29/10/2015

SERGUEÏ GLAZYEV - LA SUITE

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Sergueï Glazyev la suite

(Il y a des pays où on parle vraiment politique.)

 

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Vladimir Pozner interviewe Sergueï Glazyev

Re-merci à Diane et à jj du Saker Francophone

 

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Propos recueillis par Vladimir Pozner – Le 20 octobre 2015 – Source thesaker.is

 

Préambule du Saker original

 

Vladimir Pozner est l’équivalent à Moscou du célèbre Savik Shuster à Kiev : l’un des pires parmi les pires journalistes libéraux démocratiques (dans l’acception russe de ces mots) là-bas. Vous verrez que la plupart de ses questions sont tendancieuses – il procède par sous-entendu, suggestion, en faisant appel aux émotions et aux amalgames. Si Shuster est une ordure idiote, alors Pozner en est une habile (ni l’un ni l’autre ne peut être qualifié de futé ou intelligent). Donc ne vous méprenez pas, Glaziev est là en territoire très hostile.  Et pourtant il détourne superbement chaque inanité et chaque tentative de Pozner de lui faire dire quelque chose à quoi il ne croit pas. Lorsqu’un homme habile en affronte un autre, vraiment intelligent, celui-ci gagne haut la main et c’est ce que nous voyons aujourd’hui : un maître qui réfute les affirmations d’un élève médiocre, mais arrogant. Cela donne une très intéressante interview avec l’homme qui veut faire pour l’économie russe ce que Poutine a fait pour l’État russe : la libérer du contrôle extérieur et la rendre véritablement souveraine. C’est aussi le cauchemar de tous les souverainistes atlantistes : voir la Banque centrale de Russie nationalisée et Glaziev nommé à sa direction.

 

Un grand merci à Eugenia pour sa superbe traduction [du russe, NdT]

Le Saker

________________ 

 

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Vladimir Pozner

Vladimir Pozner : – Voici l’émission Pozner. L’invité de cette émission est Sergei Glaziev. Je ne le présente pas, je ne fais pas la liste de ses prix et autres – il y en a trop. Vous êtes une personne très connue, Sergei Yurievich. Merci d’être venu.

Voici ce que dit Wikipédia à votre propos :

Profession : économiste. Activité : politicien.

Êtes-vous d’accord avec cette description ?

 

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Sergei Glaziev

Sergei Glaziev :  – Si nous nous rappelons, comme l’a dit un jour un classique, que la politique, c’est de l’économie concentrée, je suis en partie d’accord. Si nous prenons le mot dans son sens courant, que la politique est l’activité publique de l’exercice du pouvoir, alors non, du moins pour aujourd’hui.

V.P. :  – OK. Votre mentor, l’académicien Lvov, a dit ceci à votre propos : « En tant que scientifique, Sergei Glaziev est l’un des économistes les plus éminents en Russie depuis les années 1970. C’est dommage qu’il se soit lancé en politique. » Votre implication dans la politique – vous la regrettez ?

S.G. :  – Je regrette d’avoir été incapable de mettre en pratique les idées et les projets que nous avions développés à l’Académie des sciences et proposés maintes fois au gouvernement. Je vous assure, la situation dans le pays aurait été bien meilleure aujourd’hui, et nous aurions tous mieux vécu si les réformes et la politique économiques avaient suivi les recommandations scientifiques.

V.P. :  – Vous ne considérez pas le temps consacré à votre activité politique comme perdu ?

S.G. :  – Je ne le pense pas, parce qu’après tout, la science, c’est l’expérience. Considérant que nous vivons dans une période de transition si complexe, en tant que scientifiques participant au développement de ces idées et de ces projets, même si 90% de nos propositions sont rejetées, nous disposons déjà d’un immense champ expérimental. Il y a l’expérience russe, la chinoise, celle de nos voisins d’Europe de l’Est, et être un scientifique immergé dans ces processus est extrêmement intéressant. La combinaison de la science et de la pratique, bien que ce ne soit pas toujours possible en économie, conduit toujours à un enrichissement mutuel.

V.P. :  – En dépit de ce que vous venez de dire, je continue à vous présenter à nos téléspectateurs comme une personne à deux visages : Glaziev l’économiste et Glaziev le politicien – parce que dans les deux domaines, vous avez laissé et vous laissez une trace très particulière. Je partirai de ceci. Egor Gaidar, dans le gouvernement duquel vous avez travaillé, vous disait dirigiste, c’est-à-dire un promoteur du rôle régulateur de l’État dans l’économie. Il se trompait ?

