02/11/2015

BOURRAGES DE CRÂNES ? À VOUS DE VOIR - I.

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Bourrages de crânes ?

À vous de voir

I.

 

C’est la Toussaint…

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On commencera donc par une brève de Théophraste R., parce qu’il vaut toujours mieux annoncer la couleur.

 

L’évêque méprisa le FMI et Dieu vit que cela était bon.

 

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Pour la « tous saints », je cède mon temps de parole à Dom Helder Camara, évêque brésilien (1909/1999).

1 - « Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. » (1)

2 - « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste. »

Saint-Théophraste R.

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(1) Mais qui vous parle de chemise, d’Air France, de Valls et des médias ? Allons !

Photo : la croix singulière offerte au pape par Evo Morales a été sculptée par le père jésuite Luis Espinal, assassiné en 1980 par des paramilitaires.

 

Source : http://www.legrandsoir.info/l-eveque-meprisa-le-fmi-et-di...

 

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Une fois n’est pas coutume :

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On a lu le journal

et on vous recommande le n° 740 du Monde Diplomatique, celui de novembre, parce qu’il n’est pas en libre accès et que c’est de celui-là qu’on va vous parler.

 

Il y a pourtant des années que, nous-mêmes, on ne le lit plus, ou plus guère, saturés qu’on est d’analyses souvent pertinentes qui ne débouchent jamais sur rien. L’action directe n’est pas son truc au Monde Diplo. L’indirecte non plus. Le jour où quelqu’un s’y écriera « Moteur, on tourne ! », le canard ne finira pas la semaine, noyé comme un chat par ses bailleurs de fonds. Pas tout à fait sa faute, mais pas la nôtre non plus. À force de sautiller sur le tremplin sans jamais plonger, on fatigue.

Mais, bon, quelqu’un qui nous connaît nous a signalé ce n° « à cause d’un article sur Robespierre ». On se l’est acheté et on y a trouvé des choses intéressantes. Dans plusieurs sens, dont quelques contradictoires.

Nos impressions pour ce qu’elles valent :

 

PASOLINI

 

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Il y a quarante ans - ce 2 novembre, jour des morts - qu’il a été liquidé avec la sauvagerie qu’on sait sur une plage d’Ostie. Le grand mort lui-même, sinon l’événement, méritait un numéro spécial. Il a droit à une quasi-page (quatre colonnes sur cinq) d’hommage. Mieux que rien. Et occasion de se mettre à jour sur ce qui a été publié sur son compte en français entre 2013 et 2015.

L’auteur, Sébastien Lapaque, fait de son mieux pour exprimer sa vénération – qu’on partage – mais n’apprend rien de nouveau à ceux qui connaissent PPP et pas grand-chose à ceux qui ne le connaissent pas. Comment le pourrait-il ? Quatre colonnes ! Comme si faire découvrir Pasolini aux jeunes couches barattées par les malfaisants formatages n’était pas d’une urgence absolue pour la survie de l’espèce !

Il y a donc intérêt à lire cet article, à lire les ouvrages repris en notes et surtout à lire Pier Paolo Pasolini lui-même. TOUT. Et à voir ses films. Peut-être tous aussi, même si on n’a jamais osé affronter Salò (ou les 120 journées de Sodome). Cela dit, avec ce qu’on a vu depuis en vrai, on devrait (vous devriez) être blindés.

Parmi les livres de Pasolini qu’il recense, l’auteur ne mentionne pas un de nos préférés (et même un de nos livres de chevet, avec l’Organt et L’invention de Paris, vous pouvez sauter ceci). Va voir qu’ils ne l’auront jamais publié en français ! Ils en sont bien capables. Traduit littéralement, cela s’appelle « Descriptions de descriptions » et ce sont, réunis en un volume, tous les articles écrits pendant plus de deux ans (du 26 novembre 1972 au 24 janvier 1975) pour les lecteurs de l’hebdomadaire Tempo. Une espèce de rubrique littéraire en somme, mais plutôt les réflexions que lui inspiraient ses lectures du moment, au fur et à mesure de la sortie et de la ressortie d’œuvres contemporaines ou classiques, nationales ou étrangères, publiées alors par les éditeurs italiens. Sa somptueuse indifférence aux lois du marché est restée un de nos profonds plaisirs.

