la première partie, « L'expérience de la vie », traitée par Goulven Le Brech, parce que notre ami Edouard Lecèdre nous a envoyé, là-dessus, un compte-rendu si enthousiaste, que nous ne voyons pas ce que nous aurions pu vous en conter de plus intéressant.

Nous avons donc (votre servante a) l'agréable tâche de dire tout le bien qu'il faut penser du travail de M. Pierrick Hamelin, qui a choisi, lui, d'aborder l'espèce d'Himalaya dont il avait à rendre compte en moins de quarante pages sous la forme d'un « Abécédaire ».

Ce parti pris peut paraître étrange à ceux qui ne connaissent pas du tout Powys, mais les powysiens, eux, y reconnaîtront au passage des plages, des pics, des promontoires dont ils sont familiers et admettront que ces « bornes d'histoire littéraire» sont aussi pertinentes qu'elles pouvaient l'être pour présenter l'auteur à ceux qui n'en savent peut-être rien encore. Il fallait bien commencer par quelque part et dieusait que l'entreprise n'était pas facile. Impossible de celer qu'en rédigeant ces lignes, il nous est venu à l'esprit, de façon irrésistible, des mots ou des expressions qui eussent pu être ajoutés au choix fait par M. Hamelin. Ils viendront peut-être, qui sait, étoffer une réédition future. En attendant, que les lecteurs ne boudent pas leur plaisir, celui de la découverte pour les uns, de la reconnaissance parfois amusée pour les autres.

 

Bibliographie :

Un bémol cependant : l'ouvrage est suivi d'une bibliographie qui serait parfaite si elle était complète, d'autant qu'elle est suivie d'une recension détaillée des moindres articles consacrés à John Cowper Powys par divers sites et revues de langue française. A l'évidence, les auteurs ont consulté, de bonne foi, une source qui pratique l'apartheid. Ce sont des choses qui arrivent.

Bouchons donc les trous et ajoutons aux oeuvres de JCP traduites en français. :

Jugement suspendu sur Oscar Wilde, (avec L'âme de l'homme sous le socialisme d'Oscar Wilde), Verviers, La Thalamège, 1986, (traductions de Suspended judgements : Oscar Wilde et de The Soul of Man under Socialism par Catherine Lieutenant)

Spectres réels, Verviers, La Thalamège, 1986, traduction de Real Wraiths, par Catherine Lieutenant.

Le Hibou, le canard et Miss Rowe ! Miss Rowe !, Verviers, La Thalamège, 1986, traduction de The Owl, the Duck, and Miss Rowe ! Miss Rowe ! par Catherine Lieutenant, la réédition de 2007 par l'Atelier de l'agneau (Saint-Quentin-de-Caplong) reproduisant et modifiant sans autorisation, l'édition originale.

Manque aussi (ostracisme aussi ?) dans la liste des articles consacrés à Powys, un texte de Marc-Edouard Nabe, qui a pourtant paru en son temps dans la Powys Review. Faute de pouvoir le retrouver, signalons, parce qu’elle le mérite, sa préface à l’édition française de Dostoïevski, chez Bartillat :

 

2 bis - Nabe - Préface  -906x673-images-stories-couvertures-complete-dostoevski_-_powys.jpg

 

http://www.alainzannini.com/index.php?option=com_content&...


 

*

 

UNE VIE PHILOSOPHIQUE

Edouard Lecèdre

 

Qui en France aujourd’hui connaît suffisamment bien John Cowper Powys (1872-1963) pour se tenir à l’affût des soubresauts de l’actualité éditoriale le concernant et réagir promptement au moindre écrit dont il serait le sujet ? Car, à ce jour, l’iceberg que représente cet immense auteur garde encore profondément immergée une part importante de son œuvre, qu’il s’agisse par exemple de Atlantis, ou de Porius, deux monuments encore non traduits, ou de rééditions d’ouvrages devenus introuvables (on pense à Une philosophie de la solitude, à La vision complexe…), de ses poèmes, ou encore d’essais sur son œuvre, (il vaudrait mieux ici parler de facettes de son œuvre tellement sa production est vaste et variée).

Apparemment, si l’on en croit les deux auteurs et le petit groupe de spécialistes qui étaient présents à la présentation du livre le 2 octobre dernier à la librairie « L’écume des pages » située près de l’église Saint Germain-des-Prés à Paris, les connaisseurs et les amateurs de l’homme et de l’œuvre seraient plus nombreux qu’on ne le croit, malgré le silence tonitruant dont John Cowper Powys fait l’objet dans la sphère littéraire française. Ils seraient assez nombreux pour permettre à la France de se distinguer parmi les premiers pays où ses livres sont traduits et diffusés….et donc lus. Que penser alors de l’embrasement des esprits des milieux autorisés, comme on dit, si des articles, voire des dossiers Powys étaient publiés dans les suppléments livres des quotidiens nationaux ou dans les magazines spécialisés en littérature, à la place des recensions obligées sur la pitoyable création littéraire française contemporaine !

C’est pourquoi il faut saluer l’événement que constitue la sortie du livre John Cowper Powys – Une philosophie de la vie et remercier les auteurs d’avoir effectué ce salutaire travail de sensibilisation à l’œuvre si dense de Powys, écrit sous forme d’une présentation générale, se voulant simple, rédigée dans le but d’une appropriation aisée et rapide de l’univers powysien par le lecteur néophyte. Une sorte de propédeutique donc, pour comprendre, sinon appréhender l’œuvre complet de cet auteur important. Et pour cela, le livre se compose de deux parties très différentes. Il revient à Goulven Le Brech le mérite d’avoir très bien développé au long des soixante-douze pages de son essai, ce qu’il y a derrière le sous-titre même de l’ouvrage « Une philosophie de la vie » en nous présentant de façon claire et appétissante, les principes de vie qui dirigèrent Powys dans sa vie et dans ses écrits.

Pierrick Hamelin, quant à lui, a choisi d’établir un abécédaire, forcément restreint tant l’œuvre est immense, où il a retenu les thèmes, les termes et parfois les thèses, qui lui ont semblé être assez représentatifs de l’univers powysien pour figurer dans une sorte de guide pratique avant voyage et de boussole si on est perdu dans les romans ou les essais.

 

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La première partie, rédigée de façon scrupuleuse est une réussite (on sent immédiatement que Le Brech a à la fois découvert l’auteur - qui l’a intrigué - et a apprécié sa vision des choses). Une sensation de confort s’installe dès les premières pages, due autant à la clarté du propos qu’à la conjugaison harmonieuse de l’inévitable axe narratif de la chronologie, avec la mise en valeur thématisée des grandes données conceptuelles et philosophiques de l’œuvre powysienne. Le lecteur a l’impression d’être guidé pour pénétrer dans un monde singulier, parfois complexe, voire difficile, de la même façon qu’il serait mis en confiance sur un sentier de randonnée pédestre inédit, grâce à la carte d’état major qu’on lui aurait remise en main. Comme toute randonnée, celle-ci comporte également des étapes. Le Brech a choisi, pour nous expliquer à la fois la philosophie de John Cowper Powys et sa genèse, du moins son évolution, de faire halte sur certains ouvrages, et pas des moindres. Qu’on en juge : La vision complexe, Wolf Solent, Les sables de la mer (Weymouth Sands), Le Hibou, le Canard et - Miss Rowe ! Miss Rowe !, Une philosophie de la solitude, L’Art du bonheur, Apologie des sens, Le sens de la culture.

On ressort de cette lecture très galvanisé. Découvrir, ou, pour les connaisseurs, apprécier de cette nouvelle façon, une partie significative de l’univers powysien, fait prendre conscience de la grande modernité de cet auteur et de la pertinence de ses textes pour comprendre ce XXIème siècle si confus, si incertain, sans dessein de civilisation. Une fois le livre refermé, on est lesté de plusieurs gros concepts que Goulven Le Brech a réussi à faire suffisamment apparaître pour donner envie d’aller plus loin. Il appartiendra ensuite à chacun de les étudier de plus près. Pour cela il a fait le choix particulier de prendre comme matrice de départ le premier essai que Powys écrivit à l’âge de quarante-huit ans, La vision complexe, sur lequel il consacre l’important premier chapitre qui agit à son tour comme matrice du livre. La vision complexe étant hélas introuvable aujourd’hui, on ne peut que remercier l’auteur d’avoir fait une très bonne synthèse de ses quatorze chapitres, jusqu’à détailler les plus importants. Pour lui en effet, les idées force qui structurent la pensée de Powys prennent naissance dans ce premier essai. On peut les regrouper en quatre ensembles qui sont intimement liés et donc se recoupent.

Le premier concerne le principe de volonté comme principe premier pour atteindre le bonheur malgré toutes les vicissitudes de la vie. Pour Powys en effet, l’harmonie avec soi-même s’obtient par un combat permanent contre l’adversité, représenté notamment par la façon dont s’organise la société moderne. Afin de lutter contre [l’état dépressif], l’individu a la capacité de se rapporter aux objets qui l’environnent non seulement par la raison et la sensation, mais aussi par l’éventail des ouvertures de la conscience au monde qu’offrent la volonté, le sens esthétique, l’imagination, la mémoire, la sensation, l’instinct, l’intuition et l’émotion. Mais, est-il précisé fort heureusement, la philosophie de la vision complexe n’a rien à voir avec la jouissance et n’est pas une nouvelle forme d’hédonisme. Pour Powys, le but de la vie dans sa haute signification philosophique n’est pas la recherche de la jouissance, mais l’art de ne pas s’attarder sur les moments de déplaisir (on pourra lire dans L’art d’oublier le déplaisir, comment Powys développe cette idée). La note en bas de la page 57 est à ce titre éloquente, tirée d’un passage de Une philosophie de la solitude : « …à chaque crise, quand nous sommes harassés, surmenés, poursuivis, persécutés, totalement confondus, misérablement humiliés, nous avons besoin d’une image mentale significative à laquelle nous puissions sans délais recourir, image qui soit en même temps un acte et une idée, une peinture mentale et une incitation à l’effort psychologique, image qui représente déjà en soi-même un effort psychologique. ».

Le deuxième ensemble conceptuel porte sur le fait de convoquer la culture pour combattre l’adversité (les ennuis quotidiens, la médiocrité de la vie moderne). Ce concept est très important. Dans notre société appelée post-moderne, où toutes les valeurs se valent, où il faut être consensuel en toutes choses pour ne pas choquer et où les mots ont perdu leur véritable sens, le mot culture est l’un des plus galvaudés. Le Brech présente très efficacement la pensée de Powys dans ce domaine en exprimant clairement les choses pour éviter les confusions. Powys insiste sur le fait que la culture, comprise comme le développement de soi, n’a rien à voir avec l’érudition. Effectivement ! Et plus loin il ajoute : [Powys] distingue par conséquent l’attitude de l’homme cultivé avec l’attitude de l’homme éduqué. Ce dernier, même doté d’une grande érudition, s’il ne conçoit pas le développement de sa culture comme un moyen de densifier son rapport personnel à la vie et se sert uniquement de ses connaissances pour briller en société, n’a rien de commun avec l’homme cultivé. L’intelligentsia germanopratine appréciera !!! Plus loin encore : La culture […/…] est, selon Powys, une attitude personnelle adoptée face aux vicissitudes de la vie, qu’il convient d’élargir et d’approfondir tout au long de son existence. […/…]. Face aux aléas de l’existence, face aux diktats de la science et de la religion, face aux nécessités économiques de son pays, la culture est le socle inaliénable à partir duquel chaque individu se construit. De la culture, on passe bien sûr à la littérature comme principe actif dans la vie quotidienne et non pas comme un stock froid de connaissances livresques. Conscient  des maux de la société […/…], des horreurs perpétrées un peu partout sur la surface de la Terre […/…], son attitude se nourrit de l’ironie désabusée qu’il trouve dans les œuvres des […/…] grands écrivains et poètes. Son optimisme forcené n’est pas sans ignorer par exemple les tourments de l’homme du souterrain de Dostoïevski ou les errements de Jim dans Lord Jim de Conrad. On ne peut éviter de penser ici aux travaux de Frédérique Leichter Flack qu’elle a présentés dans son livre Le laboratoire des cas de conscience. Le Brech nous donne un très bel exemple d’application de ce principe powysien à travers un long extrait d’un de ses essais écrit en 1929 : Le sens de la culture (pages 49 à 51) qu’on laisse aux lecteurs le soin de savourer.

Le troisième concept a trait à l’érection de l’imagination créatrice comme antidote à la mort sociale et intellectuelle. Même s’il recoupe les thèmes précédents, ce principe philosophique, développé dans La vision complexe, est un fil rouge qui traverse tous les récits de Powys, notamment ses grands romans (Givre et sang, Wolf Solent, Les sables de la mer…). C’est une attitude mentale de refuge de la conscience grâce au pouvoir sans borne de l’imagination. Cette conscience est comparée à un instrument précieux qu’il faut maintenir vivant. Philosopher consiste à maintenir pur l’éclat de ce cristal […/…] et le polir sans cesse. Empruntant aux philosophes William James (1842-1910) et surtout Henri Bergson (1859-1941) et en convergence par ailleurs avec le courant de l’individualisme-anarchisme John Cowper Powys affirme l’irréductible liberté créatrice [qui se trouve] au cœur de l’homme. Il partage avec les penseurs de ce courant la conviction que les hommes peuvent être libres et égaux, non par le biais de l’action d’organisations collectives, mais par leur propre effort individuel. Pour développer ce point, Le Brech s’appuie sur un ouvrage de David Goodway : Anarchist seeds beneath the snow – left-libertarian thought and british writers from William Morris to Colin Ward, où est établie une filiation entre Powys et des auteurs comme Oscar Wilde,  Herbert Read, Aldous Huxley ou George Orwell.

Mais, s’agissant à la fois de ce dernier auteur, et dans la mesure où Le Brech indique dans sa préface la pertinence de l’œuvre de Powys encore aujourd’hui, on aurait pu citer comme référence contemporaine, à la fois sur la philosophie anarchiste et sur l’infinie puissance créatrice du cerveau humain, un auteur aussi essentiel que Noam Chomsky, dont les travaux en linguistique et les conceptions philosophiques anarchistes sont en rapport avec le sujet.

Plus loin, sur la force de l’imagination créatrice, Le Brech n’oublie pas d’indiquer que Powys insiste en particulier sur le sens esthétique qu’il place au-dessus […/…] car orienté vers les racine mêmes de la vie. […/…]. Néanmoins, il ne s’agit pas pour l’artiste, l’écrivain ou le poète d’exercer son talent uniquement en direction de hautes idées esthétiques et morales, car ce qui est révélé par le sens esthétique est aussi une lutte, un conflit, une guerre, une contradiction, situés au cœur des choses. Le sens esthétique ne révèle pas seulement la beauté et le bien, il révèle aussi le grotesque, l’étrange, le scandaleux, l’indécent et le diabolique. Ceci nous renvoie aux travaux du philosophe Jacques Rancière et notamment à un de ses derniers ouvrages Aisthesis : Scènes du régime esthétique de l'art  dans lequel il dresse une sorte de contre-histoire de la modernité artistique en s’interrogeant sur la notion d’événement culturel et en montrant que le sens artistique se transforme en accueillant des images et des objets opposés à l’idée du beau. 

Le dernier concept, la philosophie ichtyosaure ou le concept de la Cause Première est exposé dans un chapitre particulier. C’est sans doute le principe le plus original développé et pratiqué par John Cowper Powys au long de sa vie. Exprimé la première fois dans La vision complexe, il y développe le fait que chaque être vivant, chaque élément naturel possède une personnalité, une conscience propre ou âme-monade unique […/…]. Sur le plan cosmogonique, Powys explique que ces âmes-monades existaient déjà il y a des millions d’années. […/…]. La conscience de soi, élément primordial de l’âme-monade de l’homme était présente dans un état rudimentaire dans des temps immémoriaux, quand il n’existait ni plantes, ni animaux, ni terre, ni mer, mais une nébuleuse. Même si ce n’est pas cité ici, on pense à l’univers de H. P. Lovecraft qui part du même postulat mais en le développant dans le fantastique monstrueux.

Il s’agit donc d’adopter la position vertueuse consistant à pratiquer une conscience immanente et poétique du monde, étendue aux domaines du végétal et du minéral ; jusqu’à être l’égal du plus petit insecte, du moindre caillou ou de la plus fragile plante. Revenu au Pays de Galles, il suggère à son lecteur de s’imaginer dans la peau d’un chétif insecte, tel un banal et inoffensif ver de terre. En se plaçant de ce point de vue, le lecteur situera son illusion vitale au degré le plus bas qu’il soit et ne sera plus choqué et meurtri par les outrances qui lui sont infligées au quotidien. Plus loin : « …ce mode de vie […/…] consiste à affirmer, dans le secret de son for intérieur, son égoïsme contemplatif à l’encontre de l’égoïsme vulgaire faisant de la quête du plaisir grossier, actif, grégaire qui représente l’essentiel de la vie des esclaves de notre temps, asservis qu’ils sont à la Machine… ». Plus loin encore : «…l’égoïsme ichtyosaurien, indolent et rêveur, s’opposant à l’égoïsme terre à terre et atrabilaire de l’homme moyen, n’est pas synonyme de repli sur soi ou d’amour propre. Il est au contraire un facteur d’ouverture vers autrui car pour celui ou celle qui se place du point de vue éternel et immuable des éléments, les différences et les barrières créées par la société n’ont plus lieu d’être… ».

Le Brech souligne à juste titre ici l’ombre de Jean-Jacques Rousseau et des stoïciens et précise que pour Powys, cette attitude relevait quasiment d’une sorte de nouvelle religion païenne dont il se serait fait le prophète pour montrer l’extase d’être simplement en vie sur la terre. On est évidemment loin des thèses et des pratiques pullulantes de la psychanalyse d’aujourd’hui, devenue la nouvelle religion des temps modernes ; psychanalyse que Powys, à la fin de sa vie, avait en aversion et qu’il jugeait antiphilosophique. Considérant l’inconscient comme l’enfer des prédicateurs d’autrefois, il suggère d’ailleurs à son lecteur d’être son propre psychiatre.

John Cowper Powys - Une philosophie de la vie est un livre qui a été écrit pour mettre en appétit le lecteur, l’invitant à entrer dans l’œuvre protéïforme de Powys. S’agissant d’une « introduction à », on aurait toutefois aimé que Goulven Le Brech propose, aux lecteurs, en aparté, une autre voie d’accès, celle qui est généralement recommandée par les fervents powysiens, à savoir commencer par « Autobiographie » qui est de l’avis quasi unanime, le point de départ au voyage. Puis alterner, sur le plan chronologique, romans et essais car ils sont intimement liés, en se réservant les derniers romans (La fosse aux Chiens, Atlantis, Owen Glendower, Morwyn, Porius) pour la fin, car leur complexité est due au fait qu’ils réunissent tous les thèmes powysiens à la fois, n’hésitant pas à mêler personnages historiques, fictionnels et mythologiques, tout en les émaillant  de ses principes philosophiques. 

Une question, philosophique, restera sans réponse. Comment Powys arrivait-il à concilier ces deux valeurs antagoniques qu’il érigeait comme principes : d’une part l’articulation de l’état ichtyosaure, où règne la primauté des sens de la façon la plus primitive possible, sans intervention de la Raison donc ; et d’autre part, la convocation du fonds culturel et littéraire pour chasser les déplaisirs, qui relève, lui, d’une position totalement opposée puisqu’il repose sur un niveau supérieur et élaboré de l’individu.

Goulven Le Brech termine son essai par un très bel extrait de Powys, qui mérite d’être cité in extenso : « …supposons que je sois cloué sur mon lit dans une de ces petites maisons toutes semblables, noircies par la fumée, quelque part entre Birmingham et Wolverhampton, et que j’aie seulement de pâles souvenirs de jeunesse, randonnées de vacances dans le région avec étapes à l’auberge ou chez d’aimables logeuses. Je ne suis pas sûr que certaines des grandes vérités des Anciens sur lesquelles repose ma philosophie ne me permettraient pas, après tout, de m’en sortir. Peut être, quand je verrais des gouttes de pluie sur ma vitre, ou la fumée de la maison d’en face, ou une branche de frêne portant encore exactement onze feuilles, telle ou telle pensée célèbre d’Héraclite, de Pythagore, de Rabelais, de Goethe ou de Walt Whitman me tirerait d’affaire, transformant en un triomphe le combat qu’en cymrique obstiné je mène pour me contraindre à jouir de la vie. »

On ne peut éviter, en lisant ces lignes de penser à un autre témoignage tout autant émouvant ; celui de Tony Judt, écrivain, historien anglais, penseur à contre-courant des mythes intellectuels européens, né de parents juifs, et devenu progressivement antisioniste, voire pro-palestinien, mort il y a deux ans. Dans ses mémoires parues sous le titre Le chalet de la mémoire il y décrit librement, alors qu’il est atteint de la maladie de Charcot, sa quadriplégie (perte de la voix, des membres, perte des sensations, puis immobilité totale) et la façon dont il arrive à vivre malgré tout avec bonheur : « …plus de sensations, mais pas de douleur. On est donc libre de contempler à loisir la catastrophique progression de sa propre dégradation. Ma solution a été de dérouler ma vie, mes pensées, mon imagination, mes souvenirs, exacts ou déformés, et ainsi de suite jusqu’à tomber par hasard sur des événements, des personnes ou des récits dont je puisse me servir pour distraire mon esprit du corps dans lequel il est engoncé. Je me réjouis de pouvoir utiliser les mots. Ils sont tout ce que nous avons. »

John Cowper Powys aurait certainement apprécié.

 

*

Et la philosophie de Powys pour les nuls ?

 

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Nous entendons par là ceux qui, l’ayant lu dans tous les sens possibles, ne savent pas quel rapport il peut y avoir entre leur inclassable auteur et les « vrais » philosophes, les patentés, ceux qui ont laissé un nom « de philosophe » dans l’histoire.