S.G. :  – Dirigisme est une interprétation très commune de la manière dont l’État devrait réguler le développement économique. Le terme est dérivé du mot français. Non seulement en Union soviétique, mais aussi en Europe et en Amérique, et d’autant plus en Chine, au Japon, en Corée, dans d’autres pays, l’État est impliqué très activement dans les processus économiques. Parce que si l’État ne régule pas le marché, celui-ci est occupé par les monopoles, les spéculateurs et Dieu sait qui. Le rôle de l’État est de créer les conditions les plus avantageuses pour la croissance de l’investissement et de l’activité économique.

V.P. :  – Donc vous êtes favorable à une telle approche ?

S.G. :  – Je pense que les gens qui disent que l’État devrait rester en dehors de l’économie travaillent pour les intérêts de ceux qui veulent contrôler le marché. L’économie, ce n’est pas le chaos ; dans l’économie, il y a toujours quelqu’un qui dicte les règles.

V.P. :  – Sergei Yurievich, je vous ai posé une question simple : oui ou non.

S.G. :  – Oui, largement.

V.P. :  – Bien. En 2003, parlant de votre programme de développement de la Russie –  vous aviez proposé un programme à cette époque – le journal Profile a écrit qu’il consistait en quelques slogans simples et sans originalité : retirer le profit du secteur pétrolier, introduire un monopole d’État sur la vente de la vodka, transférer les bénéfices de la Banque centrale au budget de l’État, augmenter la taxe d’importation pour affecter l’argent au soutien de ce qui restait des industries de haute technologies soviétiques. C’était en 2003, je le répète.

Ces mesures impliquent une interférence directe de l’État, n’est-ce pas ?

S.G. :  – Vladimir Vladimirovich, ce ne sont que quelques éléments, et cités de manière déformée.

V.P. :  – Non, ils ne sont pas déformés.

S.G. :  – Oui, ils sont mal cités, considérablement. Un programme économique doit être systémique, incorporant la monnaie, le crédit, les taxes, les politiques budgétaires ainsi que les rapports de propriété entre le capital et le travail, etc. Ce programme proposé par mes collègues et moi-même était le programme de la croissance économique et de la hausse du niveau de vie. Il incluait le mécanisme de la planification stratégique, les mécanismes de la régulation étatique de l’économie dans l’intérêt d’accroître les investissements, et la création de conditions telles que notre potentiel économique tout entier puisse fonctionner. Ce que Profile disait à ce propos ne concernait que quelques petits fragments et, j’aimerais le souligner, il est vrai qu’ils ne contiennent rien de nouveau. Le bénéfice excédentaire est exproprié, comme ils le font en Amérique, en Australie, en Norvège. Le taux d’imposition dans le secteur pétrolier est beaucoup plus élevé que dans d’autres secteurs et pourrait atteindre 80% des bénéfices. En Angleterre, on l’appelle impôt sur le revenu excédentaire ; en Australie, il est appelé impôt sur la rente, l’impôt spécial qu’ils ont introduit lorsque les champs pétroliers ont été découverts ; en Norvège, l’industrie pétrolière est intégralement contrôlée par l’État.

Donc ils disent prendre, mais en réalité une régulation économique raisonnable devrait créer des conditions favorables pour les gens, de façon à ce qu’ils travaillent plus efficacement en utilisant leur potentiel créatif pour produire quelque chose de nouveau. Tandis que la ressource naturelle est quelque chose que Dieu a donné et elle appartient à tout le monde. Donc si nous permettons de privatiser les ressources naturelles, pourquoi les gens travailleraient-ils ?

V.P. :  – Je doute que cela soit vrai, en quelque sorte.

S.G. :  – Quoi qu’il en soit, dans tous les pays, l’État tente de s’approprier la rente des ressources naturelles, parce que cette partie du profit n’est pas due à un effort du travail, et le terme classique pour une telle action de l’État est « impôt sur le bénéfice excédentaire ». Nous l’avons effectivement introduit en 1992 : simultanément à la transition au marché, la taxe à l’exportation avait été introduite, qui a assuré un tiers du budget de l’État. J’étais alors responsable de ce domaine des régulations et je peux dire que ni le FMI ni d’autres experts qui sont arrivés en Russie de l’étranger ne s’y sont opposés. C’est parce que le but était de rompre avec la distribution administrative directe pour passer à une distribution indirecte au moyen de taxes sur la rente à l’exportation de ressources naturelles. Nous avons financé un tiers du budget avec cette taxe à l’exportation. C’est essentiel, le défaut de 1998 est survenu précisément lorsque l’État a supprimé cette taxe à l’exportation sous la pression de l’OMC et du FMI. Le gouvernement Primakov l’a réintroduite ; les revenus ont recommencé à rentrer. Actuellement, elle est en place, et dans notre programme nous ne proposons rien d’autre.