Mais si, le voilà ! Descriptions de descriptions, Rivages 1984 (Rivages Pochothèque n°168). Nos excuses à la maison Payot.

Euh… pour le cas où quelqu’innocent se poserait la question… Pasolini et les Bergé-LGBT : ça n’a rien à voir. Ni de près ni de loin.

 

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ROBESPIERRE

 

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a droit, lui, à une page entière et à une image en couleurs de Gérard Formanger. L’article au titre ambigu – « Robespierre sans masque » - est surtitré « Deux siècles de calomnies ». L’auteur, un doctorant en sciences sociales, a choisi de l’écrire sous le pseudonyme transparent de Maxime Carvin. (Serait-ce qu’il y aurait quelque danger, pour l’issue d’études supérieures, aujourd’hui, en France, à se reconnaître robespierriste ? On le craint fort, pour ne pas dire qu’on en est sûrs.)

Donc, « M. Carvin » dresse une liste, loin d'être exhaustive, des calomnies en question. Il ne dit pas trop le pourquoi de leur persistance. Faisons-le pour lui : Robespierre est la terreur des parasites, le fléaudedieu des possédants abusifs, la trouille verte du parti de l’égoïsme qui n’a jamais cessé d’être au pouvoir dans son pays depuis sa mort. Tout cela, il l’a été de son vivant et continue de l’être - car « les morts de génie travaillent » - au point que si une classe d’âge, en France, disons de 15 à 30 ans, savait exactement de quoi il retourne, ceux qui ont le toupet de se faire passer pour une élite – gauche-droite, à voile et à vapeur – fuiraient en se bousculant et en emportant ce qu’ils pourraient de leurs rapines vers les îles Caïman et autres lieux accessibles à eux seuls, y changeraient dare dare d’identité, s’y feraient refaire le portrait par le premier chirurgien plastique disponible et s’y terreraient, comme des cloportes sous une pierre ! (Pardon les cloportes.) Leur seule trouvaille, en 225 ans, a été de vous faire croire à n’importe quel prix que vous devez en avoir peur aussi.

Quand on dit « à n’importe quel prix », c’est qu’on ignore, par exemple, combien l’extrême-droite US a dû débourser pour s’attacher les services de calomniateur à plein temps du suave Furet en prévision des dangers du bicentenaire, mais soyez sûrs qu’il ne s’est pas vendu pour des clopinettes et ses affidés non plus. Ni les autres organisateurs du machin, Président et ministres de la République en tête, qui ont trouvé spirituel d’offrir à bouffer du homard thermidor à Thatcher et à Bush père. Il disait comment, Robespierre ? « Gredins avec bienséance… »

Bon. Bref. Vous pouvez lire, c’est lisible. Et ce n’est pas déshonorant, mais pas glorieux non plus. Car l’auteur, en discipliné collaborateur du Monde Diplomatique, va aussi loin qu’il peut sans trop s’approcher des sujets qui fâchent. Une fois de plus, faisons-le pour lui : il est honteux, il est infâme, qu’il ne se soit pas trouvé en deux siècles un seul gouvernement de la République pour faire son devoir envers la Nation en mettant Robespierre au programme des écoles, en commençant par les primaires. Apprendre aux enfants qui il fut, ce qu'il a fait, pourquoi et comment. Son occultation volontaire, persévérante et, bien sûr, arbitraire, est la preuve qu’ils en ont peur, ce qui suffirait à les qualifier.

Or, un pays qui détourne, pour des raisons inavouables, le patrimoine - fût-il immatériel - de ses nationaux, n’est pas un état de droit, c’est une dictature.