Pas un vrai philosophe, Powys ? Euh... Si, comme le démontrent fort bien MM. Le Brech et Lecèdre. Mais pas un philosophe doté d’un système déterminé bien à lui. Pas un Descartes, un Spinoza, pas un Hume, pas un Nietzsche (même si Nietzsche l’a fasciné).

C’est qu’à nos yeux d’autodidactes, Powys paraît plutôt avoir été un pragmatique, voire un empirique de la philosophie ; quelqu’un en tout cas qui tenait pour certain qu’aucun système philosophique n’a jamais aidé personne à vivre. D’où, semble-t-il, la forme prise par ses ouvrages philosophiques, ambitieux ou modestes, qui se présentent surtout, pour certains, comme de petits vade-mecum, des manuels pratiques destinés avant tout à aider les humains dans leurs efforts quotidiens d’adaptation aux aléas de la vie.

Il y a eu aussi des raisons pratiques à cela : un certain nombre de ces écrits lui ont été commandés par des éditeurs américains, à l’intention d’un public U.S. très friand de ces choses.

[ Lorsqu’il sillonnait « tous les Etats Unis sauf deux », y donnant plus de dix mille conférences devant toutes les sortes de publics imaginables, il avait pour compagnon d’écurie, si on ose ainsi parler, son ami-ennemi de toute une vie, le trop méconnu écrivain édouardien Louis Wilkinson (« Louis Marlowe »), lequel, le voyant un jour en action, ne put s’empêcher de s’écrier « et, en plus, il les aime ! » ]

Cette rencontre de Powys avec le public américain des années 10, 20 et 30, avec ses aspirations et ses particularités – qualités pour les uns, travers pour les autres – est à ne jamais oublier quand on pense à John Cowper Powys philosophe de la vie et adversaire des systèmes philosophiques. De cette période et de ces nécessités (oui, certains des manuels de philosophie de Powys furent des potboilers), sont sortis The War and Culture, The Complex Vision, Psychoanalysis and morality, The Secret of Self-Development, The Art of Forgetting the Unpleasant, A philosophy of Solitude, The Art of Happiness, The Art of Growing Old et In Spite of, sinon l’Apologie des sens. Par ailleurs, Le Brech et après lui Lecèdre le font bien comprendre, Obstinate Cymric ou Ma philosophie à ce jour telle que me l’inspire ma vie au Pays de Galles a été au contraire l’expression d’une véritable nécessité interne. Il ne faut pas oublier non plus que, simultanément, Powys n’a pas cessé d’approfondir sa connaissance de Lao Tseu et surtout de Tchouang-Tseu, que lui avait fait découvrir sa compagne américaine, Phyllis Playter.

Et, bien sûr, il y a eu Rousseau !

Votre servante ne se pardonnera jamais d’avoir essayé de convertir l’historien Henri Guillemin à Powys en lui donnant à lire l’essai sur Jean-Jacques, extrait de Suspended Judgements. Pas du tout convaincu, le flamboyant catholique, par ce qui n’était en effet pas « son » Rousseau, mais un autoportrait éhonté du flamboyant gallois. Et pourtant, il y a du vrai Rousseau quand même dans ces quelques pages. On a l’impression, en les lisant, d’avoir sous les yeux un hologramme, où tantôt le visage de l’un tantôt celui de l’autre apparaissent. Bref, on n’a pas fini de sonder Rousseau, on n’a pas fini de sonder Powys, et on n’a pas fini de méditer sur leurs troublantes et profondes ressemblances.

Ce qui affleure en définitive, de la montagne d’écrits (essais, romans, analyses dithyrambiques, poèmes, correspondance, journal) c’est une espèce de recherche du bonheur. Ou, pour mieux dire, une définition de ce que pourrait être le bonheur, mais aussi et surtout de ce qu’il n’est pas, des voies d’accès possibles, de celles qui sont légitimes et de celles qui ne le sont pas, souvent par le biais des mille cas de conscience qui se posent à des personnages de roman, dont chacun est l’auteur lui-même.

Peut-on l’appeler une philosophie ?

Risquons-nous-y.

Il nous paraît évident qu’il n’existait pas, pour Powys, de bonheur imaginable en dehors de la contemplation. On a rarement exécré autant que lui les gens actifs. Ce que nous appelons contemplation allait, dans son cas, jusqu’à une communion totale, une fusion avec tout et n’importe quoi, puisqu'on sait qu'il convoquait à volonté l'extase à partir d'un peu de lichen sur un vieux mur. Ses moments de bonheur le plus intense – et qu’il a réussi à communiquer dans ses œuvres – donnent une impression de dilatation empathique vers tout, de « perméabilisation » à tout ce qui est matière (ou éther) en quoi se fondre ou se perdre, une forme de communion avec tout ce qui existe, atome par atome, ion par ion et ainsi jusqu’au plus infime. Il ne s’est pas pour rien inventé le mot « multivers », univers ne lui suffisant pas. Car ce drôle d’homme que d’aucuns prennent pour un mystique fut peut-être le plus grand matérialiste de tous les temps. Matérialiste au point de diviniser la matière, de l’appeler Déméter,  de la prier lorsqu’il assistait à la messe dite par son fils, prêtre catholique, et de s’en confier à l’officiant, s’attirant un désolé « Papa, tu blasphèmes», qu’il balayait d’un « Mais non, mon petit, c’est toi, n’importe, l’essentiel est que tu sois heureux ».

Et voilà, on y revient. Au bonheur.

Lequel ne va pas, nous l’avons dit, sans questions corollaires , dont la principale était : « Comment jouir d’un bonheur légitime, c’est-à-dire de manière inoffensive ? » Ceci n’étant pas une clause de style, car Powys a souffert toute sa vie et jusqu’à un âge très avancé, de pulsions sadiques. Le soulagement qu’il a exprimé lorsque, enfin, sa libido a lâché prise, en témoigne, et témoigne en passant de l’origine sexuelle du sadisme, si jamais quelqu’un en doutait.

 

Petite digression historique à propos de philosophie

Une des notions qui se retrouve de manière presque obsessionnelle chez Powys est que la plupart des malheurs des hommes leur viennent d’une fausse conception du bonheur. Le vrai bonheur, idée toujours neuve en Europe, bien plus qu’on ne le croit ! Il nous semble que cette quête du bonheur et cette interrogation sur sa nature rendent Powys très proche de ceux qui ont posé pour la première fois la question non pas philosophiquement mais politiquement.

Difficile pourtant d’imaginer hommes plus dissemblables que ce pur produit de l’ère victorienne, descendant d’une longue théorie de prêtres poètes (John Donne et Francis Cowper entre autres) et les jeunes juristes fondateurs de la première vraie démocratie. Cependant, quoi qu’il ait nourri à leur égard les préventions de qui a lu Burke plutôt que Stanhope, il y a une parenté philosophique réelle entre John Cowper Powys et cette poignée de jacobins qui a rêvé de poser les bases du bonheur du monde.

Après tout, pourquoi l’ami d’Emma Goldman n’eût-il pas pu être aussi celui d'un Marat aussi maltraité qu'elle ? Et, bien sûr, lien essentiel entre eux et lui, il y a Rousseau, même si le Rousseau de Powys est celui des Rêveries et le leur celui du Contrat social.

Ce qu’il y a de sûr et d’important, c’est que le chemin qu’ils ont pris passe par le même chas d’aiguille : celui de l’individualisme (voilà qui surprendra ceux qui ont fait de Maximilien Robespierre l’ancêtre du collectivisme, en le prenant pour Babeuf). Cette voie de l’individualisme non égoïste est la voie la plus longue et la plus difficile qui soit. C’est la seule aussi qui ne soit pas sans issue.

Certes, les explorateurs partis, en 1793 à la découverte de cette dimension encore inconnue, ont dû verser le sang, ne fût-ce qu’à la guerre. A Powys aussi, il est arrivé de faire du mal, à ceux surtout qui lui étaient les plus proches. La biographie que lui a consacrée le Dr. Morine Krissdottir ne permet pas d’en douter. Cela n’infirme rien. Nous sommes des créatures faillibles, incomplètes, inachevées, et les révolutions ne se font pas in vitro.

Par ailleurs, nous avons la conviction profonde, absolue, que le lien originel, organique, la racine commune à l’excentrique Gallois et aux renverseurs de trônes, ce n’est pas tant Rousseau que Rabelais, grand-père de notre République et notre premier prophète du bonheur.

Powys lui a voué un culte. En le prenant pour un quaker, certes, mais en le comprenant aussi, sur certains points très intimes, infiniment mieux que les plus autorisés seizièmistes.

Des choses que Powys n’a pas sues mais qui furent.

Quand l'occasion s'en présentera, il faudra que nous vous racontions plus à loisir comment François Villon s’est trouvé un jour à décider du sort futur de la France, en prenant, devant un petit couteau taché de sang, une décision de juriste aux conséquences incalculables. Rabelais et ses contemporains (Dolet, entre autres) ont profondément admiré Villon. Pas seulement pour ses vers sublimes, soyons-en sûrs.

La transgression de Villon et celle des régicides furent du même ordre. Et la question du bonheur avait été, dès la première, posée.

Après, il n’y avait plus qu’à laisser glisser. Rabelais n’avait plus qu’à imaginer la manière idéale de gouverner (par la persuasion) ; son verbe n’avait plus qu’à se faire chair, et Saint-Just n’avait plus qu’à attirer notre attention sur l’idée neuve du bonheur. En Europe. Car il est vrai que Lao Tseu et Tchouang Tseu ne sont pas rien.

Des choses que Powys et lui seul a sues

Rabelais a passé et passe encore, dans cette révolution qui n’est pas finie, pour un misogyne. Rien n’est plus faux. Il fut, en revanche, indéniablement matriphobe, ce qui est bien plus radical encore qu’il n’y paraît, s’agissant d’en finir avec le pouvoir infantilisant du patriarcat. Or, ce n’est pas Abel Lefranc, ni Manuel de Dieguez, ni Jean Paris, ni Mikhaïl Bakhtine qui ont mis le doigt sur la blessure jamais refermée qui fut à l’origine de sa détestation des mères, étendue de la sienne à celles de ses enfants, c’est Powys – le grand imaginatif – s’identifiant au gamin de six ans et demi habillé, tondu et trahi par celle qui lui avait donné le jour, c’est-à-dire envoyé par elle à la mort civile, sous couleur d’aller « voir le geai parleur de l’oncle Frapin ».

Et puisqu’on en est là, comment ne pas se rappeler le jeune Saint-Just trahi lui aussi par sa mère, sans s’étonner de ce que les deux fils aient traité leurs génitrices respectives de « simpiternelles » (avec un i, dans les deux cas) et se soient semblablement soignés comme ils pouvaient : par le rire.

Rabelais n’a jamais pardonné. Saint-Just, au moment d’aller « chercher la mort » à Fleurus et d'y conduire trois fois la charge sans une égratignure, a fait un crochet par Blérancourt pour s’y réconcilier avec la terrible Marie Anne. Selon toute apparence être trahi à la fin de l’adolescence ou à «même pas sept ans» n’est pas tout à fait la même chose.

Fin de la parenthèse « Philosophie du bonheur et histoire de France. »

 

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*


Que reste-t-il à découvrir de Powys pour les francophones ?


Malgré le très grand nombre d’œuvres déjà publiées en français, il en reste. A commencer par son mastodonte de chef d’œuvre, Porius – 1589 pages de manuscrit – qu’aucun éditeur n’a pris le risque, au moment où il fut écrit, de publier intégralement. Après qu’il eût, la mort dans l’âme, réduit son roman de plus d’un tiers et que MacDonald eût accepté de le publier, en 1951, comprimé en 600 pages, il restait à l’auteur 15 £ à la banque.

Nous l’avons lu, pour notre part dans l’édition spartiate, à laquelle nous tenons comme à la prunelle de nos yeux, de l’intrépide Jeffrey Kwintner.

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John Cowper Powys

PORIUS

Londres, The Village Press, 1974.





Il a fallu des années à d’érudits powysiens des deux côtés de l’Atlantique, pour restaurer autant que faire se pouvait le texte d’origine. Cela se passa en deux temps. La première version (la plus longue) fut celle de Wilbur T. Albrecht  (1994, Colgate University Press).

 

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Porius: A Romance of the Dark Ages

Powys, John Cowper; Albrecht, Wilbur T. (Editor & Foreword)

 



Elle fut suivie, en 2007, de la version estimée définitive :

 

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John Cowper Powys

PORIUS  - A novel

Edited by Judith Bond et Morine Krissdottir

Overlook – Duckworth & C° Ltd.

Réimpression en 2011

 


Ambitieux projet que celui de peindre ce « blank century » (le Ve A.D.) d’un Pays de Galles abandonné par les impériaux romains (oui, comme demain le seront l’Afghanistan, l’Irak et la Palestine), où Artur, dux bellorum, impatient de prendre leur suite, piaffe, sa féodalité sous le bras., dans les coulisses. Un Pays de Galles avec son matriarcat en fin de règne (« nos grands-mères, les reines de Marrakech », c’est là), et ses strates de populations diverses : autochtones sans nom, dits « gens de la forêt », Gaëls, Gallo-Romains, envahisseurs vikings et, déjà, missionnaires chrétiens. Avec, même, ses derniers géants, mais aussi (multivers oblige) ses règnes cohabitants : humains, animaux, végétaux et minéraux.

Qui peut oublier cette langue de petit chien sur le museau d’une jument morte, surprise d’y rencontrer un insecte « de la famille des scarabées » qu’elle dérange ? Qui peut oublier la première apparition de Merlin, où Powys, par le verbe, égale le Goya du Colosse ?

Où est passée l’édition française capable de publier un tel livre ? Celle qui en aurait l’audace n’en a pas les moyens. Celle qui en a les moyens… passons.

Mais à côté des œuvres-montagnes, il y a aussi chez Powys les œuvres-miniatures, si on peut les qualifier ainsi. Nous voulons parler des contes philosophiques et autres fictions de l’espace de la «seconde enfance» revendiquée de l’auteur.

Comme Shakespeare en fin de vie, Powys en fin de vie a touché à la suprême légèreté de son art. Un art épuré des tragédies comme des idées reçues, tout lest jeté par-dessus bord.

Cette légèreté a passé chez lui par la revisitation des Grecs (après tout, il est mort en traduisant Aristophane), et par Grecs, il faut entendre les dieux, l’Iliade et l’Odyssée, à l’exclusion, répétons-le, des tragédies. A ce multivers enchanté de son enfance d’écolier se sont ajoutées les spéculations cosmiques de son grand âge. C’était dix ans avant Gagarine, mais on y tendait, et que voulez-vous, les planètes faisaient rêver. C’était l’époque du Matin des Magiciens, de Pauwels et Bergier et de tous leurs semblables – dieusait qu’il y en eut – mais pas de SF pour Powys ! « Science » était, chez lui, un mot anathème (qui manque à l’abécédaire de M. Hamelin). La volonté, la contemplation, l’identification avec chaque atome de la matière suffisaient à faire s’élever dans les airs des quartiers entiers de Londres, avec leurs caves et leurs égouts. Les fantômes d’humains et les fantômes d’objets y partaient ensemble en voyage, à la découverte aussi bien de Venise et de Florence que de Mars et de Vénus, de l’Erèbe et du Tartare, et même du Paradis, où saint Pierre,  saint Paul et les anges, affolés, cherchaient Dieu sans évidemment le trouver puisque Dieu était mort (la faute à Voltaire et Nietzsche ne l’avait-il pas dit ?), Paradis autour duquel rôdait un Diable SDF, que la disparition de son ennemi avait privé de son foyer, l’Enfer, c’est bien connu, n’ayant jamais existé que dans la tête de Dieu …

Ces petits contes de sa vieillesse sont, nous le craignons, considérés avec un rien de condescendance par les savants exégètes de Powys. Ils ne vont pas jusqu’à oser penser le mot « gâtisme », mais on le sent voleter. Feu François-Xavier Jaujard avait le projet d’en faire une anthologie. Il est mort trop tôt, à tous égards.

Enfin, il reste, entre ces extrêmes, un superbe roman de longueur normale, que personne encore n’a songé à publier en français et qui ferait à notre avis très bel effet dans le catalogue des Perséides.

 

 

ATLANTIS


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Pourquoi vous en parler ? Parce qu’il offre un bel exemple de la manière dont fonctionnait l’imaginaire de John Cowper Powys.

Certes, on a déjà vu, avec Le Hibou, le Canard et… Miss Rowe ! Miss Rowe !, comment un tableau célèbre pouvait servir de point de départ, de tremplin en quelque sorte, à une histoire mêlant les animés et les inanimés. Le lecteur curieux a peut-être déjà repéré le hibou philosophe embrassé par son assassin et ami, le canard voyeur et le cheval blanc à qui manquent les pattes de devant, là où Powys les a trouvés lors d’un voyage qu’il fit en Espagne en passant par la Belgique, sinon, il ira les chercher, au Musée du Prado, dans Le Jardin des Délices, de Jérôme Bosch :

 

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Alors que pour le poisson à la bouche ouverte, il lui faudra aller scruter La Tentation de Saint-Antoine . Même peintre, même voyage.

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L’’histoire de la genèse d’Atlantis est plus curieuse.

Quelqu’un a mentionné le poème « Ulysse » de Tennyson, qui lui aurait été suggéré comme point de départ, mais il n’y a tout simplement aucun rapport entre l’héroïsme de Tennyson et l’espèce de comédie métaphysique de Powys, même s’il est certain qu’il l’a lu.

Nous avons parlé plus haut du Matin des Magiciens et des spéculations de l’époque. Il parut  en 1954, chez Denoël, un petit livre de ce genre intitulé L’Atlantide et le règne des géants, dont l’auteur était Denis Saurat. Qui ne l’a lu, alors ? Il était dans l’air du temps. Certes, il fallait beaucoup de bonne volonté pour suivre l’auteur dans ses reconstitutions, preuves délirantes à l’appui, d’un passé fantasmatique (ah, ces deux lunes successives qui nous sont tombées dessus en attendant la troisième) et qui trahissait même une mentalité aussi discutable que répandue (ah, ces sempiternelles élites venues d’ailleurs pour expliquer tout ce que ces minus d’humains ne pouvaient avoir fait eux-mêmes !).

Les deux livres ayant paru la même année, il est impossible de dire si Powys s’est inspiré de Saurat ou plutôt, si les élucubrations de Saurat ont servi de tremplin à l’imagination de Powys. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a, dans sa correspondance, une lettre où il recommande chaudement la lecture de ce livre. A qui ? Notre mémoire flanche… (et avons-nous dit que notre bibliothèque est dans un garage ?).

Une au moins des illustrations qui s’y trouvent offre des ressemblances troublantes avec un de ses propres dessins : aucun familier de Powys ne peut avoir oublié la lettre où il s’est représenté gravissant une colline, son bâton Sacré à la main, dessin tellement semblable à celui-ci  :

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Quoi qu’il en soit de Tennyson, de Saurat ou de son propre multivers sans limites, Atlantis raconte l’histoire du dernier voyage d’Ulysse, qu’on peut considérer comme une sorte d’Odyssée à l’envers.

Résumons.

Lorsque débute cette histoire, il y a de la révolution dans l’air, sur terre et dans le Cosmos. Les habitants d’Atlantis ont préféré la science aux dieux et, comme on sait, quand les hommes cessent de croire en eux, les dieux disparaissent. En outre, les anciens dieux s’y sont mis pour les déloger du pouvoir. Quoiqu’affaiblis, les Olympiens se sont vengés sur les Atlantes en engloutissant l’orgueilleuse et mécréante mégalopole au fond de l’océan.

Rumeurs de révolution aussi dans la provinciale Ithaque, dont les habitants sont divisés en progressistes et conservateurs. Le trône d’Ulysse vacille, et pour tout dire, le vieil aventurier nourrit le projet de tout abandonner, de laisser ses compatriotes se débrouiller entre eux et de re-hisser la voile sans espoir de retour. Vers l’ouest… Car un désir incoercible le pousse à chercher l’Atlantide engloutie et à descendre voir ce qu’il en reste. Il le fera, c’est un des passages les plus réussis du livre.

En attendant, tout le monde – entendez par là toutes les créatures animées ou inanimées – a son avis sur la chose et l’exprime. On se croirait sur Internet.

Ainsi, l’action est commentée par un drôle de chœur antique fait d’un moucheron et d’une mite, qui vivent une torride histoire d’amour inter-espèces dans une fente du gourdin d’Ulysse, très fier (le gourdin) d’avoir été celui d’Héraclès et d’avoir, lui et lui seul, tué le lion de Némée. Participent aussi aux conciliabules un pilier de pierre de l’entrée du palais et une pousse d’olivier qui a surgi entre les dalles. Sans parler de la dryade Kleta, qui vit dans un très vieil arbre, au fond du jardin, et avec qui Ulysse, les nuits d’insomnie, va volontiers faire la causette, jusqu’à ce que Zeus, mesquin mais disposant encore d’un tout petit tonnerre, la foudroie et son arbre avec elle. Les dieux sont mauvais perdants.

L’équipage d’Ulysse  - rien à voir avec celui qui l’a ramené de Troie – sera hétéroclite. En feront partie, outre le gourdin et ses deux insectes, un jeune homme dont Ulysse a fait son fils adoptif, Nausicaa, venue revoir son béguin de jeunesse et prête, cette fois, à l’accompagner où qu’il aille, Zeuks, fils de Pan (vous le voyez, mon petit blasphème ?).  qui n’est autre que Rabelais en fermier d’Ithaque, plus une captive troyenne, fille inconsolée d’Hector, du nom d’Arsinoé. Le reste à l’avenant.

Powys, grâces lui en soient rendues, n’a jamais tenté de rendre ses inventions vraisemblables, et il est clair qu’au moment où il a écrit cette histoire, il avait définitivement jeté tout contrôle au vent. A l’opposé exact de M. Saurat, dont les inventions à prétentions réalistes n’ont rien à voir non plus avec la folle du logis (et les astres) de Cyrano.