Second point. Les bénéfices de la Banque centrale ou, plutôt, les bénéfices excessifs de la Banque centrale, provenant de son droit à émettre de la monnaie, sont aussi transférés, dans tous les pays, au budget de l’État. Aux États-Unis, pratiquement toute émission d’argent par la Réserve fédérale va financer…

V.P. :  – Êtes-vous en train de dire que nous ne nous différencions d’eux pratiquement en rien ?

S.G. :  – En d’autres termes, il y a une politique économique raisonnable, et nous l’avons proposée, et il y en a une autre, qui sert des intérêts particuliers. Lorsque des gens disent qu’il n’est pas nécessaire d’imposer la rente naturelle, cela signifie qu’ils expriment l’intérêt de ceux qui profitent de cette rente, très probablement.

V.P. :  – Donc votre proposition de 2003 comprenait ces mesures dont vous avez parlé, et ensuite, en 2008, vous avez préparé une nouvelle proposition – je me souviens très bien, elle était en 10 points – je ne veux pas discuter des détails, nous n’avons pas le temps. Selon la presse, vous avez récemment préparé un nouveau rapport que vous étiez censé présenter à la Commission interdépartementale du Conseil de sécurité, le 15 septembre, je crois. L’avez-vous fait ?

S.G. :  – Oui, bien sûr. Il y a eu une réunion.

V.P. :  – Donc vous l’avez fait. Vous me corrigerez si je me trompe, mais les objectifs définis dans ce rapport sont tout à fait attrayants : 5% de croissance du PIB, augmentation de la production industrielle de 20% à 35%, augmentation des dépenses sociales, qui passent des 6.5% actuels à 40%, et tout cela en seulement 5 ans. Je n’ai mentionné que quelques éléments, mais ils sont tout à fait impressionnants. Pour une raison quelconque, je me rappelle – et je ne suis pas le seul – les plans quinquennaux de Staline. Cinq ans, et nous avons un puissant boom économique. Mais je me rappelle aussi que les plans quinquennaux de Staline incluaient, comme vous vous en souvenez peut-être, l’utilisation d’un grand nombre de prisonniers comme forces de travail. Je ne suis pas en train de dire que vous proposez la création du goulag [le système des camps de prisonniers en Union soviétique, entre 1930 et 1960, Note de la traductrice du russe], mais pensez-vous réellement qu’il est possible de parvenir en 5 ans à tout cela, étant données les conditions actuelles en Russie, la taille de la main d’œuvre, etc. ?

S.G. :  – Alors, commençons par les conditions actuelles. La croissance dont vous avez parlé – 5% par an –, la croissance potentielle, existe en théorie, mais elle ne peut naturellement pas être atteinte en un an. L’utilisation de notre potentiel industriel est en moyenne de 60% aujourd’hui. Donc nous pourrions avoir augmenté la production industrielle avec les bases existantes de 40%. Dans les secteurs de haute technologie comme la fabrication high-tech, l’aviation, la construction navale, l’utilisation de la capacité de production est même plus basse, entre 30% et 35%. Par conséquent, il y a des structures de base. Concernant la main d’œuvre dont vous avez parlé, bien que nous n’ayons officiellement que 5% de chômage, tout patron dans l’industrie vous dira qu’il pourrait augmenter la production avec les outils et la main d’œuvre existants à condition qu’il y ait plus de demande. De nombreuses études rapportent que le chômage caché dans l’industrie atteint 20%. Donc il est possible d’augmenter de quelque 20%. 

V.P. :  Mais comment ?

S.G. :Si l’industrie utilise ses ressources à 60%…

V.P. :  – Mais pourquoi seulement 60% ? Pourquoi pas plus ? Qu’est-ce qui l’empêche ?

S.G. :De nombreux facteurs. Le principal est la démonétisation de notre économie.

V.P. :  – Qu’est-ce que cela signifie en russe ?

S.G. : Une masse monétaire insuffisante pour la reproduction normale du capital.

V.P. :  – L’argent est nécessaire pour faire quoi ?