 

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On n’a pas tout lu du reste, loin de là. Pas le temps et pas envie non plus (on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif). Donc on n’a pas même effleuré – sorry – les 9 à 10 pages consacrées au réchauffement climatique, aux océans, tout ça… Pas lu non plus les deux pleines pages sur la Chine : « Paysans chinois entre cueillette et internet » et « Les limites de la décollectivisation ». Là, on aurait dû (avec notre post Spécial Chine qui traîne depuis Noël de l’an dernier). On va peut-être. Plus tard. Sauté aussi les deux pages sur le Brésil : « Au Brésil, trois cents voleurs avec des titres de docteurs » et « Des collectionneurs d’art très courtisés ». On ne sait pas s’il y est question de la guerre acharnée que fait l’oligarchie mondiale à cet immense pays ni du rôle qu’il joue dans les BRICS. Pour plus tard aussi. Il semble par ailleurs qu’avec une démographie très élevée, aussitôt massacrée par tous les moyens possibles, l’Afrique pose un problème aux doctes statisticiens. Vous m’étonnez, René. Enfin, on a aussi sauté « La presse égyptienne mise au pas » parce que, où ne l’est-elle pas ? Dans les endroits où il n’y a pas d’Al-Sissi, elle s’y met toute seule.

 

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Côté Hexagone, on a lu la demi-page consacrée par M. Pierre Rimbert à

 

La guerre des bougons

Sur-titre : « Controverse intellectuelle ou cirque médiatique ? ». Disons cirque merdiatique et n’en parlons plus. Il s’agit, bien entendu des abonnés des plateaux télé, des couvertures de magazines et des déclarations fracassantes aussi choquantes que possible. M. Rimbert s’amuse des empoignades à fleurets mouchetés des pantins de service (Onfray, Finkielkraut, Zemmour, Kahn, Julliard, Debray, Plenel, Ruquier, etc. etc.) dont la tâche est de détourner l’attention des badauds de tout ce qui devrait les préoccuper. C’est bien troussé et amusant. Cela dit, on croit se souvenir d’un débat entre Régis Debray et on ne sait plus qui, sur un sujet bidon (Dieu ?) qui occupa jadis plusieurs pages du Monde Diplo. Mais c’est peut-être Debray qui a changé. On apprend également sans surprise que les zintellectuels préférés des directeurs de chaînes ou de journaux sont ceux qui se vendent le mieux et peu importe ce qu’ils disent.

 

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Dans

 

La dégringolade de la France

M. Serge Halimi, égal à lui-même, ne nous dit rien qu’on ne sache, mais le dit beaucoup mieux que n’importe qui, terminant son édito sur un tweet de Manuel Valls retour de Riyad, le 13 octobre dernier : « France-Arabie saoudite : 10 milliards d’euros de contrats ! Le gouvernement mobilisé pour nos entreprises et l’emploi. »

Voilà qui va te vous combler le trou de prestige des mistraux !

En note – in cauda venenum – une autre citation :

« Ce que j’entends, et je ne voudrais pas, bien sûr, faire preuve d’arrogance, c’est que la politique extérieure de la France est appréciée presque partout dans le monde – et par les Français. »

(Laurent Fabius, BFM-RMC, 2 mars 2015).

 

Dans

 

Quelques îlots résistent…

 

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Serge Halimi remet le couvert sur l’irruption fracassante, dans l’univers des médias français, de MM. Vincent Bolloré et Patrick Drahi, entre autres milliardaires désintéressés. Il n’a pas grand mal à se donner : il suffit qu’il énumère. La plus enragée des philippiques ferait pâle figure en comparaison de cet énoncé.

 

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Le Monde Diplo nous parle encore (page 9)  de la fronde en cours des industriels européens contre Google, qui serait une entreprise à visées totalitaires. Ah ?

Sous le titre

 

Joyeuse colonisation numérique

 

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Marie Benilde compare de façon assez réjouissante les affairistes hexagonaux d’aujourd’hui à ceux du début du XIXe siècle.