Aux dernières nouvelles (2011-12), l’Atlantide serait une partie de la Sardaigne, engloutie par un tsunami un demi siècle avant la naissance de Platon. Pour Powys, c’est n’importe où entre Ithaque et l’Amérique. Pour Saurat, c’est chez les Incas, du côté de Tiahuanaco (si, si !).

Revenons-y donc à L’Atlantide et le règne des géants, dont une autre illustration a ou n’a pas donné des idées à John Cowper Powys. Elle nous permettra au moins d’établir le dinstingo entre les deux sortes d’inspiration. Le dessin est celui-ci :

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Il représente un ensemble totémique observé chez les Malekula de Nouvelle Guinée (qui, oui, au temps des géants, auraient eu des contacts avec les Indiens des Andes). Il est composé d’un menhir, d’un dolmen et d’une statue de bois. Le totem de pierre aurait été sculpté par les gigantales élites disparues, pour que les âmes de leurs morts puissent venir y habiter. Quant à celui de bois, considérablement décati, il serait l’œuvre des humains ordinaires, persuadés, avec leur cerveau d’homo à peine sapiens que, dans l’incapacité où ils sont de reproduire le totem de pierre, le simulacre en bois peint fera tout aussi bien l’affaire pour attirer à lui les âmes de leurs grands-pères, lesquelles, de là, auront peut-être l’idée d’aller loger dans le vrai : celui en pierre. C’est un peu compliqué, mais qui sait ?

Voici, résumé, le passage d’Atlantis qui peut correspondre à cela :

Arsinoé enfant a été amenée captive de Troie. Esclave, elle sert aux cuisines. Interdiction lui a été faite de quitter son costume national, qui permettrait de la repérer, au cas où l’idée lui viendrait de s’évader. Son étoile jaune, en quelque sorte, et sa burqa sans grille.

Il existe, non loin du palais, une sorte de Gaste Terre frappée par la foudre, où tout est mort et où personne, par crainte superstitieuse, n’ose s’aventurer. Sauf Arsinoé, parce que c’est là et là seulement qu’elle peut jouir d’une bienheureuse solitude, loin du regard de ses geôliers.

N’ayant jamais fait le deuil de son héros de père, elle y a, au fil du temps, sculpté dans un énorme tronc d’arbre mort, avec son petit couteau à légumes, une statue d’Hector assis en majesté. Et c’est grâce aux nombreux plis de sa robe de captive qu’elle a pu sortir du palais, une à une, en catimini, toutes les pièces en or de l’armement d’Achille, ces mêmes armes qui avaient semé la zizanie dans le camp des Grecs, lorsque Ulysse se les était fait attribuer, alors qu’elles auraient dû revenir au grand Ajax, proche parent du mort, et qui croupissaient, depuis, au fond d’une cave (bien la peine !) Et pourquoi l’inconsolable Arsinoé se livre-t-elle à ces dangereux larcins ?  Eh, mais, pour en revêtir son père. Tout y est : le casque, le pectoral, les jambières, les lances et le grand bouclier.

Qu’on me croie sur parole : un jour arrive au port un navire, à bord duquel se trouve le grand Ajax, incroyablement vieux. Zeuks le fermier, chargé d’aller l’accueillir, le trouve en si mauvais état qu’il lui faut le transporter à califourchon sur ses épaules. Et comme il est, lui, sans peur, sans reproche et, donc, sans superstition, il prend un raccourci, à travers la fameuse Gaste Terre, où, à la vue de son ennemi mort, tout rutilant de l’or d’Achille, le cœur du grand Ajax a son premier raté. Quoi de plus naturel que de l’asseoir entre les jambes du Troyen ? C’est là qu’il meurt, la joue appuyée sur son héritage.

Quand on en est à ce point, Denis Saurat, le peut-être tremplin, et ses géants civilisateurs sont loin, très loin, à des années-lumière, et Powys, aux Champs-Elysées, fume des asphodèles avec Savinien.

Vous raconter la fin d’Atlantis ? A quoi bon déflorer votre plaisir futur ? Sachez seulement que nos voyageurs atteignent un jour l’île de Manhattan, où ils sont accueillis par de bienveillants indigènes, et que, décidés à n’en pas repartir, ils brûlent leur vaisseau.

 

*

De l’Atlantide engloutie par la colère des dieux aux lunes « capturées » par notre terre, en passant par la Dame Noire (météorite) de Pessinonte peut-être devenue celle de La Mecque, l’imaginaire humain n’a jamais cessé de jouer à se faire peur avec des catastrophes cosmiques passées ou futures. Pourtant, le président Poutine a bien dit que nous cesserons d’exister dans 4,5 milliards d'années. Il n’y a donc pas lieu de s’affoler et nous avons encore plein de factures à payer. En dépit de quoi, M. Seiko Nakajo et les savants japonais de NHK ont passé leur temps à simuler l’impact d’un astéroïde sur la terre et nous le font voir en collaboration avec le NFB (National Film Board) du Canada.

Bienvenue aux amateurs de sensations fortes !

 

 

 

*

Une biographie

 

Parlant de Powys à des lecteurs qui ne le connaissent peut-être pas, nous nous en voudrions de passer sous silence une des biographies les plus impressionnantes qu’il nous ait été donné de lire depuis bien des années.

 

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Morine Krissdottir, membre éminent de la Powys Society, l’a écrite, d’une part pour s’acquitter d’un devoir envers le fils de Marian Powys, Peter Gray, qui venait de se suicider, d’autre part, comme elle l'a elle-même précisé, pour « se le (J.C.P.) sortir du système ».

Le résultat n’a pas plu à tout le monde. C’est que l’image d’Epinal petit à petit forgée par des admirateurs bien intentionnés en sort écornée. Morine Krissdottir, qui n’a pas volé son titre de docteur en psychologie, a eu la très grande honnêteté – et le courage – de se pencher sur l’abîme d’une âme humaine peu commune (quelqu’un a parlé de « terrifiant labyrinthe »). Elle rapporte ce qu’elle y a vu et cru comprendre. Elle a eu raison. Si l’image a changé, la stature est intacte. On pourra difficilement faire mieux.

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 Morine Krissdottir

 

The Life of John Cowper Powys

DESCENTS of MEMORY


Overlook Duckworth, 2007 

 




Le 11 octobre 2007, son livre étant sorti peu de temps auparavant, Morine Krissdottir a posté le billet que voici sur le Books Blog du Guardian.

 

Acquérir un goût pour John Cowper Powys

Posté par Dr. Morine Krissdottir

Jeudi 11 octobre 2007

 

Ce n’est pas un auteur que n’importe qui peut digérer, mais ceux qui l’aiment n’en sont jamais rassasiés.

Je viens de passer les cinq dernières années de ma vie à écrire la biographie d’un auteur que des tas de critiques détestent. John Cowper Powys est une espèce de « Marmite »1 littéraire.

Si vous adorez la Marmite, comme Iris Murdoch et John Bailey, vous voudrez lire Powys au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner. Si vous aimez que vos romans et vos auteurs soient sans complications, vous êtes l’oiseau de la pub récente qui, à peine y a-t-il goûté, s’enfuit à tire d’ailes. Soit vous pensez qu’il est un génie, soit qu’il est un charlatan sado-maso, chef du siphonné clan Powys. Le poète Philip Larkin a comparé Powys à un gigantesque volcan poético-mythologique ; son propre ami, Louis Wilkinson, déplorait qu’il pût écrire « des sottises aussi ridicules et fastidieuses ». Un critique a qualifié Les enchantements de Glastonbury de « roman épique d’une force terrible unie à une formidable intensité lyrique », et un autre en a décrit le premier paragraphe, surchargé de métaphysique, comme « Le Beecher’s Brook2 de la fiction anglaise ».

Les jeunes années de Powys furent assez ordinaires. Ses parents, le révérend C.F. Powys et Mary Cowper, son épouse, étaient de petite noblesse, John, l’aîné de 11 enfants reçut l’éducation qui convenait (Sherborne et Cambridge), fit un bon mariage et eut un fils. Il était destiné à mener une vie tout à fait conventionnelle dans le Sussex quand il décida subitement de tenter sa chance aux Etats-Unis, où il se lança dans une carrière de conférencier itinérant.

Son succès fut immédiat. Il attirait des foules énormes, qui écoutaient intensément et applaudissaient avec extase sa manière dramatique de discourir sur des auteurs célèbres. Parallèlement à cela, il s’était mis lui-même à écrire. Et, après quelques romans sans succès, il produisit un best seller, Wolf Solent.

En 1923, il rencontra une jeune Américaine, Phyllis Playter, et, avec l’argent que lui avait rapporté Wolf Solent, il se retira dans une maison du nord de l’état de New York, pour s’y consacrer à l’écriture à plein temps. C’est là qu’il écrivit deux autres romans sur la région de l’Ouest de l’Angleterre, Les enchantements de Glastonbury et Les sables de la mer, ainsi que son Autobiographie, qui est une des confessions les plus originales jamais écrites. A cette époque, son excentricité n’était plus un secret pour personne, ni son adhésion à une pensée magique, ni sa haine de la vie moderne. En 1934, il retourna au Royaume-Uni et, après une année passée dans le Dorset, il alla s’installer au Pays de Galles, où il écrivit ses deux étonnantes chroniques galloises, Owen Glendower et Porius. Il est quasiment impossible de résumer ses histoires tentaculaires, pleines de personnages étranges aux noms invraisemblables, mais, bien après qu’on en ait oublié les détails, ces romans continuent à vous hanter.

Powys a été décrit comme « une des grandes énigmes de la littérature du XXe siècle ». Pour ses détracteurs, il n’est qu’un mystagogue détraqué. Ses admirateurs en revanche, et ils sont nombreux, ont plus de mal à décrire ce qui, chez lui, s’empare de leur imagination. L’un des aspects fascinants de son génie est qu’il attire des lecteurs aux centres d’intérêt extrêmement variés, qui raffolent de ses romans pour des raisons très différentes – ses scènes comiques, ses fantasmes érotiques, ses images enchanteresses, sa finesse psychologique, sa philosophie de la vie.

On a bien du mal à ne pas identifier Powys aux anti-héros de ses romans, et ceux qui n’apprécient pas ce qu’ils perçoivent de sa personnalité sont également rebutés par ses personnages et ses intrigues.

D’une part, sa « conscience malade » exigeait qu’il passe beaucoup de sa vie à fournir un soutien émotionnel, par ses livres, ses conférences et ses lettres, aux jeunes disciples (presque toujours  masculins) qui lui ont fait escorte sa vie durant et qui continuent à dévorer avec avidité ses livres de philosophie. D’autre part, pour avoir lu les parties non publiées de son journal et de sa correspondance, je sais à quel point il a pu être destructeur pour son entourage le plus proche, en particulier la compagne de quarante ans de sa vie, Phyllis Playter. En tant que psychologue, j’ai scruté sa vie autant que son œuvre. Pourtant, malgré toutes ces années passées à me glisser à travers les frontières de son esprit, je doute être jamais capable de savoir si Powys fut un puissant magicien ou un enfant perdu, terrifié à l’idée d’entrer quelque part, un clown ou un fou sacré, un écrivain des marges ou un écrivain marginal, mais cela n’a pas vraiment d’importance : je suis accrochée à l'hameçon.

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1   Pâte à tartiner anglaise, à base de concentré de viande.

2   La Rivière Beecher est un des principaux obstacles du Grand National, célèbre course de chevaux qui se déroule près de Liverpool. Elle est responsable de nombreuses chutes, dont plusieurs ont été mortelles.

Source :

http://www.guardian.co.uk/books/booksblog/2007/oct/11/acquiringatasteforjohncow

traduction de Kahem

pour Les grosses orchades


 

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 La descendance de Powys

 

est trop importante pour qu’on n’en parle pas, bien qu’il ne faille y chercher aucune ressemblance directe. Disons pour être plus près de la vérité que John Cowper Powys peut se vanter d’avoir donné des idées au plus grand écrivain américain vivant.

Le plus ?... Ceci est notre opinion personnelle. Cependant, en 2000, le Writers’ Digest (ne pas confondre avec le Readers’ !) l’a classé parmi les cent meilleurs écrivains du XXe siècle, et la critique italienne Fernanda Pivano, a écrit de lui, dans le Corriere della Sera, qu’il était « l’écrivain le plus dangereux du monde ». Le plus dangereux ? Difficile à dire. Si on parle de l’ordre établi depuis dix mille ans – celui du patriarcat sous tous ses régimes et dans toutes ses religions – la Signora Pivano pourrait bien n'avoir pas tort.  Le plus subversif en tout cas. Et de la même manière, surtout, que John Cowper Powys et nos propres fondateurs de la République : en passant par un individualisme sans faille, assumé jusqu’à l’héroïsme.

Là aussi, il semble bien que le dénominateur commun soit l’auteur de Pantagruel et de Gargantua. Nous avons beaucoup réfléchi avant d’oser dire que Tom ROBBINS est sans doute le Rabelais américain d’aujourd’hui. Et pourquoi diable l’histoire ne se répéterait-elle pas dans le bien comme elle le fait si obstinément dans le mal ?

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Mais commençons par le commencement. Dès son tout premier livre, écrit en 1967 et publié en 1971, Une bien étrange attraction, (l ‘édition française, qui a du nez, l’a découvert quarante ans plus tard), Robbins se révélait disciple de Robert Graves, en même temps qu’il empruntait son grand singe papion à Jarry.

Ce qui est curieux, c’est que les deux grands mytheux (mythophiles ?) de la littérature anglaise, celui d’origine irlandaise et celui d’origine galloise, ne s’aimaient pas. Ou plutôt que l’un (Powys) n’aimait pas l’autre. Pourquoi ? Cela reste pour nous un mystère. Si Graves fut féministe, Powys ne le fut assurément pas. Mais égalitaire, oui, avec tout ce qui existe d’humain, d’animal, de végétal et de minéral, sans compter le reste.

Lorsque, le  8 octobre 1962, Powys fêta son 90e anniversaire, il reçut, du maire de Deià (Majorque) un télégramme libellé « Félicitations, Monsieur ». (Le maire de Deià était un viticulteur qui ne savait que l’espagnol.) Le petit-fils de Leopold von Ranke avait trouvé ce moyen espiègle de désarmer son adversaire.

On trouve tout cela et ce genre d’humour-là, chez Tom Robbins, qui se dit avec raison « cheerfully insubordinate ». La filiation avec Graves, clairement revendiquée, ne s’est jamais démentie. (Mais pourquoi les seuls féministes conséquents sont-ils des hommes ?) 

En 1990, dans un livre à haute ambition politique autant que philosophique, Skinny legs and all (« Jambes maigres et tout », inédit en français), il allait s’affirmer aussi de la descendance de Powys en créant une série d’inoubliables personnages inanimés. La réussite fut, du premier coup, à la hauteur du modèle.

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Livre à haute ambition politique et néanmoins d’une intense drôlerie, ce qui peut paraître impensable, puisqu’il ne s’agissait de rien moins que de prendre à bras-le-corps le problème palestinien. Victime de la même illusion qu’Israël Shamir (voir sur notre post précédent : « Automne en Crimée »), Robbins rêvait d’un monde enfin adulte où juifs et Palestiniens pourraient cohabiter, en bonne intelligence, sur la terre de leur antique déesse-mère à tous, l’ânesse à phallus Palès. Les vingt-deux ans qui viennent de s’écouler et des tonnes de phosphore blanc ont réduit ses illusions en cendres. Il ne pourrait plus aujourd’hui, écrire le même livre, qui reste un chef d’œuvre cependant. Tout comme les guerres « de religion » françaises ont réduit en cendres l’utopie de Thélème, sans jamais réussir à rendre obsolète un seul des chefs d’œuvres de celui qui l’avait rêvée.

Tom Robbins est un des auteurs les plus lus au monde. Et nulle part, quel que soit le lieu, quelle que soit la langue, le public n’a attendu la sanction de la critique pour se jeter dessus, le lire et le relire.

Avec vingt à quarante ans de retard, dépendant des titres, l’édition française daigne enfin s’intéresser à cet énorme écrivain d’outre-Atlantique, qui a connu la situation biscornue d’être l’invité d’honneur du festival des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo alors que le public ne savait rien de lui. Et quand nous disons « édition française », nous parlons de « petits » éditeurs, pas des marchands d’armes.

Ah, oui : les inanimés. Sont ici une boîte de haricots à la tomate, une chaussette sale, une petite cuiller, un bout de bois peint et une conque.

Leur lieu de naissance est une grotte, où certains, qui y dormaient depuis des millénaires,  ont été réveillés par les ébats amoureux d’un couple de jeunes mariés. La chaussette appartient au jeune homme, qui s’en va en l’oubliant ; la boîte de haricots, abandonnée elle aussi, aurait dû servir de pique-nique. Le bout de bois peint est un objet rituel païen du culte d’Astarté, un très classique phallus taché de sang emporté par on ne sait quel prêtre fuyant l’envahisseur juif et embarqué avec lui sur un navire phénicien (vous ne le saviez pas que les Phéniciens avaient découvert l’Amérique ?) ; la conque enfin, symbole non moins sexuel de la même déesse, est une relique de la reine Jézabel, massacrée vous savez comment.

Tous ces objets se mettent en route dans le sillage des deux jeunes gens et vont même suivre la moitié masculine du couple jusqu’à Jérusalem : leur hégire sur les flots vaut bien la navigation d’Ulysse vers l’Atlantide engloutie, et deux d’entre eux iront même jusqu’à reprendre leurs antiques fonctions dans le Troisième Temple de Jérusalem, évidemment dédié à Palès-Astarté.

Le bonheur est toujours une idée neuve, hélas, mais il reste à l’ordre du jour.

 

 

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Les livres de Tom Robbins ne se résument pas. La seule solution, si on veut savoir, est de les lire, dans un désordre chronologique total.

 

Mickey le Rouge, 10/18, 2005

Villa Incognito, Cherche-Midi, 2005

Comme la grenouille sur son nénuphar, Gallmeister, 2009

Même les cowgirls ont du vague à l’âme, Gallmeister, 2010

Une bien étrange attraction, Gallmeister, 2010

Un  parfum de jitterbug, Gallmeister, 2011

Féroces infirmes retour des pays chauds, Gallmeister, 2012

B comme bière, Gallmeister, 2012

 

Et il ne vous reste plus, chers internautes qu’à bombarder les éditions Gallmeister de mails, de lettres et d’appels téléphoniques : « Jambes maigres et tout, c’est pour QUAND ? ».

 

 

*




Mis en ligne le 2 janvier 2013 par Théroigne

 

07/10/2012

Guerre à la guerre nondedieu !

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Guerre à la guerre nondedieu !

 

Et à tous ceux qui nous y poussent.

 

Non, vous ne verrez pas ici Benjamin Netanyahu à l'ONU, on l'a vu partout.

 

Pour la bombinette, c'est dans L'oreille cassée. Page 23, Tintin et le général Alcazar jouent aux échecs. Un terroriste armé d'une bombe à la mèche allumée s'apprête à lancer celle-ci sous la fenêtre de la pièce où se trouvent Tintin et le général. Page 24, la bombe arrive dans le bureau et Tintin la rejette par la fenêtre.

Et vous direz qu'on ne vous gâte pas !

 

 

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Сднемрождения

 

À Moscou, ce dimanche 7 octobre,

le président Vladimir Poutine a fêté ses 60 ans.

Occasion rêvée pour nos média de masse de distiller un peu de fiel.

 

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Ils ne vont pas faire de cadeaux non plus à Hugo Chavez,

qui vient d'être réélu comme prévu

à la présidence du Venezuela.

 

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 Une ou deux photos que vous ne verrez pas dans votre pressetituée habituelle :

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 On était dimanche. Nous revoici, à la bourre. Et pas tout de suite sur la guerre. Quoique...

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La charité est la mère de tous les vices. Elle dégrade ceux qui la font autant que ceux qui la reçoivent.

Au tout début des années 1780, Jean-Joseph FYON, jeune bourgmestre(1) de Verviers, en Principauté de Liège(2), prenait, avec ses amis politiques, une décision qu'on peut qualifier de révolutionnaire : celle de soustraire l'éducation des orphelins à la charité de l'Église, en les rendant autonomes dès leur plus jeune âge. Jusque là, le clergé local avait, seul, grâce aux aumônes reçues en leur nom, assumé la responsabilité de les maintenir en vie et de les éduquer.

 La révolution apportée par Fyon consistait en deux ou trois décisions simples, appliquées aussitôt que décidées : construire un orphelinat adapté à la vie en commun d'enfants depuis le berceau jusqu'à la majorité, rétribuer des enseignants clercs ou laïcs, chargés de leur donner une base d'instruction aussi solide que s'ils eussent eu des parents pour y pourvoir, et leur apprendre un métier.

 Pour ce métier, qu'ils allaient commencer à exercer à mi-temps dès l'âge de sept ans, ils recevraient un salaire, géré pendant leur minorité par la Commune, qui y prélèverait des sommes concourant à les nourrir, à les habiller, les loger, les soigner et les chauffer, et qui mettrait en réserve le reste, de quoi leur constituer un pécule de départ dans la vie, qu'ils recevraient à leur majorité.

 Fyon et les siens estimaient que la vie et l'éducation de ces enfants étaient la responsabilité de tous et ne pouvaient être laissées au bon vouloir – c'est-à-dire au caprice – des chrétiens, si généreux fussent-ils. C'était une question de principe : qu'ils soient éduqués, armés pour la vie et maintenus en bonne santé était un dû, pas une libéralité. D'où l'instauration d'un impôt approprié, prélevé selon les moyens de chacun, autre innovation lourde de sens et de conséquences. Le but : que les enfants n'aient jamais à dire merci à personne pour des soins élémentaires, qu'ils soient et qu'ils restent non dépendants.