S.G. :  L’argent est comme le sang dans le corps, il est nécessaire pour que tout fonctionne. Les prêts sont nécessaires. Le capital est subdivisé en actifs immobilisés et capital d’exploitation. Le capital d’exploitation est celui dont vous avez besoin tous les jours pour gérer vos affaires. Par exemple, la proportion des prêts dans le capital d’exploitation de l’industrie est de 50% environ. Cela signifie que lorsque la Banque centrale augmente les taux d’intérêt, les emprunts deviennent plus chers et, compte tenu du fait que la rentabilité n’est que de 5% à 6%, si le taux d’intérêt est plus élevé, cela n’a aucun sens de faire un emprunt.

Voilà pourquoi, lorsque les taux d’intérêt deviennent trop élevés, cela conduit à une situation où les entreprises doivent soit rembourser leurs emprunts, soit renoncer à emprunter, c’est-à-dire réduire leur capital d’exploitation et, par conséquent, leur production industrielle. Ou augmenter leurs prix, si elles peuvent. Pour cette raison, lorsque l’économie dispose d’un volume de prêts insuffisant, cela a toujours un impact sur la dynamique de la production industrielle – elle se contracte. C’est une relation stricte observée dans tous les pays et en tous temps.

Et encore plus dans notre pays. Il y a une forte relation entre le volume de la masse monétaire et les dynamiques industrielles. Lorsque la production industrielle augmente, cette augmentation est toujours accompagnée par la croissance de la masse monétaire. Lorsque la masse monétaire est réduite, cela entraîne toujours la réduction de la production industrielle. C’est observé sur de nombreuses décennies. Par conséquent, la sous-utilisation actuelle de la capacité industrielle est liée en premier lieu à la cherté du crédit. En outre, en raison de la rareté de la monnaie, de nombreuses entreprises sont incapables d’obtenir des crédits à cause des conditions difficiles telles que les exigences de garanties, l’évaluation des garanties, parfois la valeur de ces garanties est insuffisante, etc.

Donc d’une manière ou d’une autre, l’actuel déclin de notre production industrielle est relié au coût croissant de l’argent. Tous les pays dans le monde, dans le but de stimuler l’économie pour la faire sortir de la crise, qui était mondiale en 2008, choisissent la voie des intérêts bas et du crédit illimité. En Amérique, en Europe, en Chine, au Japon, il n’y a aucun problème aujourd’hui pour obtenir des crédits à des taux d’intérêts pratiquement à zéro pour cent, c’est-à-dire même en-dessous du niveau de l’inflation. Tout ce qui importe est que vous ayez l’idée d’un projet, la capacité de production et les ressources.

V.P. :  – Mais nous ne le faisons pas, pour quelle raison ?

S.G. :  – Nous ne le faisons pas parce que, suivant les recommandations du FMI, nous, comme des étudiants A+ en économie politique de l’école du socialisme en première année d’université, nous faisons comme on nous l’a dit. Le FMI nous a recommandé de réduire le volume de notre monnaie afin de freiner l’inflation et nous, avec une obstination qui pourrait être mieux utilisée ailleurs, nous continuons à faire la même erreur. Nous essayons de combattre l’inflation en haussant les taux d’intérêts, en réduisant la quantité de monnaie dans l’économie, mais avec pour résultat une baisse des investissements.

V.P. :  – Ils nous donnent des conseils qu’ils ne donnent pas aux autres ?

S.G. :  – Toujours est-il que le FMI a récemment recommandé aux Américains de ne PAS monter les taux d’intérêts, parce que cela pourrait exacerber les problèmes structurels dans l’économie.

V.P. :  – Mais ils nous ont conseillé de les hausser ?

S.G. :  – Oui, ils nous ont conseillé de les monter.

V.P. :  – Et nous obéissons ?

S.G. :  – Malheureusement, nous obéissons. Comme vous savez, Einstein a dit un jour que si l’expérimentateur tente de faire la même expérience pour la troisième ou la quatrième fois dans les mêmes conditions en espérant obtenir un résultat différent, sa logique est inversée.

V.P. :  – Vous pensez que c’est une sorte de sabotage de la part du FMI ?

S.G. :  – Le FMI donne le même conseil à tout le monde.

V.P. :  – Y compris à ceux qui obéissent ?