« Héritiers du capitalisme classique contre capitalistes numériques : le clivage rappelle l’affrontement qui opposa au XIXe siècle deux fractions de l’ordre aristocratique, les Bourbon de la Restauration, conservateurs et légitimistes, et les orléanistes, plus libéraux et ouverts sur le monde des affaires. »

On relève au passage une phrase de Mme Fleur Pellerin, qui vaut son pesant de cacahuètes :

« Tout le monde a bien conscience qu’il y a un problème, mais on n’arrive pas à le résoudre parce qu’il y a trop de complexité. »

Et cinq minutes avant sa mort, M. de la Palice vivait encore. Mais que fait dans un gouvernement cette dame ?

Bref, si vous voulez savoir à quelle sauce vous serez mangés et par qui, lisez. Vous pouvez aussi ouvrir des paris.

[Parenthèse à propos des orléanistes : M. Jean-François Parot, dans son dernier opus La pyramide de glace, s’en prend assez sévèrement au duc de Chartres, futur Philippe-Égalité. On espère qu’il ne va pas profiter de ce que son Le Floch y croise l’héritier enfant et le trouve bien élevé pour exonérer de ses méfaits le futur Louis-Philippe, protégé de Danton ou pas. Sinon, on divorce. ]

 

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Deux pages sur les Pays-Bas qui ferment leurs prisons :

 

Esprit de tolérance ou souci d’intendance ?

se demandent les auteuses Léa Ducré et Margot Hemmerich. La réponse est dans la question. C’est qu’enfermer les gens coûte cher…

On suggérerait bien aux Hollandais d’en revenir aux bons vieux pélerinages judiciaires, qui ont fait faire de si substantielles économies aux féodaux tout au long du Moyen-Âge. Sur les frais de construction d’inutiles prisons, sur les montagnes de pain sec et d’eau pour les condamnés et sur les pichets de rouge pour les matons, sans compter les défraiements des fossoyeurs, les aumônes aux curés, etc. Ça et les oubliettes : meilleur rapport qualité-prix.

Mais où mettront-ils, s’ils ferment, les prisonniers belges qu’on leur refile en sous-traitance ? Car la Belgique, elle, est carrément à court de geôles.

 

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FÉMINISME

 

Guerrières du verbe et de l’action

(1/5e de page à vue de nez) nous parle de Louise Michel, de Rosa Luxembourg, de Mika Etchebéhère (cherchez pas, c’est une Argentine) et de Monique Piton (des Lip). Z’ont oublié Emma Goldman, Flora Tristan, Séverine et quelques douzaines d’autres. Femmes d’action quasi toutes, ou peut-être même toutes. Les quatre, en tout cas, c’est sûr. Donc pas vraiment intéressantes pour la réflexion de référence.

L’auteur, Christophe Goby, nous apprend que viennent de sortir, chez La Découverte, des mémoires inédits de Louise la Rouge. Merci à lui pour l’info, on se précipite.

 

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LITTÉRATURE

À propos de plusieurs livres, dont une importante biographie qui vient de sortir et sur 1/5e de page aussi :

 

Les voix de l’empire évanoui

C’est de l’austro-hongrois qu’il s’agit. Et les voix sont celles de Stefan Zweig et de Robert Musil, autrichiens et contemporains, morts en 1942 l’un et l’autre. Le parallèle s’arrête là. On ne crache pas sur Zweig mais ce n’est pas vraiment la même pointure.

M. Pierre Deshusses nous apprend que, sollicité en 1927 par Romain Rolland pour signer un appel contre le fascisme, lancé par Henri Barbusse, Zweig a refusé. Sous prétexte que Barbusse fréquentait des communistes. Il voulait qu’on fasse aussi un appel contre le bolchevisme. Musil, lui, a signé. Qu’importe après tout puisque les pétitions ne servent jamais à rien qu’à donner bonne conscience pour pas cher à ceux qui les signent.

Conclusion, appuyez-vous les 2204 pages de L’homme sans qualités. Vous n’en sortirez peut-être pas intacts, mais ça vaut le coup. Sans compter que c’est traduit par Philippe Jaccottet. Un double monument. En deux volumes.

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La biographie dont il est question est la sienne :

Félix Joly – Robert Musil. Tout réinventer – Seuil 2015 – 578 pages.

 

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Et c’est là qu’on en arrive au kinder-surprise de ce numéro.