 Ce sont ces principes et ces dispositions qu'allait reprendre, presque trait pour trait, des années plus tard, Michel Lepeletier de Saint-Fargeau dans son fameux et trop méconnu Plan d'Éducation Nationale (allez, chiche, on vous le balance un de ces jours !), plan que Maximilien Robespierre défendrait bec et ongles et réussirait à faire voter à la quasi unanimité, après y avoir apporté quelques modifications de son cru (dictature ! dictature ! Encouragée par toute l'Assemblée Nationale en plus), comme doubler le salaire des instituteurs/trices, dont il estimait le rôle, pour la République, égal à celui de généraux gagnant des batailles, et allouer aux orphelins, dès l'âge de 7 ans, un argent de poche censé les habituer à leur autonomie financière pour plus tard. Ce Plan, qui interdisait – idée chère à Lepeletier - l'endoctrinement des gosses par quelque religion ou philosophie que ce fût jusqu'à leur majorité , c'est-à-dire jusqu'à ce qu'ils soient en état de faire un choix par eux-mêmes (et voilà pour le « curé » de l'Être Suprême), n'a jamais pu être appliqué pour cause d'assassinat de ses auteurs. Y revenir aujourd'hui pour l'essentiel ne serait pas un luxe, est peut-être même une nécessité urgente.

 Pourquoi vous parler de cela aujourd'hui, en plein post d'opposition à la guerre ? Parce qu'au moment où nous allions le mettre en ligne sont arrivés non seulement l'anniversaire de Vladimir Poutine et la victoire électorale d'Hugo Chavez, mais aussi un remarquable article de Gérard Mordillat, si important à nos yeux qu'il en prend le pas sur tout le reste. Notre post sera donc, comme d'habitude, interminable, mais...

si vous devez n'en lire qu'une seule page, lisez celle-là !

Contre la charité, par Gérard Mordillat

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Le 2 décembre 1792 Robespierre déclarait à la tribune de la Convention : « Quel est l’objet de la société ? C’est le maintien des droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister. La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous ses membres les moyens d’exister ». Exister n’est pas un droit, c’est un fait : l’homme existe mais les conditions de son existence sont – pardon de le préciser ! – tout entières régies et conditionnées par la société dans laquelle il vit ; il est à la fois l’acteur et le produit de cette société. Reconnaître aux hommes et aux femmes, en tant que citoyens, d’avoir des droits, c’est leur reconnaître d’abord le droit d’avoir des droits.

Des droits égaux à celui de leurs semblables.

Or, dans la société où nous sommes, (sans chercher à regarder plus loin que la France en 2012, mais cela vaut pour l'Europe et tout le monde occidental), chaque jour le droit d’avoir des droits est combattu par toutes les forces réactionnaires, la droite au sens large, le patronat, ses organisations, ses affidés, ses hérauts dans les médias . Les sans-droits prolifèrent ; qu’ils soient sans papiers, sans abri, sans travail, sans logement…

Car, si, juridiquement, les citoyens ne sont privés de leurs droits qu’en matière criminelle, dans les faits, l’individu que l’accumulation des malheurs, la perte d’un emploi, d’un logement, d’une famille pousse hors de la société, se retrouve, sans droits, non techniquement, mais pratiquement.

Incapable de faire reconnaître ses droits, de les faire accepter et appliquer à son profit, cet individu n’a plus le droit d’exister.

Il est, mais il n’existe pas.

Lorsqu’il a utilisé son ignoble expression « la France d’en bas », Jean-Pierre Raffarin, l’ancien Premier ministre français, a parfaitement entériné cette rupture du principe d’égalité, puisqu’il se voyait, lui, de « la France d’en haut », condescendant, penché vers le sol, la terre, la foule indistincte du peuple, des autres, étrangers à sa classe, à son clan, à son parti…

Une fois rompu le principe d’égalité entre les citoyens, une fois vendue l’idée de deux réalités sociales et politiques, l’une supérieure à l’autre, une fois acceptée comme naturelle et inévitable la multiplication des injustices : injustice salariale, injustice fiscale, injustice sociale etc. que voit-on ?

On voit la charité se substituer à l’égalité.

La charité abroge l’égalité.

 La charité est fondamentalement une notion religieuse. Elle est un des cinq piliers de l'Islam et présente également dans la tradition juive et chrétienne « vendez vos biens et donnez-les en aumônes » faisait-on dire à Jésus dans l’évangile selon Luc (Lc 12-33). Mais il est évident, comme l’enseigne la sagesse des nations, que « charité bien ordonnée commence par soi-même », tant il est vrai que le geste charitable est d’abord gratifiant pour celui qui l’accomplit avant même d’atteindre celui qu’il secourt. Gratifiant dans la mesure où la charité est toujours publique et doit toujours l’être pour exprimer sa valeur sans attendre la rétribution de l’au-delà. Il faut non seulement donner mais se montrer donnant. Que ce soit dans l’Antiquité ou au XIXe siècle quand les bourgeois organisaient « la donne » en faisant aligner les pauvres devant chez eux pour leur distribuer de la soupe jusqu’au déploiement médiatique de la charité business des XXe et XXIe siècles : Téléthon, Sidathon, Pièces jaunes et autre bazar des bonnes œuvres et des grands profits…

Cette idée de « charité » a désormais glissé le champ du religieux pour s’enraciner dans celui du politique. Ou, plus exactement, disons que le politique a investi le canal religieux pour se désengager des devoirs qui lui incombent, tout en produisant une image séduisante qui masque la réalité de ses actions ou de son inaction. Comme le disait déjà Roland Barthes, dans Mythologies, à propos de l’abbé Pierre : « j’en viens à me demander si la belle et touchante iconographie de l’abbé Pierre n’est pas l’alibi dont une bonne partie de la nation s’autorise une fois de plus pour substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice ».

La charité se vend d’abord elle-même et c’est en cela qu’elle lève un nuage de fumée devant le réel. Cyniquement, à bon compte, elle permet à peu de frais de se grandir aux yeux des autres et à ses propres yeux sans jamais toucher aux causes de sa nécessité. Ainsi, dans le réel, dans la société où nous vivons, on est passé du droit d’exister à l’existence d’aumônes pour vivre, voire pour survivre. La charité ne coûte rien à ceux à qui elle devrait coûter, alors que l’application de lois sociales remettrait en cause l’injuste répartition des richesses et la criminelle inégalité qu’elle produit entre les citoyens.

 Il suffit d’ouvrir les journaux, ou tout simplement de regarder autour de soi, pour voir que les désengagements successifs de l’état - des états - l’idéologie capitaliste néo-libérale, la loi du marché, font qu'en France comme ailleurs la première des lois sociales dont parlait Robespierre, celle de garantir à tous ses membres les moyens d’exister, est vilipendée, stigmatisée, décrétée caduque, obsolète, dépassée. Mais comme il faut, ne serait-ce qu’au nom du maintien d’une paix civile, assurer un minimum de moyens aux citoyens qui sans cela ne pourraient vivre et se révolteraient, petit à petit s’est imposée la pratique d’une charité à grande échelle se substituant à la nation et à l’état.

La charité vaut comme signal d’alerte. Les domaines où elle s’exerce sont des marqueurs du réel.

C’est-à-dire d’où-ça-ne-va-pas.
A partir de là, il ne faut pas confondre le symptôme et la maladie.

 « Les Restos du Cœur », cette remarquable initiative de Coluche, porte par sa réussite même (le mot « réussite » est cruel), disons par sa pérennisation et son développement, la plus terrible accusation contre un système qui condamne tant et tant à s’en remettre à la générosité individuelle, alors que les moyens d’existence des uns et des autres devraient, au nom de l’égalité et de la justice, être assurés par l’état lui-même et garantis par la loi.

A titre d’exemple de cette perversion des valeurs, de ce détournement, il faut entendre le lieu commun qui accorde aux patrons la licence de « donner » du travail.

Donner !

Dans notre société capitaliste néo-libérale, rien n’est donné, surtout pas le travail. Aucun employeur n’est un saint offrant son manteau à un pauvre démuni et il n'est pas nécessaire d'avoir lu Marx pour savoir que le salarié vend sa force de travail à celui qui l'emploie. Le patron est un commerçant qui achète au plus bas prix, le savoir, le métier, la technique que l’ouvrier, l’employé, le cadre, l’ingénieur lui cède. Et que cette acquisition de la force de travail offre pour particularité de rapporter plus qu'elle ne coûte. C'est indépassable plus-value. Inutile aussi d'avoir lu Marcel Mauss, pour constater que lorsqu’un employeur (du patron de PME à la multinationale) « donne » du travail, ce « don » occulte en réalité la manifestation de son pouvoir - qu’il soit financier ou industriel - l’installation d’une subordination, d’une domination d’un individu sur un autre. C’est un marché parfaitement inégalitaire que le vocabulaire voudrait draper de vertu. 

La charité est cousue d’un drap de même tissu. C’est un leurre comme celui qu’on agite au nez des taureaux dans l’arène. Derrière il n’y a que du vide, du rien, du vent… dans la mesure où, aussi grandiose soit-il, un acte de charité ne s’attaque pas aux causes qui l’ont rendu nécessaire mais soigne, je le répète, avec les moyens du bord, les effets des catastrophes, qu’elles soient sociales, économiques ou personnelles.

L’objection est aisée : vaudrait-il mieux ne rien faire ?

Demeurer le spectateur aux bras croisés, indifférent aux souffrances, à la misère, au désarroi…
Bien évidemment non.

 La réponse est nécessairement politique puisqu’il y va de la justice et du rétablissement de l’égalité entre tous. L'égalité est le concept fondamental de la République. Les révolutionnaires français (et Robespierre en premier !) l'avaient parfaitement compris, la plaçant entre la liberté et la fraternité dans la devise qu'ils nous ont transmise. Il est évident que la liberté poussée à son extrême peut conduire à l'oppression (exemple le capitalisme) et que la fraternité (on dirait aujourd'hui la solidarité) suppose de la vertu et qu'il n'est pas prouvé que l'homme soit vertueux par nature. Il revient donc à l'Etat d'assurer le juste équilibre entre la liberté à laquelle chacun aspire et la solidarité dans la répartitions des richesses de la nation ; richesses non seulement économiques mais aussi intellectuelles, culturelles, scientifiques….

A l’idéologie libérale (du nom que veut se donner le capitalisme pour faire meilleure figure), celle qui professe que la société n’existe pas, qu’il n’y a que l’individu et sa famille, il faut opposer l’idée du droit d’exister comme un droit imprescriptible, garanti par la loi et non dépendant de la bonne ou de la mauvaise conscience individuelle. Je ne suis pas naïf, cette égalité est un idéal vers lequel nous devons tendre, pas un équarrissage pour tous, ni une utopie totalitaire. Pour dire les choses autrement : tant qu’il y aura de la charité, il y aura de l’injustice ; plus il y aura d'égalité, plus il y aura du droit, plus il y aura de la justice…

Une fois encore, je veux l'affirmer avec force, la France n’a pas besoin de réformes, elle a besoin d’une révolution, d’une insurrection des idées, des consciences, d'une nouvelle nuit du 4 août pour qu'à nouveau soient abolis les privilèges qui offensent la justice et l’égalité ; pour que plus personne, jamais, n’ait à tendre la main, à s’humilier, à supplier, à réclamer la charité pour exister. Vous me direz que je rêve, que ce n’est que folie, déraison mais, tant pis pour moi ou tant mieux, je crois à la puissance du rêve capable, jusqu’à la déraison, de transformer le monde.

Version intégrale de la tribune parue dans l'Humanité des débats de ce vendredi 5 octobre.

Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste

________________

(1) Bourgmestre et commune étaient et sont encore à la Belgique ce que maire et municipalité sont à la France.

(2) Principauté théocratique de même qu'aujourd'hui l'Iran est une République théocratique.

 

Pour la baudruche de la nuit du 4 août (1789), voir Henri Guillemin. Nous lui préférerons toujours la journée du 10 août (1792). Mais Mordillat a raison de rappeler que, comme la République est Une et Indivisible, les trois branches de sa devise « Liberté-Égalité-Fraternité » sont indissociables et que faire abstraction de l'une condamne les autres au néant.


*

 

Les Français POUR la guerre

ostracisant les Français CONTRE

et quelques étrangers de raccroc.

 

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 « Les Gauches européennes »

Affiche pour la Fête de l'Huma, par Pieter Breughel l'Ancien

 

Guerre à la liberté de parole :

La « Gauche » française réduit au silence les intellectuels anti-guerre.

 

Par Gearóid Ó Colmáin

Global Research, 24 septembre 2012

Chaque année, le Parti Communiste Français (PCF) organise à Paris la Fête de l'Humanité, une festivité de gauche où se donnent des concerts et où les partis communistes d'un peu partout dans le monde tiennent des stands pour y échanger des livres, des tracts et des idées. De nombreux auteurs, journalistes et intellectuels y sont invités chaque année à participer à des débats sur la philosophie, la culture, la politique et l'actualité.

Mais cette année-ci restera probablement dans les mémoires pour les débats importants que les participants à la fête n'ont pas eu le droit d'y tenir. Deux auteurs, le physicien théorique belge Jean Bricmont et la journaliste française Caroline Fourest ont été forcés d'annuler leurs exposés suite à des manoeuvres d'intimidation et à des menaces de la part d'organisations s'appelant respectivement « Antifa » et « Les Indigènes de la République » .

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Caroline Fourest est une réactionnaire pro-israélienne qui se fait passer pour une féministe « de gauche ». Qu'elle ait été invitée à la Fête pour y plancher sur la montée de l'extrémisme islamiste et de l'extrême-droite française a dérangé beaucoup de gens à gauche.

Réactionnaire et islamophobe, Fourest l'est assurément, mais l'empêcher de parler ne fait pas que donner de la crédibilité à ses fausses théories, cela viole aussi son doit constitutionnel à la liberté d'expression.

Alors qu'elle était sur le point de parler des dangers de l'extrémisme islamique et de la montée du Front National (le parti d'extrême-droite français), des gens d'un groupe appelé Les Indigènes de la république sont entrés sous la tente qu'elle occupait et ont commencé à lancer des objets sur l'estrade. Certains ont même tenté de s'en prendre à elle physiquement.

La tente a été envahie alors par de plus en plus de protestataires qui criaient des slogans contre le racisme et l'islamophobie et qui ont fait mine de vouloir occuper l'estrade, sur quoi le public présent s'est mit à crier « liberté d'expression ! ». L'affrontement entre le public venu pour assister au débat et les protestataires venus pour l'empêcher s'est poursuivi pendant une vingtaine de minutes, chacun des deux camps traitant l'autre de « fasciste ».

Les Indigènes de la république ont fini par gagner : le débat a été annulé et Caroline Fourest a dû s'enfuir jusqu'à une voiture, sous la protection de gardes du corps.

Le jour suivant, le physicien, auteur et intellectuel belge Jean Bricmont devait faire un exposé infiniment plus important sur la crise en Syrie et le spécieux discours d'«intervention humanitaire» propagé par les media dominants pour justifier des guerres d'agression.

Depuis des années, Bricmont s'est fait le critique des politiques d'intervention militaire sous prétexte de protection des « droits de l'homme ». L'hérésie de Bricmont sur la question et son anti-sionisme ont fait de lui un paria dans les salons de l'intelligentsia convenable de France.

Les prises de position anti-impérialistes sans équivoque du physicien belge ont également fait de lui la cible d'une campagne de diffamation assez vile, tant sur Internet que dans les media français dominants, où on l'a traité de « rouge-brun », de « confusionniste », etc.

En outre, les franges les plus extrémistes de la police de la pensée qui sévissent sur l'Internet lui ont réservé une attention particulière. Quelques jours avant la Fête de l'Humanité, une organisation se disant « anti-fasciste et anarchiste », du nom d'Antifa, a lancé une campagne sur Indymedia contre la participation de Bricmont à la « Fête de l'Huma », dans laquelle ils menaçaient de l'attaquer physiquement, s'il osait aborder le sujet des interventions humanitaires. Dans le monde insane des activistes d'Antifa, l'opposition de Bricmont au terrorisme fomenté par l'OTAN en Libye et en Syrie fait de lui un « fasciste ».

Antifa n'est autre chose qu'un des groupes anarchistes internationaux actuellement utilisés par les services d'espionnage des états impérialistes pour semer la confusion et le chaos dans les rangs de la jeunesse mécontente et la pousser à commettre des actes violents irréfléchis, de façon à permettre à des états de plus en plus policiers d'arriver à leurs fins. Cette organisation en particulier prend pour cibles les intellectuels qui dénoncent le sionisme aussi bien que les organes de presse alternatifs qui mettent à nu les mécanismes et les institutions participant de l'impérialisme US à travers le monde. Et, bien entendu, elle fait tout cela sous les oripeaux de l'« anti-fascisme ».

Par leurs professions de foi débiles et la stupidité de leurs actes, les Antifa attirent des jeunes naïfs en colère, qui s'introduisent dans les manifestations en capuchons noirs pour y provoquer de violentes répressions policières et saboter ainsi toute résistance réelle et significative à l'actuel ordre des choses. En d'autres termes, Antifa est un groupe d'idiots utiles, dont le programme véritable est de promouvoir le fascisme sous couvert d'« anti-fascisme ».

Bricmont, informé de la campagne et des menaces le concernant, avait demandé aux organisateurs de la Fête de l'Huma d'assurer sa sécurité. Les responsables s'étaient engagés à le protéger. En dépit de quoi, une heure avant de prendre la parole, Bricmont fut averti que son exposé était annulé. Les menaces de violences des provocateurs d'Antifa avaient fourni à Pierre Laurent, secrétaire général du PCF, le prétexte rêvé pour supprimer la conférence hérétique du scientifique belge. Pour les dirigeants de PCF, permettre à Bricmont de parler aurait risqué - du moins feignent-ils de le croire - de les faire passer pour les fantoches impérialistes de droite qu'ils sont, aux yeux de leurs adhérents dont le nombre ne cesse de rétrécir comme peau de chagrin.

 

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 Jean Bricmont en compagnie de Michel Collon, à la Fête de l'Huma .

 

La direction de la Fête de l'Huma a donc décidé qu'elle ne pouvait pas assurer la sécurité du physicien belge dans le cas d'une attaque des « Antifa ». Pourtant, la pontifesse pro-guerre et pro-israélienne Caroline Fourest avait, elle, obtenu sa pleine et entière protection, bien qu'ayant fait l'objet de menaces identiques.

Ceci n'est pas vraiment surprenant, si on considère que le journal L'Humanité est l'organisateur de la fête. L'Humanité a, en effet, apporté son soutien à la déstabilisation de la Syrie par l'OTAN, dès que la violence y a éclaté l'an dernier, se livrant à la même propagande de guerre, exactement, que ses concurrents « de droite ».

Selon le porte-parole du PCF en matière d'affaires internationales Jacques Fath, la seule solution susceptible de ramener la paix en Syrie est le renversement d'Assad. Fath ne fait, bien entendu, nulle mention des escadrons de la mort de l'OTAN qui n'ont cessé, depuis mars 2011 de tuer des civils innocents et des soldats des forces de sécurité, faits indéniables qui ont été vérifiés par de nombreux journalistes indépendants et admis par la mission d'observation de la Ligue Arabe elle-même.

Aucun des partis communistes de Syrie n'a été, non plus, invité à la Fête. Pourtant les deux partis communistes syriens Bakdash et Faisal Aka Unifié, ont obtenu onze sièges aux élections parlementaires qui ont suivi la mise en application de la nouvelle constitution démocratique de la Syrie, en mai de cette année.

Les deux partis ont constamment dénoncé le terrorisme fomenté contre leur pays par l'OTAN et par les états du Golfe, depuis que les violences ont éclaté à Darna en 2011. Aucune des deux formations n'a été autorisée à dresser un stand à la Fête communiste française.

Ceux qui croient que le Front de Gauche(1) de Jean-Luc Mélenchon (le candidat d'« extrême-gauche » qui a obtenu 11% des voix au premier tour de la dernière élection présidentielle) représente une quelconque alternative au statu quo, feraient bien de se rappeler que Mélenchon et le Front de Gauche ONT SOUTENU l'intervention de l'OTAN en Libye l'année dernière. Le FdG est une organisation qui prétend s'opposer à l'OTAN. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

 Les supporters de Mélenchon – un démagogue qui aime légitimer ses lettres de créance d'homme de gauche en prétendant soutenir le président Hugo Chavez du Venezuela et d'autres gouvernements latino-américains de centre gauche - n'ont pas l'air de se rendre compte que tous les pays de l'ALBA ont soutenu l'an dernier le colonel Kadhafi de Libye et, maintenant, déclarent ouvertement soutenir le président Bachar el-Assad, dans sa lutte contre l'OTAN et le terrorisme financé par les états du Golfe.

En 2011, alors que le président Hugo Chavez cherchait à s'entremettre dans la crise libyenne pour tenter d'empêcher une agression militaire contre ce pays, médiation qui était accueillie avec reconnaissance par le gouvernement libyen et qui aurait pu empêcher la guerre, il n'a reçu absolument aucun soutien de Jean-Luc Mélenchon, qui, aujourd'hui, pose néanmoins à l'anti-impérialiste. Mélenchon est un foutu menteur et un imposteur politique de la pire espèce.

Il n'est pas nécessaire d'être un physicien comme Jean Bricmont pour voir et pour comprendre l'horrible réalité de la guerre par procuration que l'OTAN mène en Syrie, mais quel camouflet inopportun cela eût été, si les soi-disant communistes de la Fête avaient été tout à coup mis en présence de la vérité nue, méphitique, sur les guerres humanitaires de l'OTAN et les dupes volontaires prétendument de gauche qui les soutiennent. Bricmont devait être baîllonné.

L'«extrême-gauche» française n'est rien d'autre qu'une bande hétéroclite, méprisable, de lâches, de menteurs et d'irresponsables, dont les egos boursouflés et les slogans creux trahissent à la perfection le cynisme absolu de la classe petite-bourgeoise qu'elle représente.