S.G. :  – Ceux qui obéissent se trouvent en général dans une situation difficile, comme nous. C’est à cause de l’objectif du FMI, tel qu’il est décrit dans l’article 8 de sa Charte : offrir les conditions nécessaires à la libre circulation des capitaux. Autrement dit, tout ce dont le FMI se soucie, c’est qu’il y ait une libre circulation des capitaux, que les pays ne se protègent pas des mouvements de capitaux, mais que ces pays connaissent une croissance économique ou comment fait la population pour vivre – le FMI s’en fiche totalement. Le but du FMI, comme son nom l’indique – Fonds monétaire – est que la monnaie émise aujourd’hui pour le monde par les États-Unis et l’Union européenne… [il est interrompu, il allait probablement dire, …que la monnaie circule librement afin d’enrichir les émetteurs de ces monnaies par la taxation des flux, NdT]

V.P. :  – Je peine encore à comprendre pourquoi nous sommes les seules victimes.

S.G. :  – Nous ne sommes pas les seuls. L’Ukraine en est une autre.

V.P. :  – Laissons l’Ukraine en dehors de ça. L’Ukraine est une autre histoire.

S.G. :  – L’Asie du Sud-Est était une victime au cours des années précédentes. L’image était exactement la même : les pays qui suivaient les recommandations du FMI étaient en crise, ceux qui ne les ont pas suivies ne l’étaient pas.

V.P. :  – Pourquoi suivons-nous ces recommandations ? Par bêtise ? Il doit y avoir des raisons, ne pensez-vous pas ?

S.G. :  – La raison, ce sont les intérêts particuliers. Nous avons commencé notre entretien en parlant des relations entre l’économie et la politique. Malheureusement, l’économie, c’est-à-dire la politique économique, est lourdement influencée par des intérêts. C’est la science, dans sa forme vulgaire, qui sert des intérêts particuliers. C’est pourquoi l’application pratique de l’économie réelle est souvent rejetée, parce que la politique concrète sert les intérêts économiques de quelqu’un. Les intérêts servis par le FMI, comme nous le voyons aux conditions de notre marché des devises, sont les intérêts de la monnaie et des spéculateurs financiers. Nous avons laissé le rouble flotter librement, la Banque centrale s’est retirée elle-même du marché des devises – et donc maintenant, le marché des devises est intégralement aux mains des spéculateurs.

V.P. :  – Nos spéculateurs ?

S.G. :  – Eh bien, 75% de l’argent sur notre marché appartient à des non-résidents – ils vivent à l’étranger. Par conséquent, notre marché financier, dans la mesure où la circulation financière est concernée, est dominé par l’étranger. C’est en premier lieu de l’argent américain, quoique le nôtre participe aussi.

V.P. :  – La Banque centrale promeut cela ?

S.G. :  – Elle est de connivence en ne prenant aucune mesure pour protéger notre marché financier des attaques des spéculateurs. De quoi a besoin un spéculateur ? Il a besoin d’avoir des conditions où il n’y a pas de restrictions à son action et personne pour contrôler le marché. Ensuite, des spéculateurs sur les devises s’accordant entre-eux manipulent le marché à nos dépens. Parce qu’ils poussent le rouble à la baisse, des gens comme vous et moi perdent des revenus, mais eux en tirent des profits excessifs. Pourquoi le spéculateur est-il mauvais ? Parce que lui, contrairement à l’opérateur ou à l’investisseur normal qui entrent sur le marché à long terme, il tire son profit excessif en déstabilisant le marché aux frais de tous les autres participants. Voilà pourquoi c’est mal, et tous les pays sans exception luttent contre ça. Mais cette idée nous a été imposée que le marché régulera tout très bien de lui-même, même si 95% des opérations…

V.P. :  – Imposée par qui ?

S.G. :  – Par le même FMI.

V.P. :  – Ah bon, et nous sommes comme ça. Ou bien y a-t-il des intérêts économiques dans notre pays qui correspondent à l’idée qui nous a été imposée ?

S.G. :  – Évidemment. Le plus grand centre de profit aujourd’hui est la Bourse de Moscou. Parce que l’économie a chuté de presque 19% [c’est une erreur de traduction, Glaziev a dit « a chuté de près de 10% », Note du Saker], mais la Bourse a doublé. A la Bourse, la marge de bénéfice est de 80% à 90% de l’argent investi. Tout se contracte, tandis que la Bourse gonfle. Avec de tels sauts dans le taux de change du rouble, tout l’argent disponible s’écoule vers la Bourse. Les entreprises se lancent dans la spéculation au lieu de développer la production. Une question très importante est : d’où vient l’argent ?

V.P. :  – Est-ce que le président comprend cela ?