 

« Vladimir Poutine à la rescousse de Bachar Al-Assad »

Le pari syrien de Moscou

 

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Titres tellement rabâchés qu’on a d’abord cru avoir déjà lu. Ailleurs. Dans les habituels merdias. Mais non.

D’abord, « pari »… C’est quoi ce vocabulaire ? Et c’est qui, l’auteur ?

 

Par Alexei Malachenko*. Vous connaissez ? Nous non plus. Dieu bénisse les astérisques :

 

*Politiste, directeur du programme Religion, société et sécurité au bureau moscovite de la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Dernier ouvrage publié : The Fight for Influence : Russia in Central Asia. Carnegie Endowment for International Peace, Moscou 2014.

 

« Aaaahhh » dit la vache en voyant le fromage. « Je comprends... »

On aurait dû vous laisser le plaisir de découvrir par vous-mêmes cette prose d’anthologie. Mais puisqu’on y était, on a lu. Et picoré à votre intention :

 

« Avant  sa mort en 2000, le président hafez Al-Assad avait enjoint à son fils Bachar’ de préserver ce lien [ avec la Russie] essentiel pour le maintien de son clan à la tête de l’État. »

(…)

« Plusieurs dirigeants politiques et officiers arabes nous ont fait part de leur nostalgie pour l’époque du président égyptien Gamal Abdel Nasser, c’est-à-dire les années 1950-1960, quand la concurrence idéologique entre l’URSS et l’Occident laissait aux Arabes une marge de manœuvre.

(…)

« La Russie espère consolider son influence tout en s’abritant derrière le droit international…. »

(…)

« D’un côté, M. Al-Assad ne jouit pas d’une grande popularité dans beaucoup de pays arabes. »

(…)

« Mais d’e l’autre côté, si M. Poutine veut démontrer tant à l’opinion russe qu’à ses partenaires régionaux sa puissance et sa capacité à venir en aide à ses amis, il ne peut faire preuve de faiblesse en “livrant” M. Al-Assad. »

(…)

« Peut-on imaginer résoudre le conflit par un accord ? Vu de Moscou, ce serait possible si les pays occidentaux acceptaient que M. Al-Assad demeure au pouvoir au moins pendant une période qu’il faudrait définir. » [Ils vont tomber sur un os, les Russkof : Fabius ne voudra pas.]

(…)

« Mais la partie d’échecs se déroule sur un terrain plus vaste que celui de la région. Apparaît en effet en arrière-plan l’hypothèse d’un “échange” de la Syrie contre le Donbass, région d’Ukraine déchirée entre les partisans d’un rattachement à la Russie et les fidèles au gouvernement de Kiev. En d’autres termes, si les États-Unis et leurs alliés prenaient davantage en compte les intérêts russes en Syrie, Moscou pourrait se montrer plus compréhensif vis-à-vis de l’Ukraine. »

(…)

[À propos de soldats russes en Syrie] « Les sources officielles  évoquent la mobilisation de deux mille hommes, les militaires estimant ce nombre “suffisant”. Mais tout cela pourrait n’être qu’un écran de fumée, car on a mesuré en Crimée la difficulté à connaître le nombre réel de soldats russes impliqués. »

(…)

« Selon les responsables occidentaux, l’objectif du Kremlin ne serait pas d’écraser l’OEI, mais de maintenir au pouvoir M. Al-Assad. »

(…)

« En un sens, l’OEI a servi les intérêts de la Russie, lui permettant de montrer à ses amis dans la région qu’elle pouvait encore jouer un rôle décisif. Moscou peut ainsi s’affirmer comme le protecteur des pays musulmans d’Asie centrale à travers l’“OTAN russe” que constitue l’OTSC. »

(…)

[ À propos de la crise des missiles de Cuba de 1962 et de Khrouchtchev, qui, se conduisant comme un vulgaire Poutine, avait décidé tout seul de les implanter à la porte de derrière des États-Unis.]  « La réaction très vive de Washington, qui décréta un blocus de l’île et menaça de l’envahir, obligea Moscou à faire machine arrière. »  [La réaction fut même si vive qu’elle dure encore, cinquante trois ans plus tard. Et si on se souvient bien, Washington ne menaça pas, mais essaya d’envahir Cuba, en y prenant la dégelée dont les jaloux parlent encore.]