Mais il y a une autre raison encore à l'ostracisme de Bricmont par la « respectable » société  française : Bricmont est un scientifique, et ce scientifique est capable d'appliquer une pensée critique aux problèmes quotidiens qui se posent au citoyen lambda. Autrement dit, contrairement à ses collègues universitaires élitistes et conformistes, pour qui leurs communications commentées par leurs pairs, leurs titres et leur image sociale comptent plus que la vérité scientifique, Bricmont représente le type d'homme de science capable de soumettre à son microscope les lois qui gouvernent la société civile, lois dont le viol par les gouvernements occidentaux est commodément ignoré par les moines néo-scolastiques de l'université post-moderne.

Dans les jours qui ont suivi la Fête de l'Huma, l'expulsion de Caroline Fourest a été rapportée et commentée à grand bruit par tous les média conformes, qui n'ont évidemment pas manqué de vociférer au viol de la « liberté d'expression ».

Fourest est une des propagandistes majeures du Nouvel Ordre Mondial, et son ubiquité est telle dans le réseau touffu des media français, qu'elle y est devenue une référence familière. Fourest la belliciste y a donc été présentée comme une martyre des droits de l'homme, du féminisme et de la liberté d'expression grâce aux idiots utiles d'Antifa. Est-il besoin de dire que les harpies va-t-en-guerre de l'information couchée n'ont aucunement cru devoir mentionner le viol de la liberté de parole de Jean Bricmont ?

Si Fourest, Antifa, le PCF, le Front de Gauche et tout l'establishment français de pseudo-gauche avaient loisir d'en faire à leur guise, Bricmont et ceux de son espèce ne seraient plus jamais autorisés à monter sur une estrade pour y prendre la parole.

Les activistes qui admirent et ceux qui détestent Caroline Fourest peuvent s'époumoner tant qu'ils veulent à braire au « fasciste » dans leur burlesque et infantile théâtre de l'absurde : ce sont eux qui ouvrent la voie à la prise de pouvoir par l'extrême-droite dans ce pays, car les vrais fascistes du Front National de Marine Le Pen n'auront aucun mal à capitaliser sur leurs singeries. Qui osera blâmer l'ouvrier de base quand il se laissera séduire par les arguments fallacieux de Marine Le Pen, alors qu'il n'y a en face d'elle, pour lui porter la contradiction, que des bavards imbéciles ?

Ce n'est pas la première fois que d'authentiques activistes anti-guerre sont interdits de parole en France. Michel Collon, un journaliste belge, auteur et rédacteur en chef d'un site web d'informations et d'analyses, InvestigAction, s'est vu interdire de prendre la parole à la Bourse du Travail de Paris, le 9 novembre 2011, déjà par les agents provocateurs d'Antifa. Ces meutes servent l'état impérialiste en empêchant le public de débattre sérieusement de l'engagement de la France dans des guerres étrangères.

D'autres organisations ont fait l'objet d'attaques par les agents provocateurs d'Antifa ; l'URCF (Union des Révolutionnaires Communistes de France ) et le PRCF (Pôle de Renaissance Communiste en France ).

Ces organisations comptent parmi leurs adhérents d'authentiques héros de la Résistance et vrais combattants contre le fascisme. Le président du PRCF est Léon Landini, un homme qui, dans la Résistance Française, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, a mis hors combat 40 soldats nazis, a détruit 300 de leurs véhicules et a participé à des douzaines d'attaques contre leurs transports ferroviaires. L'URCF et le PRCF sont, à l'heure actuelle, les seules formations en France qui militent pour la reconstruction d'un véritable parti communiste.

A l'opposé des imposteurs du Front de Gauche, du PCF, du NPA et d'autres organisations du même genre, l'URCF et le PRCF apportent leur total soutien aux partis communistes de Syrie, dans la lutte qu'ils mènent contre l'agression fasciste de l'OTAN et des pétromonarchies du Golfe, et ils dénoncent aussi, sans équivoque, les mensonges et la désinformation de la presse réactionnaire française.

C'est un des accomplissements les plus remarquables de la propagande létale, dans l'histoire récente, que ce soient précisément ceux qui dénoncent les mensonges par lesquels on fait avaler au public des guerres d'agression travesties en interventions humanitaires, qui soient étiquetés « fascistes », alors que ceux qui battent sans scrupule aucun les tambours de guerre passent pour être « de gauche » et « progressistes ». C'est là le modèle général vendu une fois pour toutes par l'ensemble des media français, et les vrais intellectuels anti-impérialistes paient au prix fort leur intégrité, en faisant l'objet d'une véritable chasse aux sorcières qui s'acharne sans répit sur leur « hérésie ».

La censure exercée contre Jean Bricmont par l'establishment libéral dit « de gauche » est un signe de la direction profondément dangereuse qu'est en train de prendre la société française : la voie d'une nouvelle forme de totalitarisme, où la pensée critique est tuée par les platitudes, les slogans émasculés de sens et le jargon fumeux de la caste qui prétend dominer la pensée.

Le comportement inadmissible, malhonnête et odieux de la petite bourgeoisie pseudo de gauche conduira inéluctablement, s'il n'est combattu, à un dénouement sinistre de cette farce tragi-comique qu'est la France contemporaine.

Source :

http://www.globalresearch.ca/the-war-on-freedom-of-speech-frances-left-silences-anti-war-intellectuals/

Traduction de Catherine L. pour

Les Grosses Orchades...

Gearóid Ó Colmáin est un journaliste indépendant né à Cork, Irlande, qui vit actuellement à Paris. Il a été chroniqueur bilingue à Metro Eireann. Il collabore, sur cette même base, à Global Research et à Mondialisation, Canada. Il anime aussi son propre blog, Metro Gael, qui porte en exergue :

Sed assiduitate quotidiana et consuetudine occularum assuescunt animi ; neque admirantur, neque requirunt rationes earum rerum, quas semper videt.

Ce qui, pour Cicéron (De la nature des dieux) voulait dire à peu près :

« Parce que nous sommes accoutumés à voir quotidiennement certaines choses, nos esprits les acceptent et cessent de rechercher les causes de ce qui est constamment sous nos yeux. »

_______________

(1) Le parti de Jean-Luc Mélenchon est le Parti de Gauche, qui, avec d'autres formations, constitue le Front de Gauche. Un étranger, même résidant à Paris, peut s'y perdre.

 

 

 

*

 

En revanche, de plus en plus d'Américains sont contre

 

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Obama menacé de destitution

 

22 septembre 2012, Information Clearing House

 

Walter B. Jones, représentant républicain de la Caroline du Nord au Congrès des États-Unis, a donné le 21 septembre dans le local Rayburn B 318 de la Chambre, une conférence de presse portant sur la « Résolution 107 ».


Le représentant Jones était entouré d’un groupe composé d’officiers militaires à la retraite, de spécialistes de droit constitutionnel, et de membres du Congrès, pour évoquer ce texte de loi qui permet d'envoyer au président Obama une mise en garde de destitution, initiative actuellement assumée par onze personnalités.

Cette résolution bipartite, présentée en mars dernier, réaffirme le pouvoir du Congrès de déclarer la guerre, et stipule que tout Président qui passera outre ce pouvoir, sauf en cas d’attaque des États-Unis, encourra une procédure de destitution.


 

 

Les intervenants à cette conférence de presse incluaient :

Le représentant au Congrès pour la Caroline du Nord Walter B. Jone
s.


Bruce Fein, spécialiste en droit constitutionnel et en droit international, ancien procureur général adjoint sous le président Reagan, auteur de L’empire américain : avant la chute.

Le lieutenant-colonel Lawrence Wilkerson, ancien Chef d’Etat-Major à la retraite du Ministre des Affaires Etrangères Colin Powell (2002-2005)


Le lieutenant-colonel Anthony Shaffer, auteur de Opération Dark Heart, qui a révélé le programme d'étude de cas ( « data mining » ) du Pentagone connu sous le nom de Able Danger, et découvert deux cellules terroristes impliquées dans les attentats du 11/09.

A été lu également, au cours de cette conférence , un message de soutien de Joseph P. Hoar, Général à la retraite du corps des « marines », qui a servi comme Chef d’Etat-Major, puis comme Commandant en Chef du Central Command (Département de la Défense).

 

***

 

TEXTE DE LOI

RÉSOLUTION 107

112e Congrès (2011-2012)

2ème session

Le Congrès ayant déclaré que l’utilisation de la force offensive militaire par un Président, sans l’autorisation préalable et explicite d’une loi votée par le Congrès, constitue un crime capital et une forfaiture passibles de la destitution, selon l’article II, section 4, de la Constitution,

 

À LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS,

le 7 mars 2012,

M. Jones a présenté la résolution parlementaire suivante, qui a été envoyée pour examen à la Commission des questions judiciaires :

 

RÉSOLUTION PARLEMENTAIRE

 Le Congrès ayant déclaré que l’utilisation de la force offensive militaire par un Président, sans l’autorisation préalable et explicite d’une loi votée par le Congrès, constitue un crime capital et une forfaiture passibles de la destitution, selon l’article II, section 4 de la Constitution,

 

Et attendu que le principe fondamental de la République reconnaît au Congrès le pouvoir exclusif de déclarer la guerre, selon l’article 1, section 8, clause 11 de la Constitution,

la Chambre des Représentants (soutenue par le Sénat) a résolu , suivant la loi votée par le Congrès, que, hormis en cas d’attaque réelle ou imminente du territoire des Etats-Unis, l’utilisation de la force offensive militaire par un Président, sans l’autorisation préalable et explicite d’une loi votée par le Congrès, constitue une violation du pouvoir exclusif du Congrès de déclarer la guerre selon l’article 1, section 8, clause 11, de la Constitution, et par conséquent constitue un crime capital et une forfaiture passibles de destitution, selon l’article II, section 4 de la Constitution.

traduction Kahem pour

Les Grosses Orchades

Source : http://www.informationclearinghouse.info/article32528.htm

 

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*


Les femmes aussi, les femmes surtout :


 


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Depuis qu'en 2008, nous avons soutenu leur Marche vers Gaza, les dames de CODEPINK, une association de femmes US contre les guerres, nous écrivent régulièrement, comme à tous leurs sympathisants, pour nous tenir informés de leurs initiatives et activités. À leur tête : Medea Benjamin, une petite bonne femme qui totalise à elle seule un nombre impressionnant de gardes à vue et de jets de poivre dans les yeux, mais que rien n'arrête, et qui vient de sortir un livre sur la courageuse guerre par drones téléguidés : Drone Warfare.8. Drone_small.jpg


 


Le 27 septembre dernier elle nous a écrit :

Chère Véronique, cher Michel, chère Catherine,

Alors que nous lançons une délégation pour la paix au Pakistan pour protester contre la guerre des drones menée par l'administration Obama, certains nous disent que, au vu des troubles occasionnés par le film détestable Innocence des Musulmans  (« Innocence of Muslims »), le moment est mal choisi. Nous n'envisageons pas les risques à la légère, mais nous pensons aussi qu'il est crucial (et précisément en ce moment) de montrer au monde musulman qu'il y a des Américains qui veulent des relations basées sur la paix et l'amitié, et non pas sur des insultes religieuses, des attaques de drones ou des occupations militaires.

 

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Nous serons au Pakistan du 28 septembre au 14 octobre afin de rencontrer des familles de victimes de drones, des avocats, des universitaires, des associations de femmes, des élus des principaux partis politiques pakistanais et des officiels américains. Le 7 octobre, nous nous joindrons à Imran Khan, un homme politique pakistanais, ainsi qu'à des victimes de drones, à des chefs tribaux et à des milliers de locaux, pour une marche pour la paix vers le Waziristan afin de protester contre les attaques de drones américains qui ont tué entre 2.500 et 3.330 personnes depuis 2004.

Dans la mesure où les USA ne procurent aucune assistance aux victimes innocentes, nous récoltons des fonds en faveur de leur rééducation, pour acheter des prothèses de jambes, notamment. Une des personnes que nous aiderons vit au nord du Waziristan. Il a 16 ans, s'appelle Sadaullah et a perdu un oeil et les deux jambes lors d'une attaque visant sa maison. « Je rêvais de devenir médecin, mais je ne peux même plus marcher pour aller à l'école. » a-t-il dit. Son histoire est racontée dans livre La guerre des drones, de Medea Benjamin. Nous essayons de récolter 5.000 $ pour aider les victimes. Cliquez ici pour faire un don.

Nous amènerons également des pétitions à l'ambassade des États-Unis à Islamabad ; assurez- vous que vous avez signé. Nous souhaitons fournir 5.000 signatures à l'ambassadeur. Pour l'instant, nous en avons 2.000. Aidez-nous à atteindre notre objectif.

Les 40 délégués américains ont entre 23 et 85 ans, sont originaires de nombreuses villes aux Etats-Unis, et représentent des étudiants, des écrivains, des médecins, des analystes politiques, des vétérans et des artistes. Ce qui nous lie, c'est la conviction que les attaques de drones sont immorales, illégales et contre-productives, et que nous devons être des « citoyens diplomates » incarnant des modèles de politiques que nous souhaitons voir appliquées par notre gouvernement. Pour en savoir plus sur la délégation, lisez le dernier article de Medea sur www.commondreams.org ainsi que Vivre avec les drones, un récent rapport détaillé écrit par l'Université de New York (NYU) et les écoles de droit de Stanford.

Aux États-Unis cette fois, des associations anti-guerre marqueront la date du 7 octobre, 12ème anniversaire de la guerre en Afghanistan, par des protestations dans tout le pays. Cliquez ici pour savoir où elles sont prévues, ou ajouter la vôtre. Vous pouvez aussi suivre notre délégation au Pakistan sur le site www.droneswatch.org.

10. Peace-with-Iran.jpg


Gardant l'espoir dans la paix

Medea Benjamin et Ann Wright



P.S. Aidez-nous à nous faire connaître dans le monde ! Faites circuler nos pétitions sur Twitter et Facebook.

 

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ADN : Lysistrata

 

Traduction Kahem pour

Les Grosses Orchades


*

Oui. Bon. Nous sommes en retard pour répercuter. Battons notre coulpe d'inefficaces de compétition ! Pour suivre leurs activités sans les carabiniers, c'est ici :

http://www.codepinkalert.org/article.php?list=type&type=3

 

 

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Quelques autres marques d’opposition US en images


12.  impeachobama - Kucinich.jpg

En mars 2011 déjà, à propos de l'attaque de la Libye, Dennis Kucinich, sénateur de l'Ohio et seul membre du Congrès qu'Israël n'ait pu acheter avait réclamé la destitution du président.

 

11. Obama - all options - latuff 450514.jpg

13. obama-coward-never-served.jpg

14. obamathemightywarrior.jpg

15. obama-warmonger-nazi.jpg

16. obama_evil_war_nobel_peace_warmonger.jpg

17. kill_all_god_sort1.jpg

18. obama_hypocrite.jpg

19. Obama-as-warmonger anunews net.jpg

 American Buddhist Journal

 

22. obama-sucking-the-life-out-of-the-constitution-275x300.jpg

23. bama-warmonger-cropd-300x180.jpg

24. Obama - cockburn-1242742349876545001.jpg

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26. obama-nuclear threat poster_big.jpg

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28. alice au pays de la guerre - mad tea party_700.jpg

Alice à la Tea Party des va-t-en guerre...

29. Hillary-Calls-For-War-Against-Iran-While-Laughing-About-It.jpg

... qui n'y avait pas vu la Reine Rouge

 

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Même les Suisses ! (Dessin de Chappatte pour Le Temps)

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Les Brésiliens en 2010

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Les mêmes en 2012, car rien n'a changé.

 

OUPS ! On avait dit pas de bombinette... Oh, et puis tant pis après tout:


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It's a (nuclear) duck !


 

*

Manifestations spontanées en Turquie contre la guerre avec la Syrie

 

principalement à Istanbul, mais aussi à Izmir (c'est Smyrne, non?), Mersin, Eskişehir et d'autres villes turques. « Plusieurs centaines de manifestants », annonce la bouche en coeur la spikerine d'AFP. Autant dire quelques zozos pathétiques... Ah, que deviendrait-on si on ne les avait pas pour nous informer ? Les jamais contents iront quand même jeter un oeil sur Dazibaoueb :

 

Istanbul : des milliers de manifestants contre la guerre avec la Syrie

 

L'armée turque vient à peine de marteler les positions de l'armée syrienne proches de la frontière que les forces politiques et sociales opposées à l'aventurisme militaire de M. Erdogan sont descendues avant-hier (4 octobre, NDLR) dans les rues d'Istanbul pour manifester leur opposition à la guerre à la Syrie. Le rassemblement avait commencé par agréger le matin des dizaines de personnes près du Parlement à Ankara. Un rassemblement qui a grossi à vue d’œil.

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33. manifestation-anti-guerre-istanbul1.jpg

 

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Mais à quoi pensent-ils ces Zuniens et ces Turcs ?

 

Nous sommes allés voir chez le Canard Enchaîné, feuille fondée pendant et contre la Première Guerre Mondiale par le farouche anti-militariste Maurice Maréchal, et réputée politiquement indépendante car ne vivant que de ses ventes : rien. nada de nada. Tous à la Tea Party d'Alice ! La liberté de la presse, effectivement, s'use quand on ne s'en sert pas.

Chez Charlie-Hebdo alors ? Ren de ren. Tous à la chasse au rouge-brun avec soeur Ornella et les copains d'Avaaz.

De ce côté-ci du Quiévrain ? Rien vu, mais nous achetons peu les gazettes. Vous avez des tuyaux, vous ?

 

*

Un moment d'entr'acte pour respirer. Et pour déballer un petit cadeau d'anniversaire à Vladimir Poutine, d'un qui n'a même pas voté pour lui.

 

Israël Shamir revient sur les Pussy Riot :


Les Pussies Riot contre Poutine: une action concertée de Londres jusqu'à Moscou

par Israël Adam Shamir

Le Morning Star www.morningstaronline.co.uk ayant voulu republier l'article de Shamir sur les Pussy Riots, "mégères non apprivoisées" s'est vu vivement sommé de retirer l'article, et s'est exécuté illico. Shamir ne voit là rien d'étonnant, et il explique ce qui s'est passé.

Voici le paragraphe qui n'a pas plu du tout à certains :

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Mais il revient aussi sur Pol Pot... et pendant qu'il y est, sur Staline, sur Lénine, sur Mao et sur Robespierre. Que dis-je ? Il revient même sur Godard ! On ne sait pas ce qu'en pense Vladimir Poutine, mais nous, on aime. Leçons de politique à la Shamir.

 

Pol Pot revu et corrigé

par Israel Shamir

En ce moment, à la saison des moussons, le Cambodge est verdoyant, frais et paisible. les rizières au flanc des collines basses sont inondées, les forêts qui abritent de vieux temples sont impénétrables, la mer violente repousse les nageurs. C'est bien agréable pour revisiter ce modeste pays: le Cambodge n'est pas surpeuplé, et les Cambodgiens ne sont pas des gens âpres au gain, ils sont apaisés. Ils pêchent la crevette, le calamar, tout ce qu'offre la mer, et Ils cultivent du riz sans herbicides, repiqué et récolté à la main. Ils en produisent assez pour eux-mêmes, et en exportent aussi; bref, ce n'est pas le paradis, mais le pays s'en sort.

Lire la suite...

 

 *

Nous avions, ici, regretté la démission de René Balme et le sabordage d'Oulala.

Une nouvelle qui nous a fait drôlement plaisir : Oulala revient.

Et de Oulala.net devient Oulala.info. René Balme vous explique :

 

Oulala, le retour !

7 OCTOBRE 2012 À 11 H 28 MIN /

On vous l’avait annoncé. Un retour triomphant, amusant, décalé, offensif… Et prière d’éviter de nous les briser menu. On a autre chose à faire chez Oulala que de lire les rengaines d’Ornélla Guyet et de celles et ceux qui lui indiquent le chemin à défaut de lui tenir la plume ou le clavier.

Lire, regarder, écouter la suite...


 *


Enfin votre servante avait quelque chose à dire à quelqu'un. Sur la guerre aussi, sans quoi ce serait outrecuidant.

 

Lettre à Ariane WALTER


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Chère Ariane,

que je ne connais pas

et qui ne me connaissez pas non plus,

Je vous lis depuis quelque temps avec bien du plaisir, mais vous me faites peur. Je vous vois vous avancer en gambadant sur votre fil au-dessus du vide et je me dis, mondieu mais elle va se casser la figure !

Certes, vous êtes majeure et vaccinée, ce que vous faites de votre vie vous regarde. Cependant... quand on écrit dans les gazettes (ou sur Internet, c'est pareil), cela vous colle des responsabilités. En particulier à l'égard des gens très jeunes que des malintentionnés ont savamment désarmés, avant de les jeter dans une marmite infâme d'oppression, d'injustices et de tromperies de toutes sortes. Quand on se respecte à peu près, on leur doit la vérité. Qui ne coûte rien qu'un peu de lucidité, de courage et de générosité. De courage, vous ne manquez pas, de générosité, vous débordez. Pour la lucidité, c'est autre chose.

 Vous avez pris feu en mars dernier pour « la Révolution à portée de  main » et vous tentez de communiquer à vos compatriotes votre enthousiasme, qui est rafraîchissant, votre énergie, qui est impressionnante, et vos certitudes. Vous le faites au nom de Robespierre et de Mélenchon. Il n'y a pas de mal à aimer les gens, et tout personnage un peu populaire, surtout en politique, a ses cheer leaders. Robespierre aussi en son temps a eu les siens. Mais la ressemblance entre vos deux grands hommes s'arrête là. M. Mélenchon, certes, se réclame de l'Incorruptible, mais il ne va pas jusqu'à l'imiter. Or, un homme, voyez-vous, n'est pas ce qu'il dit qu'il est ; il est ce qu'il fait.

Que fait M. Mélenchon ? Il parle bien et il prend, verbalement, un certain nombre de positions politiques, sur toutes sortes de sujets, dont la guerre, qui nous occupe aujourd'hui, justement, sur Les Grosses Orchades. C'est la raison de cette bafouille.

M. Mélenchon a reçu des dieux (ou du diable) le don d'éloquence. Il possède le secret dangereux de galvaniser les foules. Hitler aussi l'avait. Et Mussolini. Et Juan Peron. Pour n'en citer que trois. Tous socialistes. Et Robespierre, donc ! Il faut dire que le dernier quart du XVIIIe siècle fut faste en orateurs. Il suffit de les lire, quels qu'aient été leurs camps. Tous orateurs-nés, et en outre, maniant tous la même rhétorique. Mais entre eux, quand même, une différence nette : il y avait ceux qui parlaient pour se faire comprendre et ceux qui parlaient pour, surtout, n'être pas compris, sous peine de se faire écharper séance tenante. C'est, je le crains, à cette catégorie qu'appartient M. Mélenchon. Le fameux discours du 18 mars, que vous avez retranscrit avec tant de dévotion, est le discours d'un parfait démagogue occupé à ratisser large. Il faut être bien jeune, bien naïf ou bien neuf en politique pour ne pas s'en apercevoir.

Un démagogue est quelqu'un qui dit aux gens ce qu'ils ont envie d'entendre, qui chauffe à blanc leurs fantasmes et qui les saoûle de lendemains qui ne peuvent que chanter, au lieu de leur dire la vérité. Qu'il leur doit. On ne ment pas au peuple. Ni par stratégie ni pour aucune autre raison. « Seule la vérité est révolutionnaire. »

Tout ce que préconise M. Mélenchon – qu'il va jusqu'à promettre – il ne pourra le réaliser ou le pérenniser dans le cas de ce qui a été fait par d'autres, et il le sait. Donc il ment. Il ment aussi par omission, se gardant bien d'annoncer en même temps la couleur de ses prises de positions en politique extérieure. Et là , il y a carrément comme un crime. Croyez-vous qu'on puisse passer là-dessus au nom du reste ? Croyez-vous que la politique intérieure et la politique extérieure ne soient pas indissociables, attachées serré comme des siamoises ? La République est Une et Indivisible . La Révolution ne se morcelle pas. La morale publique moins encore.

Dans sa biographie de Robespierre, Gérard Walter (un aïeul à vous?) a écrit ceci :

« Mais, chose qui pèsera d'une honte éternelle sur la mémoire des législateurs montagnards de 1793, aucun des cinq articles de Robespierre qui avaient proclamé la solidarité internationale des peuples de la terre n'a été jugé digne de figurer dans leurs Déclaration des droits de l'homme. »

Ils ne sont pas cinq, ils sont quatre, et bien suffisants. Les voilà :

Article 35 – Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s'entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même état.

Article 36 – Celui qui opprime une seule nation se déclare l'ennemi de toutes.

Article 37 – Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme, doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et comme des brigands rebelles.

Article 38 – Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu'ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain, et contre le législateur de l'univers qui est la nature.

En s'alignant sur le PS, c'est-à-dire sur l'OTAN, c'est-à-dire sur des assassins et des brigands rebelles, en Libye, puis en Syrie, en soutenant les provocatrices à gages Pussy Riots, Jean-Luc Mélenchon piétine ces principes, il les bafoue, il se conduit comme un complice des Coalisés de 93, comme un traître à la République. C'est ce qu'on pourrait appeler le syndrome d'Anacharsis Cloots, vous savez, ce banquier prussien élu représentant du peuple français, qui écrivait de si belles choses, en rajoutant toujours sur tout le monde en gauchisme pur et dur, et toujours s'alignant sur la pire des réactions dès qu'il fallait passer aux actes.

Ariane, c'est si sérieux que c'est rédhibitoire. Je ne vous écris pas tout ça pour le plaisir de vous chagriner ou de dénigrer M. Mélenchon. Il n'est pas le seul de sa sorte et nous n'avons pas eu depuis cent ans, en Europe de l'Ouest, un seul homme politique qui fût révolutionnaire. Ni au PS, ni au PC ni ailleurs. Votre pays a eu deux hommes politiques de qualité depuis la mort de Jaurès : Pierre Mendès-France et Coluche. Le premier, qui n'était pas un révolutionnaire a fait de la politique avec rigueur et probité. Le second n'était même pas du « métier », c'était un comique. Mais ce que cet homme sorti du peuple a enseigné par le rire était terriblement sérieux. Il y a des chances qu'il en soit mort. Le peuple a feint de croire qu'on voulait seulement l'amuser, parce qu'il n'avait pas envie de faire ce qui, logiquement, devenait de son ressort. Par paresse ? Égoïsme? Indifférence ? Veulerie ? Parce qu'il avait, si peu que ce soit, quelque chose à perdre ? Un peu de tout cela, mais il ne pourra jamais dire qu'on l'a égaré, qu'il ne savait pas, même après avoir entendu, et cru, M. Mélenchon. Il aurait su bien avant s'il avait voulu, et si M. Mélenchon réussit à l'égarer, ce sera sa propre faute.

En fait de héros, nous n'avons eu, en Europe, et depuis très très très longtemps, que la bande à Baader et les gens d'Action Directe, lesquels ont certes commis quelques actes réprouvés par le Décalogue (mais veut-on des révolutions sans révolution ?). Ils ont payé et paient encore pour les plus chanceux d'un prix exorbitant leur altruisme et leur héroïsme, dans l'indifférence opiniâtre, massive et générale de soixante millions de personnes rien que dans l'Hexagone. Je ne dis rien de Georges Ibrahim Abdallah (c'est qui ?), mais enfin, si M. Mélenchon avait eu en lui la moitié du quart de ce que vous en espérez, il y a longtemps qu'il aurait retroussé ses manches pour essayer de les sortir des geôles ou au moins gueuler au charron. Danielle Mitterrand l'a fait, toute seule et sans pouvoir, donc sans résultat... pour les héros de l'étranger lointain, pas pour les nôtres, mais ce n'est pas à elle qu'il faut le reprocher.

Il y a des années, j'ai failli espérer, moi aussi, en M. Mélenchon, me disant mais quand donc va-t-il sortir du PS, il attend qu'il soit trop tard ou quoi ? Eh bien, voilà, il a fini par en sortir, mais en fait il y est toujours. Il en est toujours. Il a, comme d'autres, des sortes de circonstances atténuantes, si on peut parler ainsi quand on n'a le droit de juger personne. C'est que quiconque appartient à une grande formation ou à une formation tout court y trouve les moyens de faire carrière : une structure, une bureaucratie, un soutien logistique, une caisse de résonance. Ce qu'il dit est entendu d'un grand nombre, à condition qu'il dise non pas ce qu'il pense mais ce qui est jugé bon pour la formation. S'il veut secouer le joug et en sortir, il le peut, au prix de n'être plus rien du jour au lendemain, car personne ne l'entendra : plus de plate-forme, plus de porte-voix, plus de relais dans tous les media. Au contraire, la formation s'arrangera pour que son discours hérétique soit étouffé. Seule une forte assise populaire pourrait le porter jusqu'à un point de quelconque utilité. C'est ce qu'ont trouvé dans leurs peuples, les Castro, les Chavez, les Moralès, les Correa. C'est ce qu'aucun Européen n'a trouvé jusqu'ici sauf Vladimir Poutine. Les hommes comme Jean-Luc Mélenchon se décarcassent donc à faire retomber, faute de mieux, sur leurs peuples-clients, les miettes des rapines opérées sur d'autres peuples, miettes qui déshonorent ceux qui les reçoivent et leur servent, bien sûr, de chaînes. On ne fait pas des révolutions avec des gens qui ont quelque chose à perdre, moins encore avec des consommateurs. D'où les prises de positions indéfendables de ce qui n'est pas une classe mais du personnel politique, contre l'Irak, l'Afghanistan, la Libye et maintenant contre la Syrie, pour ne rien dire de la Palestine et de tant de pays d'Afrique, contre tous les damnés de la terre à l'écrasement perpétuel de qui nous devons nos machines à laver.

Chère Ariane, quand vous vous apercevrez que vous avez été flouée, s'il vous plaît n’allez pas vous pendre, ne cédez pas non plus au cynisme ou au nihilisme, et surtout ne jetez pas Robespierre avec l'eau sale du bain de « la gôche ». Robespierre, ce n'est pas du tout pareil. Là, l'exemple est frais comme un oeuf du jour. Indestructible. Intangible. Incorruptible. Inaliénable. Intact. Du roc. Vous pouvez danser dessus.

Catherine

 

Articles d'Ariane WALTER :

Sur Le Grand Soir

http://www.legrandsoir.info/petain-de-hollande.html

http://www.legrandsoir.info/victoire-de-chavez.html

http://www.legrandsoir.info/le-non-de-gaby-charroux-fdg-a...

http://www.legrandsoir.info/chaos-dans-la-nuit-de-madrid....

http://www.legrandsoir.info/sodimedical-n-avait-pas-les-s...

http://www.legrandsoir.info/dans-les-cris-du-volcan-disco...bastille.htm

http://www.legrandsoir.info/socialistes-on-vous-hait.html

Sur Agoravox

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-union-euro...

(Là, elle m'a ôté les Ha ! Ha ! de la bouche.)

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/trierweiler-...

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/tscg-requiem...

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/peuples-d-eu...

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/melenchon-au...


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 37. LIVRES - M. AYMÉ.gif



 





LIVRES

 

 

Notre livre d'aujourd'hui, vous aurez du mal à le trouver chez les marchands de papier, et même chez les vrais libraires, voire chez les bouquinistes. Rien à voir avec l'actualité commerciale, mais d'actualité sans aucun doute.

 

38. Aymé - Du côté de chez Marianne 9782070717354.jpg



Marcel AYMÉ

DU CÔTÉ DE CHEZ MARIANNE

Paris, Gallimard, 1989

 


De quoi s'agit-il ? D'un recueil d'articles des années 30. Plus précisément des années 1933 à 1937, celles de l'irrésistée montée du nazisme. 

En bref, les éditions Gallimard, pour concurrencer les deux grandes revues politico-littéraires de l'époque, Gringoire et Candide, qui étaient de droite, ont eu l'idée d'en fonder une, plus ou moins de gauche : Marianne. Elles en ont confié la rédaction en chef à Emmanuel Berl, qui avait fréquenté Louis Aragon, les surréalistes et quelques autres – Drieu la Rochelle par exemple – et qui a eu l'idée de confier une rubrique à Marcel Aymé, dont il avait fort apprécié La jument verte.

Du 22 mars 1933 au 12 mai 1937, Marcel Aymé allait donc publier, dans Marianne, des articles de 2 à 3 pages, sur des sujets d'actualité. Il s'y révèle non seulement ce qu'on savait qu'il est, un des plus grands auteurs du XXe siècle, mais également moraliste, et prophète. 

Les deux que nous vous offrons ici traitent, l'un, de la nature du communisme, ou si on veut, des buts réels de la gauche en général, l'autre, de la guerre. Le premier a été écrit au lendemain de l'assassinat du roi de Yougoslavie et du ministre Barthou à Marseille. Le second est une réponse à ses amis de gauche, qui lui reprochaient d'avoir signé une pétition de droite, contre une entrée en guerre de la France... en Abyssinie (pour y combattre Mussolini), alors que Mussolini faisait la guerre à l'Espagne – autant dire à leurs portes - sans que personne à gauche ou à droite songe à l'aller combattre (à l'exception des brigades internationales bien sûr, et, par la plume, François Mauriac et Bernanos).

Quand on vous dit que c'est d'actualité.

 

CHIENS ÉCRASÉS

Marcel AYMÉ

                                                                      

17 octobre 1934

Le jour de la tuerie de Marseille (1), vingt-neuf mineurs ont péri au fond d’une mine de pyrite, à Saint-Pierre-la-Palud. Ils n’ont pas eu de chance, leur mort n’a pas fait grand bruit. Bloqués au fond d’une galerie en feu, à cent soixante-dix mètres de profondeur, ils ont souffert pour mourir. Trois compagnons de travail, descendus dans la mine pour leur porter secours, sont morts aussi. Les femmes attendaient à l’entrée du puits, soutenues par l’espoir d’embrasser les cadavres. Tout ça n’a pas fait grand bruit. L’assassinat d’un souverain et d’un ministre a soulevé une vive émotion parce qu’on ne l’attendait pas et qu’on ne le voulait pas. Mais la mort d’une poignée de mineurs, on s’y attend à chaque instant, et l’on y consent bien volontiers. Elle ne révolte personne, peut-être même pas les familles des victimes. Hier à Cognac, aujourd’hui à Saint-Pierre-la-Palud, demain dans la Ruhr ou en Angleterre, c’est une aventure banale dont nous sommes tous complices, sur laquelle nous fermons les yeux avec complaisance. Il faut bien qu’il en soit ainsi, puisqu’il existe des mines et qu’on n’envisage pas de les supprimer. Il paraît que c’est une nécessité qu’il convient d’accepter avec tous les risques de mort qu’elle comporte. Les journaux les plus avancés, ceux qui travaillent de bonne foi à améliorer les conditions des ouvriers, parlent souvent de la sécurité des mineurs et réclament d’utiles précautions. Mais à L’Humanité ou au Populaire,pas plus que dans les conseils d’administration des trusts miniers, il n’est question d’abandonner l’exploitation des mines. Pourtant, un abandon progressif n’a rien d’utopique, au moins pour les mines de charbon où les catastrophes sont les plus fréquentes. Il ne manque pas d’autres sources d’énergie pour y suppléer. Ce serait sans doute une commodité de moins pour l’industrie, un clavier bloqué pour les gammes du travail en série, et c’est assez pour que les amis déclarés du prolétariat se défendent d’y songer. Car la grande affaire n’est pas l’homme, mais l’industrie. Autrement, quel besoin y aurait-il de faire descendre des êtres dans des trous pour y crever ou y mener une existence de taupe ? L’existence de milliers d’années pendant lesquelles on se passa de charbon prouve que le bonheur de l’humanité n’y est pas attaché et qu’on peut très bien vivre sans ça.

Les amis du progrès social sont des artistes qui se plaisent à jouer la difficulté, mais ce ne sont pas des révolutionnaires. Ils savent que l’industrie a fait surgir un prolétariat, qu’il n’y aurait pas de mineurs sans mines, mais ils n’ont en tête que de perfectionner l’industrie et améliorer les puits de mine. Ils ne sont révolutionnaires qu’en apparence. Leur rêve le plus cher est de conserver, de mettre de l’ordre dans un monde baroque, né des appétits du capitalisme. Tous leurs efforts d’imagination ne peuvent les transporter en dehors de ce monde sordide, sale de suie et de charbon, où la perfection  ne devra rien au caprice, à l’humeur de l’homme. Ils renoncent à Satan, mais non pas à ses pompes et à ses œuvres. Ils ne veulent la mort du bourgeois que pour s’emparer de son chapeau melon. Révolutionnaires pour faire peur, qui entendent ne rien révolutionner. Étant donné un bourbier, le problème consiste pour eux à s’en accommoder ; étant donné un puits de mine, à y faire mourir le moins d’hommes possible. C’est sûrement bien mieux que rien. Ce n’est même pas mal, et l’on aurait mauvaise grâce à se plaindre. On ne peut leur demander de dire : « J'efface tout et je recommence », qui serait autant dire comme : « Revenons en arrière. » On ne peut pas aller contre une certaine façon de parler. Aussi bien, que deviendrait ce rêve de cabinet, cette glorieuse et reposante conception du progrès à sens unique ? Aujourd’hui, l’on s’accorde encore à penser que la mort de trente-deux mineurs est presque une catastrophe. Peut-être même y a-t-il des personnes sensibles qui en souffrent, des administrateurs rongés par le remords. Quand l’industrie sera parvenue au plus haut degré de la perfection et que les puits seront aménagés aussi bien qu’ils peuvent l’être, il n’y aura plus de catastrophe ; la mort de trente-deux mineurs sera un phénomène régulier, prévu par les normes et les minima, le sacrifice rituel qui apaisera les exigences de la statistique.

Les enfants et les veuves des victimes de Saint-Pierre-la-Palud sont moins malheureux qu’il ne semble : ils ont encore le droit de pleurer sans être ridicules.

_____________________

(1)  Alexandre Ier de Yougoslavie fut assassiné à Marseille le 9 octobre 1934 par des terroristes croates. Le ministre français Barthou, qui l’accompagnait, périt également dans l’attentat.


Ce que Marcel Aymé avait compris des communistes, et qu'il ne leur reproche même pas, c'est l'imposture de s'être fait passer pour des révolutionnaires, ce qu'ils n'ont jamais ambitionné d'être, mais qu'ils ont laissé croire, à leurs adhérents d'abord, pour en avoir, aux ennemis de classe ensuite, lesquels ne les ont jamais crus mais ont très bien fait semblant, d'où la Guerre Froide à sens unique, la Perestroika et tout le reste. Trop tard pour pleurer.




   UNE SIGNATURE(1)

Marcel AYMÉ


16 octobre 1935

Je suis un renégat, un écrivain en saindoux, un porte-plume à tout faire. Au lieu de prendre du galon parmi les intellectuels de gauche en réclamant des sanctions contre l'Italie, j'ai signé un manifeste de droite, et même d'extrême-droite, qui s'insurgeait contre des mesures propres à nous entraîner, de l'aveu de leurs plus zélés partisans, dans une guerre de droit. Entre la paix européenne et une guerre sanglante à la guerre, j'ai choisi sans hésiter. C'est ma conviction qu'il faut être un fou de l'espèce furieuse pour vouloir s'embringuer, quels que soient ls torts de l'Italie, dans une guerre de principes. Je suis stupéfait de l'empressement des intellectuels de gauche à donner leur accord aux lords de l'Amirauté, nous signifiant, par la voie hiérarchique dont ils disposent (et disposent absolument), d'avoir à mettre sac au dos. Voilà, en gros, ce qui m'a conduit à signer un manifeste dont tous les termes ne me conviennent pas, il s'en faut, mais qui renferme l'essentiel : pas de guerre. Certes, j'aurais souhaité, pour une manifestation de ce genre, me trouver en autre compagnie que celle d'archevêques et d'académiciens. C'est un monde avec lequel je ne suis pas précisément familiarisé, et je me sens quelque peu gêné par le voisinage de cette vieillesse dorée. Tant pis. Si j'avais eu le choix, j'aurais pu ménager ma coquetterie à cet égard, mais j'ai vainement attendu une résolution des écrivains de gauche en faveur de la paix. Un Jules Romains(2), par exemple, semblait tout désigné pour prendre l'initiative d'une pareille tâche. Nombre d'intellectuels de gauche, qui craindraient de passer pour des suppôts de la réaction en donnant, comme moi, leur signature à un manifeste de droite, sont tout prêts à bêler pour la bonne cause sous la conduite d'un berger bon teint. Pour ma part, j'en connais plus d'un. Mais Jules Romains entend que les hommes de bonne volonté fassent leurs preuves jusqu'au sang. C'est très regrettable.

Depuis un an, des intellectuels français mettent toute leur fierté à être des gens disciplinés et briguent des bons points pour l'exactitude à l'obéissance. De plus en plus, les chefs d'école font place aux chefs de section et, bientôt, on connaîtra un bon écrivain à sa science du pas cadencé. Déjà, il paraît qu'on ne peut plus, quand on a donné ses sympathies à une idée, s'en désolidariser sur un seul point sans la rejeter tout entière.

Le jour où ma signature a paru sous le manifeste en question, j'ai senti peser sur moi la réprobation de mes confrères de gauche. Il était clair qu'à leurs yeux, je m'étais déshonoré. Ceux-là mêmes qui entraient dans mes raisons secouaient la tête avec accablement pour me signifier qu'on ne collabore pas avec un réactionnaire, quand même il s'agit de sauver un noyé. Dans la rue, j'ai rencontré un groupe d'écrivains « sanctionnistes » et jusqu'au-boutistes qui marchaient comme dans des bottes. L'un d'eux m'a arrêté en me demandant s'il était vrai que j'eusse signé « cette saloperie » ? J'ai essayé de lui expliquer ma détermination, mais sans réussir à me faire entendre. J'étais vaincu d'avance. On voyait bien qu mon âme ne chantait pas dans les clairons d'airain. J'en arrivais à me demander si mon interpellateur n'était pas dans le vrai, et à penser qu'après tout, le sang des soldats français n'était peut-être que du pissat de cheval en comparaison du noble sang abyssin. J'ai eu la tentation de faire amende honorable et de crier « force à la loi ! » avec cette exaltation girondine qui va si bien au cheveu et qui mouille d'une adorable rosée les yeux des jeunes femmes sensibles.

Le lendemain, j'apprenais une grande nouvelle : la C.G.T. du Mexique exigeait des sanctions contre l'Italie. Et, ma foi, on ne pouvait dire qu'en cette affaire, son désintéressement fût profond.


P.S. Le jour où l'Allemagne envahira Memel(3), je signerai le manifeste de gauche pour la non-intervention.

__________________

(1) Cet article fut précédé d'un chapeau dû à la rédaction de Marianne ainsi rédigé : « Marcel Aymé a accordé sa signature à un manifeste que Marianne réprouve de toutes ses forces – les protestations que ce geste a provoquées autour de Marcel Aymé incitent celui-ci à expliquer son attitude. »

(2) Dont Les Hommes de bonne volonté étaient en cours de publication (1932 à 1947).

(3) Port de la Baltique, actuellement soviétique sous le nom de Klaipeda.



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GAZETTES

 

 BELGIKISTAN ÜBER ALLES

 

39. Votez Sugus 79960785_p.jpg

Ce 14 octobre, on vote en Belgique

Le trimestriel El Batia Moûrt Soû (« Le Bateau Ivre ») qui mouille du côté de La Louvière, dans le Hainaut, sort son numéro 68, spécial « c’est pourquoi au juste qu’on vote ». En vente chez les marchands de journaux au prix de 2 Euros.