 

Mais brisons là. Ceux qui veulent savourer comme il se doit ce texte fondamental le peuvent. Il leur suffit de débourser 5,40  € (6,50 en Belgique).

Entendons-nous bien : on ne prend pas le gouvernement russe pour une colonie d’enfants de chœur. On sait, au moins depuis Saint-Just, que personne, jamais, n’a gouverné innocemment. Même avec 90% d’approbation nationale. On sait qu’il y a une opposition en Russie (10% en ce moment, toutes tendances confondues) et que cette opposition ne se laisse pas oublier. Voir par exemple, rien que sur RT, les fréquentes interpellations à la Douma des partis minoritaires, les mises en gardes et/ou exigences formulées par des voies diverses, les initiatives extra-parlementaires, etc.

M. Malachenko exprime-t-il ici le désaccord, les critiques d’une partie au moins de l’opposition russe ? NON. MILLE FOIS NON !

Cette pseudo-analyse est un tract. De la propagande de guerre directement issue du Département d’État. C’est Washington qui, a son habitude, sous-traite ses bourrages de crânes à des kapos indigènes.

On peut, on doit détester la propagande de guerre, de quelque bord qu’elle soit. Parce que c’est toujours de la caricature, de la sur-simplification, qui offense ceux à qui elle s’adresse et les avilit. M. Malachenko prend les Russes pour des andouilles, et les Français dans la foulée.

Soit dit en passant, ce pathétique mélange de diffamation faux-cul et de méthode Coué en dit long sur l'état d’esprit qui règne chez les Zuniens. Ah, messeigneurs, sont-ils aux abois pour espérer pouvoir encore s’en tirer avec ça ! Pas plus M. Malachenko que ses employeurs ne soupçonnent un seul instant qu’il existe des gens – oui, même chez les politiques ! – pour qui gouverner n’est pas qu’un jeu où le plus habile et le moins scrupuleux écrase l’autre, mais un jeu qui a des règles appelées principes de morale publique, sans le respect desquelles il n’y a pas de vie possible sur la terre entre les hommes.

Pour tout vous dire, on n’aurait pas gaspillé sur ce machin le quart d’heure qu’on a mis à le lire si on l’avait trouvé n’importe où ailleurs. Mais, malheureusement, ce n’est pas ailleurs qu’il est, c’est dans le Monde Diplomatique.

Alors quoi ? Que signifient l’éloge de Pasolini et la défense de Robespierre à un bout du journal et ce déshonorant machin à l’autre ? À quoi servent au juste Louise Michel, la stigmatisation des milliardaires de l’Hexagone et la mise en boîte des abonnés au PAF, si c’est pour insulter les lecteurs en leur fourguant, juste en face, les prêches malodorants des Nuland, McCain et Clinton, par 5e colonne russe interposée ?

Les deux questions qu’on est forcés de se poser dès lors sont relativement simples :

Soit les responsables du Monde Diplomatique sont obligés, par contrat, d’ouvrir une partie de leurs colonnes à n’importe quoi échappant à leur contrôle, en échange de l’autorisation d’imprimer ailleurs ce qui correspond – peut-être – à leurs convictions, et à condition de ne jamais exprimer certaines vérités qui déplaisent.

Soit, ce qui paraît correspondre à des convictions n’est là qu’à titre de poudre aux yeux ou, si on veut, de lubrifiant chargé de faire passer l’enculage en douceur.

Dans un cas comme dans l’autre, il est spécieux de parler d’indépendance.

 

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Reste la question de savoir si, dans la seconde hypothèse, il faut considérer le clystère comme correspondant aux convictions réelles du Monde Diplomatique.

Voilà.

Pour ce qui nous importe à nous (« la chose même ») on attendra la renaissance de l’Ami du peuple ou de Combat.

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Mis en ligne le 2 novembre 2015

 

 

 

 

22:57 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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