Achtung ! Les AMP (Agences et Messageries de la Presse) lui donnent une avant-dernière chance avec une distribution de 3000 exemplaires sur toute la Belgique  (on le trouve aussi dans le Nord de la France), mais pour maintenir cette diffusion, il faut que vous leur en achetiez au moins 1500 exemplaires, sinon bernique.

Ce n° de 20 pages dont 12 en couleurs contient de nombreux dessins entre autres de Giemsi, Sergio, Flavien, Decressac, Lisette Delooz... et textes de Noël Godin, Florian Houdart, la Bruxellôse, le Galopin d’André Stas, Théophile de Giraud, Henin Liétart, Serge Deruette, Olivier Doiseau, Dr Litchic ... « Au Cabaret des Âmes », la chanteuse rare Fanchon Daemers tient chronique de chansons populaires et autres : c’est délectable et savant.

Soutenez Le Bateau Ivre en vous jetant dessus. Faites-en cadeau à vos amis (et à vos ennemis, ne soyez pas sectaires).

 

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Mis en ligne avec la célérité de rigueur

du 7 au 14 octobre 2012, par Catherine L.





 

15/08/2012

Ils viennent chez nous...

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Ils viennent chez nous... parce que nous sommes chez eux.

                                                                                                     Israël SHAMIR



Franchir des murs couverts de fils de fer barbelés, prendre la mer dans des embarcations impropres à la navigation ou voyager clandestinement dans des conteneurs sans air. Chaque jour, des réfugiés et des migrants risquent leur vie dans le monde entier - chaque jour - dans une quête désespérée pour trouver la sécurité ou des conditions de vie meilleures


 I.

Méditerranée, mer de honte

« Dans quelques semaines, des cohortes d'Européens aisés s'en iront barboter dans la Méditerranée, sans songer que dans la même eau, en face d'eux, sur l'autre rive, baignent des centaines de cadavres. » 

(Les gazettes)

C’était il y a trois ou quatre ans. Maintenant, c’est « des milliers de cadavres» qu’il faut dire. Ou des dizaines de milliers ? Ou ?...ou ?...

Une nuit, c'est un chavirage près des côtes qui noie des dizaines de ces errants; une autre, ce sont les femmes et les faibles que l'on jette par-dessus bord pour éviter le naufrage. Il ne manque que des pirates les pillant et les tuant pour que l'horreur soit complète. 

Mais ce n'est pas seulement contre les murailles des flots que se brisent ces embarcations, c'est aussi contre le mur d'airain de l'indifférence européenne.

 

RAPPELS


Pourquoi cet exode à grande échelle des Africains ?

Pour de multiples raisons, dont très peu sont imputables à la nature ou à eux-mêmes et presque toutes aux Européens.

Par « Européens», j'entends ceux qui sont responsables du génocide presque total des Amérindiens du Nord et de la traite parallèle des Africains; qui ont envahi et grandement dépeuplé l'Australie, la Nouvelle Zélande, les deux Canada, et colonisé une bonne partie du reste du monde.

Ces Européens américanisés, australianisés, neo-zélandisés, à qui s'ajoutent aujourd'hui quelques oligarchies d'Arabes dénaturés, qui ne vendent pas leurs compatriotes à la traite parce qu'ils préfèrent les opprimer eux-mêmes. Et, bien sûr, un débris de l'empire ottoman, dont on ne sait à quoi il joue et peut-être ne le sait-il pas lui-même. Sans oublier leur bras armé et balai d'apprentis sorciers : Israël.

Cela veut-il dire que « nous » réservons aux Africains le sort que nous nous efforçons depuis plus de soixante ans d'infliger aux Palestiniens, la disparition pure et simple ? Cela crève les yeux.

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On croyait bêtement qu'après le nettoyage ethnique de tout un continent, plus l'enlèvement et la traite de populations entières dont la moitié mourait en route, après, surtout, une Révolution qui avait quand même posé, pour l'avenir, quelques principes de morale publique, les Européens ne pourraient jamais recommencer et en aucun cas faire pire. Mais si, ils peuvent. La preuve :

 

EXODES

De la Libye, d'abord. En masses. Pour échapper aux amis tueurs de M. Bernard Henri Levy, qui les massacrent pour la couleur de leur peau, violent leurs femmes et leurs enfants, et bien sûr s'amusent à les torturer de toutes les manières possibles avant de les tuer pour les protéger de l'affreux Kadhafi qui leur aurait fait dieu sait quoi.

De Somalie, où la sécheresse pas vraiment combattue et même quelque peu aidée les décime, en commençant par les enfants.

De la Côte d'Ivoire, pour échapper aux soudards de M. Nicolas Sarkozy et maintenant de M. François Hollande, venus les « civiliser » à l'arme lourde.

De l'Afrique du Sud, où les violences xénophobes, sautant par-dessus la fin de l'apartheid, recommencent de plus belle.

Du Congo, pays qui, pour son malheur, regorge de richesses. Dont, par exemple, la cassitérite, nécessaire à la fabrication des téléphones cellulaires en train de remplacer l'alcool, le tabac et le hasch (« Allo, chuis dans le bus. Qu'est-ce qu'on mange ?» Plus de six millions de morts à ce jour, rien que dans ce pays, rien que pour ce joujou). On pourrait, bien sûr, la leur acheter, ce qui leur permettrait de vivre chez eux à l'aise. Mais vous n'y pensez pas ! Et nos marges bénéficiaires ? C'est tellement plus expédient de la leur voler en fomentant ici et là les guerres civiles qui les occuperont pendant que nous les pillons. Et, que voulez-vous, les gens n'aiment pas les guerres. Ils les fuient. De préférence dans les endroits où – pour l'instant – il n'y en a pas.

Des pays subsahariens, qui regorgent eux aussi de choses que nous convoitons, et il faut dire que les fines équipes au pouvoir dans le Maghreb ne se donnent pas beaucoup de mal pour les intercepter. Ah, on n'est plus servis.

De tous les pays, enfin, qui ont accès à la mer et/ou possèdent des lacs et des fleuves poissonneux. C'est vrai que les habitants pourraient y vivre de leur pêche et dieusait qu'ils s'en contenteraient. Mais la surpêche industrielle européenne a pris leur place, occupe leurs eaux et ne s'en va que lorsqu'il n'y a plus de poissons dedans. C'est suicidaire ? Tiens, on va les plaindre peut-être.

 

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Alors, que font-ils, les pêcheurs de souche ? Ils vendent leurs chalutiers ou leurs pirogues pour caler temporairement leurs estomacs, et quand il n'y a plus rien à manger, ils s'embarquent. Pour les pays où, d'après ce qu'ils croient savoir, il n'y a ni guerre ni famine.

On pourrait allonger la liste à l'infini. L'imagination des prédateurs est sans bornes.

Et, bien entendu, il y a aussi cet autre prédateur : le sida. On pourrait l'enrayer, n'est-ce pas. Les médicaments existent. Mais ces ploucs n'ont pas de quoi nous les payer. On pourrait évidemment pratiquer une chose jadis connue sous le nom de « solidarité ». Mais vous n'y pensez pas ! Et nos marges bénéficiaires ?

 

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Force de travail subsaharienne en Libye, fuyant vers l'Algérie.

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Sur le chemin de l'exil

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Ils se cachaient bien, pourtant. Pas de chance, on les a trouvés.

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Abdhamid, un clandestin palestinien, rampe pour se dissimuler sous un poids lourd

prenant le ferry à Calais pour l'Angleterre.

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Libériens fuyant vers la Côte d'Ivoire. Ils ne savent pas encore...

9 - Les Ivoiriens au bord du gouffre - Au bord ? exode-cote-divoire.jpg

«Ivoiriens au bord du gouffre.» Au bord ?

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Eh oui, parfois on est seul pour fuir comme pour arriver. Libye encore.

 

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 Somaliens fuyant la sécheresse et la famine.

13 - Car bien sûr, il y a aussi le sida - Les-femmes-fers-de-lance-de-la-lutte-contre-le-sida_article_main.jpg

Car, bien sûr, comme si les autres fléaux ne suffisaient pas, il y a aussi le sida.

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L'Afrique à 100% blanche, c'est pour quand ? Poussez pas, il faut d'abord nettoyer.

 

 

LES DAMNÉS DE LA MER


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11 Juillet 2012 – Ils fuyaient Tripoli et les mercenaires béhachéliens. En majorité, c’étaient des Erythréens. Plus de 50 sont morts dans une errance de quinze jours. Un seul a survécu. Il est hospitalisé à Tunis, où l’ONU s’occupe de son cas. C’est peu pour compenser la résolution 1973.


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Cueillis à la faveur d'un naufrage. Eux aussi venaient de Libye.

 

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Au large de l’île italienne de Pantelleria, des sauveteurs aident des réfugiés qui ont fui la Libye et qu’un navire des forces de l’OTAN a refusé à plusieurs reprises de secourir. (Pour les protéger de Muammar Kadhafi.) Sur plusieurs centaines de ces malheureux, 370 seront sauvés par les garde-côtes italiens.

 

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Un autre naufrage au large de la Libye. Sur un bateau de 600 clandestins qui, surchargé, s’est renversé, plusieurs dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, ont péri. Des navires marchands ont récupéré au moins douze corps.

19 - un-bateau-de-migrants-dans-le-port-de-lampedusa-le-10-avril-2011.jpg

Lampedusa : les cadavres de 25 migrants, morts par asphyxie, ont été retrouvés dans la salle des machines d’un bateau surchargé de réfugiés en provenance de la Libye. Il ne s’agit pas de chambres à gaz. La preuve : il y a 270 survivants

20 - E3ntre Libye et Lampedusa, voilà l'OTAN.jpg

 

Entre Libye et Lampedusa, la Méditerranée est un cimetière africain. Encore 61 migrants morts de faim et de soif après avoir été ignorés par un porte-avion et un hélicoptère de l’OTAN. L'Italie a réclamé une enquête. Gageons qu'elle aboutira.

 

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De Tunisie à Lampedusa.

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Sur ce bateau, à bord duquel 95 Tchadiens et Somaliens – hommes, femmes et enfants – tentaient d’atteindre l’île de Malte, sept sont morts de déshydratation et d’exposition au soleil. Leurs corps ont été jetés à la mer. Les 88 survivants, dont une femme enceinte, ont dû être hospitalisés.


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Sauvetage d'immigrés clandestins par la Marine Nationale Française. Un coup on tue, un coup on sauve.

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 Île de Malte - 27 immigrants africains dont l’embarcation venait de couler ont eu juste le droit de s’accrocher à la passerelle circulaire de la cage à thons du chalutier le Badafel.

 Il a eu peur de « ces 27 grands gaillards, qui auraient pu - qui sait ? - prendre le contrôle de son chalutier ». Alors Charles Azzopardi, le capitaine du Badafel, a seulement permis à ces naufragés de s'accrocher à la passerelle circulaire de sa cage à thons, et il a prévenu les services de secours maltais. Qui ont refusé de les accueillir.

 Les malheureux ont pu être secourus par un avion et un navire de la marine italienne, qui se trouvaient dans les eaux internationales proches des eaux maltaises et libyennes pour tenter de retrouver une embarcation à la dérive au sud de Malte, avec 53 personnes à bord. Ces 53 clandestins n'ont jamais été retrouvés et c’est sur l’île italienne de Lampedusa que les 27 nouveaux naufragés ont finalement été débarqués et placés dans un camp.

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9 passeurs embarquent plus de 900 migrants - hommes, femmes et enfants - et les abandonnent en vue des côtes de Malte. Les gardes-côtes maltaises leur donnent des gilets de sauvetage et les escortent hors de leurs eaux territoriales. Ils arrivent en Italie où on les répartit dans des « centres de rétention » jusqu’à ce que… ?

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Ceux qui ne sont pas morts de soif ou d'insolation.

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En vue de Mayotte

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 Mayotte

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Ah les liens privilégiés entre l'Union Européenne et le roi du Maroc !

C’est un canot pneumatique en tous points semblable à celui-ci, à bord duquel 70 immigrants tentaient de faire la traversée vers l’Espagne, que des soldats marocains ont délibérément fait couler.

 « Deux heures après le début de la traversée, un navire de la marine marocaine s’est approché et a mis à l’eau une embarcation rapide qui s’est mise contre le canot. Un des soldats a enfoncé légèrement un couteau dans le caoutchouc et nous a dit «maintenant allez vers l’Espagne si vous voulez », a confié à El Pais, Campos, un des survivants de cette attaque défiant toute légalité. « Nous avons essayé de mettre une rustine et nous avancions difficilement, mais je crois que nous y serions arrivés s’ils n’étaient pas revenus », ajoute Erik, un pêcheur nigérian de 31 ans, dont la femme et la fille de 3 ans ont péri noyées. Revenant à la charge, les soldats marocains avaient décidé d’aller jusqu’au bout de leur forfait. « Un soldat a commencé à nous menacer avec un couteau attaché à un bâton. Nous leur demandions qu’ils nous ramènent avec eux vers le Maroc parce qu’avec le canot dans cet état, il nous était presque impossible de continuer. Nous les suppliions qu’ils regardent nos enfants et nos bébés », témoigne encore Campos. Les yeux éplorés et innocents des enfants n’ont eu aucun effet sur le gradé marocain qui « a pris le couteau des mains du soldat et a donné quatre coups en différents endroits du canot, qui a coulé en quelques secondes. Tout le monde s’est mis à crier et à pleurer », rapporte El Pais. Une autre vedette marocaine est venue alors secourir ce qu'elle a pu des naufragés, tandis que, rapportent des témoins, « les soldats se disputaient sur la première vedette ». Le Maroc a voulu étouffer cette tragédie en transportant les survivants près des frontières algériennes. « Les survivants ont été transportés rapidement par les militaires marocains à Oujda, près de la frontière algérienne, dans l’intention de les obliger à rentrer en Algérie, comme ils l’ont déjà fait avec des milliers d’immigrants subsahariens », précise El Pais.

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Arrivée de clandestins rescapés à Malte. Des centaines de disparus.

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Lampedusa.

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Lampedusa

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Lampedusa

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Lampedusa

Arrivée de quelques Somaliens rescapés. Tous les autres sont morts.

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Lampedusa - Arrivée de réfugiés libyens.

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Même en hiver. Même par tempêtes.

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Du Sénégal en Espagne - 158 interpellations.

 

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Rafles au Maroc

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Malte.

 

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La forteresse Europe se torche de la tragédie libyenne.

«La forteresse Europe face au drame libyen qu’elle a causé :

Alors que les travailleurs immigrés subsahariens, nombreux dans la Grande Jamahiriya du colonel Kadhafi, figurent, comme tous les étrangers, parmi les cibles de premier plan de l'extermination en cours, l'Europe semble d'abord les considérer comme un fardeau, comme de possibles envahisseurs prêts à déferler en masse sur ses côtes»


Strange fishes

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Algésiras

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Au large des Canaries.

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 Ailleurs. Là où la mer les rend.

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Il faut bien aussi que les oiseaux mangent.

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Visitez les îles Canaries, leurs plages, leurs couchers de soleil, leurs cadavres.

 

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 Deux rescapés.

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Un seul. Accueilli à bras ouverts.

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Choc des civilisations.

 

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Al Amal, «espoir» en arabe.

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Cimetière de bateaux échoués à Lampedusa

 

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Besoin de légende ?

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Lampedusa - Un calvaire s'achève, un autre commence.


La suite à demain


Entretemps, en guise de commentaire - où puiser le courage d'épiloguer, d'ailleurs - j'ai retrouvé pour vous quelques réflexions, vieilles d'un an mais  sans une ride, d'un Martiniquais d'Allemagne, sur son excellent blog

Les Chroniques Berliniquaises

Les aventures palpitantes et véridiques d'un Martiniquais à Berlin

«L'EUROPE SE DÉCHAÎNE-GAINE»


*

Par ailleurs...

C'était avant-hier le 86e anniversaire du Commandant Fidel Castro, et notre webmaîtresse n'était pas là.

Qu'à cela ne tienne. Avec les carabiniers, certes, mais de tout coeur, nous lui présentons nos voeux et empruntons au Grand Soir les siens :

 

*

Fidel Castro est né le 13 août 1926. - Le Grand Soir fête son anniversaire à sa manière.

 

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Fidel Castro : Intervention au quatrième congrès de la fédération latino-américaine des journalistes (FELAJ)

 OSVALDO SANTANA (République dominicaine). Comandante Fidel Castro, compañero, je ne vais pas citer de chiffres sur la dette dominicaine, et je voudrais seulement signaler un point qui me préoccupait déjà dans mon pays. Au moment de la négociation de l’accord avec le Fonds monétaire international (FMI), les forces de gauche demandaient la rupture des négociations, mais toutes les voies, toutes les solutions éventuelles indiquaient que, dans l’état actuel de la société dominicaine, c’était impossible. Ce qu’il fallait, c’était briser l’ordre. Et les forces dirigeantes nationales n’étaient pas en mesure de le faire. Nous étions dans une impasse, parce que les forces émergentes n’étaient pas non plus en mesure de répondre à ce qui était une réclamation généralisée : non aux négociations.

Lire la suite...

 



Mis en ligne le 15 août 2012 par Marie Mouillé



 

20/06/2012

Une leçon de politique étrangère sur la toile

 

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UNE LEÇON DE POLITIQUE ÉTRANGÈRE

 SUR LA TOILE

 

« Rabelais voulait que son peuple fût éduqué en politique »

John Cowper POWYS

 

Qui peut « éduquer en politique » sinon ceux qui gouvernent, ceux qui mesurent chaque jour la difficulté qu'il y a à maintenir le cap vers ces deux horizons si souvent divergents : l'efficacité et les principes ? En d’autres mots : les classes politiques. Heureux les peuples qui en ont une, et malheureux ceux qui n’ont, en guise de gouvernants, que du « personnel » sans convictions ni principes, gens de maison voués au plus offrant.

Qu’on ne s’y trompe pas : éduquer en gouvernant, autrement dit gouverner par la persuasion, est l’activité la plus périlleuse et la plus ardue qui soit, cela revient presque à résoudre la quadrature du cercle.

Nous l’avons déjà dit et ne nous lasserons pas de le répéter : le premier et le plus grand représentant de cette espèce rare fut Robespierre. Un autre, nous l’avons dit aussi et ne le répéterons jamais assez , est présentement Castro, qui a réussi, lui, le tour de force de durer. Ils seraient deux si Guevara n’était pas mort à la tâche. De cette espèce aussi furent bien entendu Lénine, Gandhi, Mao Tse Toung, Jaurès, Mendès et même Charles De Gaulle, aujourd’hui rejoints par Chavez, Nasrallah, Ahmadinejad, Correa… Les principes ont pu ne pas être les mêmes chez tous ces éducateurs de peuples, ni les convictions semblables. Mais les peuples ne sont pas non plus obligés d’aveuglément les épouser : assimiler une leçon n’implique pas la servilité. Il y a peu, Vladimir Poutine a fait une remarquable percée dans cette auguste cohorte, avec son grand discours de Munich sur la multipolarité et ses offres d’association pacifique à l’Europe, si criminellement snobées par nos « personnels » salariés. Aujourd’hui, il y a Lavrov.

Qui, en Europe et en Amérique du Nord, continents surinformés s’il en est, connaît même le nom de Sergueï Lavrov ? Bien peu, assurément, grâce aux médias de pacotille, dont la mission est de garder le troupeau bien serré des moutons bêlants en route vers l’abattoir sans qu’un seul s’égaille et se mette à penser tout seul. Et pourtant, tout fait augurer que Sergueï Lavrov restera, pour l'Histoire, un des plus grands ministres des Affaires étrangères du XXIe siècle. Le comparer aux Metternich et aux Talleyrand serait l’injurier, car leurs buts - leurs convictions et leurs principes - ne furent en rien les siens. Bref, si la Guerre de Troie, version définitive, ne devait pas, contre toute attente, avoir lieu, c’est assurément à lui qu’en partie on le devrait.

La Syrie n’est – ne devrait être – pour ceux que servent nos « personnels », q’une étape dans leur marche triomphale vers le pouvoir absolu, si possible éternel. Mais on peut, en touchant très fort du bois, souhaiter qu’elle soit au contraire le caillou qui les fera trébucher, en se répétant pour se réconforter la phrase de William Blum : « Le Grand Reich d’Hitler devait durer mille ans. Il en a quand même duré douze. ».

Ce préambule longuet (pardon !) pour dire que M. Lavrov vient de remettre – et pas seulement sur la Syrie – un grand nombre de pendules à l’heure, et remettre du même coup à leur place – « c’est-à-dire dans la boue » - ceux qui s'obstinent à ignorer la signification fatale du mot hubris. Que Madame Hillary Clinton par exemple ne soit pas sourde et sache lire, personne n’en doute. Qu’elle comprenne ce qu’est en train de lui faire savoir M. Lavrov et en fasse son profit est beaucoup moins sûr. Car ceux que Jupiter veut perdre… Mais « ce n’est pas à vous s’il vous plaît que ce discours s’adresse », c’est au peuple russe et aux autres, amis ou ennemis.

 

 

Du bon côté de l’Histoire

 

par Sergueï Lavrov

La propagande occidentale ne cesse de caricaturer la position de la Russie face à la crise syrienne. Elle reproche à Moscou de soutenir Damas pour des motifs mercantiles, voire par solidarité criminelle. Sergeï Lavrov ne traite pas ici des choix stratégiques russes, mais des principes auxquels s’astreint sa diplomatie. Il répond patiemment aux inepties des médias occidentaux, rappelant l’attachement de Moscou au droit international et sa préoccupation de soutenir les peuples. M. Lavrov oppose d’une part le soutien populaire massif dont dispose le président el-Assad et, d’autre part, l’illégitimité d’une opposition armée à caractère sectaire, soutenue de l’étranger.

RÉSEAU VOLTAIRE | MOSCOU (RUSSIE) | 17 JUIN 2012


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Au cours de l’année ou de l’année et demie passée, les événements qui se sont enchaînés en Afrique du Nord et au Proche-Orient ont pris une place prépondérante parmi les questions politiques à l’ordre du jour au niveau mondial. Ils sont fréquemment qualifiés d’épisode le plus saillant dans la vie internationale de ce jeune 21e siècle. Des experts évoquent depuis longtemps déjà la fragilité des régimes autoritaires des pays arabes, ainsi que les confrontations sociales et politiques potentielles.

Il était cependant difficile de prédire l’ampleur et la vitesse de la vague de changement qui a déferlé sur la région. En corollaire de la crise qui se fait sentir dans l’économie mondiale, ces événements ont clairement démontré que le processus menant à l’émergence d’un nouveau système international est entré dans une période de turbulences.

Lire (et méditer chaque phrase de) la suite…

 

Source : Réseau Voltaire



***


 Désinformation tous azimuts.

Deux « niouzes » parmi cent autres illustrant ce qui précède :

 

 

L’Angleterre arrête un bateau russe en route vers la Syrie

 

La compagnie d'assurances maritimes Standard Club (Royaume Uni) vient de retirer sa couverture à tous les navires de la Femco, un armateur russe, après avoir appris que ses bateaux pourraient transporter des hélicoptères et des missiles à destination de la Syrie. La compagnie d'assurances a été alertée par le gouvernement britannique, agissant sur requête des États-Unis.

L'embargo en cours sur les armes à destination de la Syrie, imposé par l'Union Européenne en mai 2011, n'interdit pas seulement l'exportation d'armes à destination de ce pays, mais aussi tous les services qui y sont liés, tels que les assurances.

Le M.V. Alaed faisait route vers la Syrie par la mer du Nord, après avoir embarqué des hélicoptères dans le port russe de Kaliningrad.

La requête des États-Unis aux autorités britanniques fait suite à une affirmation de la Secrétaire d'État Hillary Clinton, selon qui la Russie aurait violé l'embargo.

Selon le Telegraph, les autorités russes réfutent cette accusation et disent que les hélicoptères transportés sont propriété syrienne, vendus à ce pays à la fin de l'ère soviétique, matériel usagé que les ingénieurs russes sont tenus de réparer à Kaliningrad en fonction d'un contrat en vigueur.

Entretemps, la Russie a annoncé son intention d'envoyer deux navires transportant des troupes d'élite vers le port de Tartus, base navale russe en Syrie, pour sécuriser cette base face à une violence en pleine escalade et, si nécessaire, aider à l'évacuation de citoyens russes de Syrie.

Les medias russes rapportent que chacun de ces navires peut transporter 300 marines  et 12 tanks, ce qui constituerait le plus grand déploiement de troupes russes vers la Syrie depuis le début des troubles, il y a plus de quinze mois.

 

 Source : Security & Defence Agenda

 

Traduction : C.L.

pour http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs....

               


CNN annonce un envoi de troupes et d’armes russes vers la Syrie

 

Entretemps, CNN se donne beaucoup de mal pour faire monter la mayonnaise (de la guerre) en annonçant un envoi d’armes et de troupes russes en Syrie. Qu’en est-il au juste ?

En fait, les Russes, préoccupés par la spirale de la violence déchaînée sur le pays par les bons soins de l’Occident et qui semble devoir sous peu échapper à tout contrôle, envoient en Syrie suffisamment d’hommes et de matériel pour protéger la base navale qu’ils y possèdent. (Déclaration du Pentagone à CNN, vendredi 15.6.12)

 

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 Le cargo Nikolay Filchenkov, qui mouillait le 7 juin dans le port de Sébastopol, fait actuellement route vers la Syrie avec, à son bord, des militaires en petit nombre et du matériel indéterminé.

 

Par ailleurs, M. Andranik Migranyan, qui dirige à New York  l’Institut pour la Démocratie et la Coopération (« une ONG soutenue par le Kremlin », couine CNN. Échange de bons procédés ?), répondant aux questions de cette chaîne, lui a rappelé que la Russie s’est justement opposée avec force à l’envoi de troupes en Syrie, dans la conviction que cela ne ferait qu’augmenter la violence et qu’en envoyer elle-même serait inviter d’autres pays à l’imiter, ce qui n’aurait ni sens ni logique.

Les choses paraissent claires pour tout le monde, et même, apparemment, pour le Pentagone. Mais cela ne saurait empêcher CNN de lancer ses canards alarmistes.

 

De l’art de fomenter des guerres sans les déclarer, en essayant d’en faire porter la responsabilité à d’autres.

 ou

Principe premier du nazisme : toujours accuser l’autre de ce qu’on a l’intention de lui faire, qu’on est en train de lui faire ou qu’on lui a déjà fait.

 

Source :

http://security.blogs.cnn.com/2012/06/15/us-believes-russ...

 

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Le port de Tartus, en Syrie

 

 

***


Et la Chine dans tout ça ?

 

Georges Stanechy, qui n’est pas ministre, mais qui s’évertue à éduquer lui aussi et qui lit les journaux chinois, nous livre cette semaine, sur son blog À contre-courant un billet très court, que nous nous faisons un plaisir de lui emprunter :

 

Syrie : Une Analyse Chinoise …

par Georges Stanechy

 

Comment ramener la Paix en Syrie ?...

… alors que la “Communauté Internationale”, c’est-à-dire la "Bande des Quatre" (US, Israël, GB, France) et ses seconds couteaux (pétromonarchies et autocraties de la région), n’arrêtent pas depuis des mois d’y organiser, armer, manipuler, le chaos et la guerre civile. Avec envoi de mercenaires et d’armes de tous calibres, pluies de dollars et d’euros en tous sens, trompettes et tambours de la propagande à rendre sourd…

C’est vouloir “faire passer un chameau par le chas d’une aiguille”.

Métaphore reprise par le caricaturiste Pang Li, dans le China Daily du 9 juin 2012.

La colombe de la Paix et le chameau Syrien formulant, déroutés ou angoissés, la même interrogation.

 

Pang-Li-China-Daily-9-6-2012.jpg

 

Oui. Comment procéder ?...

Très simple, hurle, hystérise, la "Communauté Internationale" !

Exhibant ses récentes et nombreuses réalisations en ce domaine. Plastronnant, à son habitude, de fierté et de Bonne Conscience, jusqu’au Festival de Cannes :

Réduire le chameau en cendres ou en bouillie !…

 

Source : À contre-courant http://stanechy.over-blog.com/

 

Ne manquez pas de cliquer sur les liens et en particulier sur « Festival de Cannes ». Vous y découvrirez, outre l’excellent blog de Hédi Dhoukar, un texte remarquable et peu connu de Georges Simenon. Sur le Festival de Cannes. Si, si.

 

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Festival de Cannes 2012

Au secours !



***



Contre-désinformation, non mais !

(L’Ambassade de Cuba proteste contre un « reportage » anticubain sur M6)


Propagande anticubaine sur M6

 

Communiqué officiel de

l’Ambassade de Cuba en France.

L’Ambassade de Cuba en France, en tant que représentante légitime du gouvernement cubain, élu majoritairement selon la Constitution de notre pays, refuse le reportage « Cuba, fiesta, débrouille et interdits », du journaliste Bernard de La Villardière, diffusé dimanche, le 17 juin à l’émission «Enquête Exclusive» de M6.

Nous regrettons qu'un matériel avec de nombreuses imprécisions sur notre histoire récente ait été transmis. Il manquait, à notre avis, des références importantes sur les causes des problèmes qui affectent aujourd'hui la vie quotidienne des Cubains.

Il n’y avait pas un mot sur le blocus économique, commercial et financier auquel notre pays est soumis depuis un demi-siècle imposé par la plus grande puissance du monde. Pas de référence objective à propos de la mise à jour du model économique cubain en cours.

Quiconque voit le reportage et perçoit que nos manques découlent exclusivement de l'échec de notre projet. Cependant, grâce à lui, Cuba construit une œuvre sociale et culturelle d'un humanisme profond et de solidarité, dans des conditions d'une vraie guerre économique.

Par ailleurs, des références négatives et irrespectueuses sur Fidel Castro et d’autres dirigeants ont été faites. Fidel, comme le peuple l’appelle, est le leader indiscutable de la Révolution cubaine, le dirigeant qui avec son exemple personnel a guidé l'un des processus révolutionnaires les plus radicaux et humanistes du 20ème siècle, à seulement 90 milles de son plus grand adversaire.

Nous pensons que les journalistes et les médias qui prétendent être considérés sérieux et professionnels, doivent aller au cœur des problèmes, contraster les sources, faire des recherches. À moins qu’il n’existe que l'intention de montrer Cuba dans une décadence, sans avenir.

Bref, le journaliste n’a mentionné que le côté imparfait de l’œuvre.

Serait-t-il juste de montrer l’autre partie?

Ce reportage, répond-t-il à la ligne éditoriale de M6 ou est-il une publicité payée par ceux qui ont toujours prétendu discréditer le processus révolutionnaire cubain?

Vraiment, nous ne pouvons pas faire la différence.

Ce n’est pas la première fois que M. Bernard de La Villardière voyage à Cuba « caché », sans un visa de presse comme les lois souveraines de notre pays l’exigent. De manière contradictoire à ce qu’on mentionne, le journaliste a pu se promener par tout le territoire national sans « être arrêté ou surveillé ». De manière contradictoire à ce qu’on mentionne, les Cubains ont exprimé leurs avis avec totale liberté.

Malheureusement les téléspectateurs de M6 ont perçu une histoire incomplète de la réalité cubaine. De nombreuses personnes nous ont appelés, indignées de la distorsion montrée dans ce reportage, bien loin de ce que des dizaines de milliers de Français constatent chaque année dans leurs voyages, leurs parcours et ce qui est plus important, le contact direct avec la population cubaine, dont ils partagent des problèmes et des joies.

Paris, le 18 juin 2012.

Source : http://eldiablo.over-blog.org/article-propagande-anticuba...

 

Il nous souvient avoir vu un jour un superbe carnet de voyage illustré, de quelques touristes français qui avaient fait le tour de Cuba à bicyclette. Nous ne l’avons pas retrouvé. En voici d’autres. On se cotise pour offrir un vélo à M6 ?

 

Cuba à bicyclette.jpg

Cuba sur deux roues

(Cliquer)

 

 

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Alex & Laurence à Cuba

(Cliquer)


 

*** 


HÉROS 


Défoncez-vous pour la sauvegarde de l’humanité, vous en serez.

À quoi cela vous servira-t-il ?

À rien : l’humanité s’en fout.

Les deux qui font aujourd’hui l’actualité : Assange – Vanunu.

 

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 « Julian Assange a provoqué un nouveau coup de théâtre en se réfugiant mardi à Londres à l'ambassade d'Equateur, pays à qui il demande l'asile politique après avoir épuisé en 18 mois de bataille juridique tous ses recours au Royaume-Uni pour échapper à une extradition en Suède. »

(Le Nouvel Obs, Libération, Le Monde, Le Figaro, Le Point, etc.)

 

19 juin 2012

Julian Assange : Ce que ça coûte d’être dissident en Occident

Wei Ling Chua, pour Dissident Voice

 

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Julian Assange a rendu service à l’humanité en publiant les dépêches diplomatiques étasuniennes qui révélaient que "les décisions politiques étasuniennes étaient plus motivées par le pétrole que par la lutte contre le terrorisme" et que les meurtres et la torture de dizaines de milliers de civils par les forces des Etats-Unis et de l’OTAN en Irak et en Afghanistan dont font état les journaux de guerre respectifs étaient des preuves de crime de guerre.

Cependant, à son grand désarroi, Assange, en tant que dissident occidental ne jouit pas de la mansuétude dont jouissent les dissidents chinois. Les politiciens du monde "libre" ne veulent pas reconnaître qu’il a agit noblement en révélant les violations des droits humains et les crimes de guerre commis par l’OTAN et les Etats-Unis. Le président Obama a parlé d’une "déplorable fuite de documents" ; l’ancien président de la Chambre des Députés, Newt Gingrich, pense qu’Assange doit être traité comme un "combattant ennemi" ; le leader du groupe GOP (Grand Old Party : Parti Républicain, ndt), Mitch McConnell, l’a qualifié de "terroriste high-tech" ; et Sarah Palin veut qu’il soit pourchassé comme al-Qaeda.". D’autres politiciens dont des dirigeants de médias alignés "ont ouvertement demandé qu’il soit mis à mort."

Lire la suite…

Source :

http://www.legrandsoir.info/julian-assange-ce-que-ca-cout...

 

Belle occasion de comparer les médias non alignés aux autres. (On n’a pas le temps de vous les traduire. Nos excuses.) Rien qu’aux Etats-Unis :

http://www.informationclearinghouse.info/article31644.htm

http://www.informationclearinghouse.info/article31662.htm

http://www.informationclearinghouse.info/article31645.htm

 

***    

 

Dix-huit ans de prison… Interdiction de quitter Israël… Interdiction de parler…

 

 

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Mordechaï Vanunu est toujours «israélien»

La Cour suprême d’Israël a rejeté, le 6 juin 2012, le recours introduit par Mordechaï Vanunu pour l’annulation de sa nationalité israélienne. La Cour a estimé que la demande n’avait pas été déposée selon la procédure adéquate. Il aura fallu une année au système judiciaire israélien pour informer le demandeur et ses avocats qu’il n’avaient pas usé des « canaux appropriés ».

M. Vanunu est le premier citoyen israélien à demander à bénéficier de la nouvelle loi dite de « révocation de la citoyenneté israélienne ». Celle-ci autorise les tribunaux à libérer des Israéliens de leur citoyenneté s’ils ont été condamnés pour « espionnage » ou « trahison ».

Alors ingénieur au centre de Dimona, Mordechaï Vanunu est l’homme qui révéla en 1986 l’existence du programme nucléaire militaire israélien. Il avait à l’époque permis de confondre l’État Israélien dont les dirigeants déclaraient publiquement qu’ils souhaitaient un Proche-Orient « libre du nucléaire ». Enlevé en Europe par le Mossad après avoir parlé avec des journalistes, il fut jugé à huis clos et emprisonné pendant dix-huit ans.

Lire la suite...

Source :

http://www.voltairenet.org/Mordechai-Vanunu-est-toujours

 

Pour en savoir plus :

http://eplume.wordpress.com/2011/06/11/affaire-jonathan-p...

http://lesogres.info/spip.php?article3371

 

 

***

 

Dernière minute :

 

La censure selon Google

 

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Encore bravo à Google et à Overblog, pour leur respect du droit des gens, leur éthique commerciale et autres fariboles.


À quand la fine équipe en escadron de la mort ?


Pour atteindre Serge Adam quand même, à partir du 19 juin, puisque tout le reste a disparu :

http://devilprof.blogspot.be/2012/06/le-quebec-en-marche-...


 

Mis en ligne par C.L. le 20 juin 2012

 

 

 

 

 

 

 

07/02/2012

Billet ouvert à la Rédaction d'Historia

Ceci est une brève interruption de notre mise en sommeil. Il reste à notre webmaîtresse quelques semaines pour déménager. Reprise de nos activités régulières  à la fin de ses tribulations.



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Dans un de ses récents numéros, le magazine Historia s’en est pris, par le biais de Robespierre, à la Révolution Française, bête noire de ses commanditaires de Langley. Les fantasmes américano-vendéens-style-Puy-du-Fou ont volé un peu plus bas encore que d’habitude. Au point que les universitaires de haut vol du site Révolution Française.net s’en sont émus et que Madame Jacqueline Grimault vient d’adresser à ces nouveaux muscadins, une lettre ouverte que nous nous empressons de reproduire ici. Mais comme il n’y avait pas de raison pour que nous n’y allions pas, nous aussi, de notre modeste bafouille, voici d’abord la nôtre, que nous appelons « billet » par obligatoire modestie. Billet d’humeur. Pour les spécialistes, c’est juste après.

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À la Rédaction d’Historia



Nous ne lisons jamais Historia ni aucune des publications de même sorte réputées « populaires », parce que nous savons à quoi elles servent et qu’il ne nous sied pas de gaspiller nos faibles ressources à soutenir des entreprises de décervelage.

Mais enfin, votre n°666 777 a fait si fort dans la propagande mercenaire, qu’il en est résulté quelque bruit, jusque chez les vrais historiens. Mieux eût valu peut-être vous contenir un peu qu’en remettre dix-huit couches sur des fariboles déjà bien chargées, au risque d’être « contreproductifs » (votre terminologie), compte même tenu de la jobardise de vos abonnés. Votre entreprise imite à ravir la flèche de Macbeth, vous savez, celle qui, tirée trop mal et trop fort, « dépasse son but et retombe de l’autre côté », l’air plutôt bête.

Vous avez réussi quand même à susciter l’indignation de Madame Jacqueline Grimault et à lui mettre la plume à la main. Bravo. Sa lettre, que vous avez eu l’élégance et le courage de mettre sous le boisseau, nous est néanmoins tombée devant les yeux. Surprises de l’Internet. Merveilles de Google.

Qu’en dire ? Que cette dame est bien gentille de vous opposer des arguments, dont vous n’avez que faire car il ne suffit pas de se proclamer historien pour l’être, et bien naïve de vous avoir écrit tout court, puisqu’il était assuré que vous la censureriez. A moins que, comme Robespierre, elle n’ait voulu parler à d’autres qu’à vous par-dessus vos têtes.

Ce qu’à sa place nous aurions fait et que, pour cette raison nous allons faire, n’est pas justifier Robespierre et la Révolution, qui à nos yeux n’ont pas à l’être, mais vous dire que, n’en déplaise à vos dupes, vous vous déshonorez – ni la France, ni la République : vous seuls ! - en intoxiquant les plus vulnérables de vos compatriotes au service d’une faction de l’étranger, à savoir la pègre au pouvoir aux États-Unis, qui ne représente pas plus son pays que votre méprisable servilité ne saurait être confondue avec le vôtre.

Oui, servilité, et oui, méprisable, car vos libelles calomnieux ne représentent nullement des convictions, même ultra-réactionnaires, qui seraient encore défendables, comme l’est toute opinion, si délirante soit-elle. Ce que vous répandez, et nul d’informé ne l’ignore, n’a d’autre origine et d’autre finalité que la volonté de salir, c’est-à-dire de neutraliser ce qui déplaît ou porte ombrage (fait peur ?) à vos bailleurs de fonds mal acquis. Lesquels brillent, d’un côté, par une ignorance crasse en matière d’histoire, de politique, de géographie, etc., de l’autre par une haine pathologique de tout ce qui tend vers quelque égalité entre les hommes et entre les peuples.

Qu’avons-nous à voir là-dedans, nous qui sommes Belges ?
C’est que, voyez-vous, nos ancêtres Liégeois ont voté, à 93% des voix, leur rattachement à la France... de Robespierre et combattu dans ses rangs, pour être ensuite colonisés jusqu'à l'os par ses vainqueurs. Aux premières loges, n’est-il pas vrai, pour juger de l’une et des autres ! Non moins qu’eux, nous aussi savons, aujourd’hui, qui parle légitimement au nom de la République. Une et Indivisible, que cela vous plaise ou non. Et, que cela vous plaise ou non, Robespierre et la Révolution appartiennent à tous les peuples de la terre bien plus qu’à vous qui en êtes indignes.

Vous continuerez à sévir, à vous rendre coupables de haute trahison, car les assignats verts coulent à flots et vous détenez la totalité des moyens de communication, ou plutôt ce sont vos maîtres qui la détiennent, mais vous êtes d’obéissants serviteurs, qui avez docilement appris comment faire un maximum de tapage pour couvrir la voix de la vérité qui dérange. Bof ! À la guerre comme à la guerre.

Cependant, puisque Madame Grimault vous a gratifiés d’une citation, nous ne voulons pas être en reste. En voici une qu’on croirait faite à propos pour vous. Elle date pourtant d’août 1794 (pas de calendrier républicain pour les Suisses de l’An II) :

« On ne sait si l’on doit rire ou pleurer de pitié en voyant ce concert universel de malédictions vomies par des vociféraeurs à gages sur le cadavre d’un homme, dont ils font à leur manière et sans s’en douter le plus bel éloge en le déchirant. Le plus plat gredin croit s’honorer aujourd’hui en lui donnant un coup de pied. Je connais tel de ces misérables qu’un regard seul de Robespierre vivant aurait replongé dans son élément : c’est-à-dire dans la boue... En général, c’est l’usage à Paris. Dès qu’on y tue un homme, on le calomnie après l’avoir assassiné. »


Louis-François CASSAT
Tableau de la dernière quinzaine
Lausanne, 16 août 1794



Civilités superflues, n’est-ce pas ?

La Thalamège, éditeurs.
Liège
http://www.robespierreoulamort.com/

 



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Révolution Française.net
L'esprit des Lumières et de la Révolution

 


Sur Robespierre. Lettre ouverte à la rédaction d'Historia. 

Par Jacqueline Grimault

Réponse au numéro 777 de la revue Historia de septembre 2011, consacré à "Robespierre, le psychopathe légaliste", et en particulier à l’éditorial de M. Pierre Baron, intitulé « Un cas d’école » et à l’article de Madame Anne Bernet : « Comment il a déshonoré la République ». Cette lettre a été envoyée à Pierre Baron, directeur de la rédaction d’Historia. Il n'y a pas répondu.

Ayant appris que la cellule psychologique d’Historia avait diagnostiqué chez Robespierre une « psychopathie légaliste », j’ai acheté le n°777 de votre revue pour savoir de quoi il retournait : je me suis demandée d’abord s’il fallait en rire ou en pleurer et finalement j’ai pris le parti de vous envoyer ces quelques réflexions. Elles concernent surtout l’éditorial qui donne le ton de quelques articles et celui de tous leurs titres.


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Source :
http://revolution-francaise.net/2012/01/31/469-sur-robesp...

 

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