S.G. :  – Le président compte sur le fait que les gens se comportent décemment.

V.P. :  – Pourquoi ?

S.G. :  – Parce qu’apparemment il croit au patriotisme de nos entreprises. Quand il a dit que nous avions besoin de stabiliser le marché, de grandes sociétés ont répondu en plaçant de l’argent sur le marché.

V.P. :  – Donc notre président est très naïf ?

S.G. :  – Non, il tient seulement parole. Il a dit qu’il n’introduirait pas de restrictions monétaires, en comptant que toutes les parties sur le marché se conduiraient correctement. Et il n’en introduit aucune.

V.P. :  – Parmi les mesures que vous proposez et, apparemment, que vous avez proposées dans votre rapport, il y a des choses comme entreprises du peuple, quelque chose qui me rappelle, personnellement, l’émission de 20 mille milliards de roubles, pour des objectifs spécifiques, et aussi des expressions comme stopper l’ouragan de la spéculation sur le marché des devises, la vente obligataire des devises, la justification de l’exportation de capital fondée sur des avantages pour la Russie, la réduction de la marge entre les coûts de production et le prix de vente au détail à 25% et un gel provisoire des prix de détail sur les biens communs.

Encore une fois, ces choses ne sont pas neuves. Je voudrais cependant attirer votre attention sur un article de la Pravda (elle existe encore, ce que vous savez ou ne savez pas, mais elle paraît toujours) qui appréciait vos propositions : « De nombreux analystes considèrent que la proposition du conseiller du président de la Fédération de Russie, l’académicien Glaziev, comme un retour au système économique soviétique. En effet, il y a certaines similitudes qui vont jusqu’à la création d’un Gosplan. »

LaPravda [quisignifie la vérité, en russe, NdT] dit-elle vrai ?

S.G. :  – Vladimir Vladimirovich, où avez-vous lu des informations sur mon programme, si ce n’est pas inavouable ?

V.P. :  – Dans les journaux.

S.G. :  – S’il vous plaît, ne lisez pas Kommersant, je vous en prie.

V.P. :  – Mais c’est laPravda, pas Kommersant !

S.G. :  – Mais la Pravda a probablement repris cela de Kommersant.

V.P. :  – C’est peu probable.

S.G. :  – Je n’ai pas envoyé mon programme à la Pravda. Et j’ajoute qu’il n’a pas encore été publié. Donc ce qui est écrit dans Kommersant, ou dans la Pravda – disons, dans la presse – c’est comme l’a dit le classique : « Ne lisez pas les journaux soviétiques le matin » [phrase célèbre du roman de Mikhaïl Boulgakov, Cœur de chien, NdT]. Bien qu’ils ne soient plus du tout soviétiques, enfin pas tous, ils ont néanmoins présenté une bouillie de divers éléments sortis de leur contexte et cités de manière déformée.

Pour parler des mesures que vous avez évoquées : certaines d’entre elles ne sont pas dans le programme. Celui-ci ne contient rien sur le gel des marges à 25% – je vous enverrai le texte, ainsi vous pourrez vérifier par vous-même. Le programme dit que nous avons besoin d’un système pour réguler les prix, donc nous voulons comprendre précisément la règle régissant la fixation des prix sur notre marché. Si le chaos règne sur le marché, nous pourrions tout aussi bien attendre que l’État gèle les prix si les choses se gâtent. C’est arrivé auparavant. C’est pourquoi nous avons besoin d’un système de contrôle des prix qui garantisse une concurrence loyale et prévienne le recours abusif à une position de monopole. Notez qu’en Allemagne, où personne ne parle de construire le socialisme, l’État a le droit…

V.P. :  – Donc vous dites que l’affirmation de la Pravda, selon laquelle il y a des éléments ressemblant au système soviétique n’est pas vraie ? Il n’y a pas de tels éléments ?

S.G. :  – Attendez, de tels éléments sont présents dans les régulations de l’UE, des États-Unis, et je ne parle même pas de la Chine.

V.P. :  – Évidemment, la Chine est quelque chose de totalement différent.

S.G. :  – Donc ce que nous disons ne devrait pas être peint avec des couleurs idéologiques. Cela fonctionne dans l’économie de marché et nous vivons aujourd’hui dans une économie de marché, et c’est de là que nous partons, en aucun cas nous ne proposons d’abolir les mécanismes du marché. Nous disons que les lois de l’économie de marché pourraient être utilisées d’une manière qui profite à tous et assure une production maximum.

La question clé est la quantité de monnaie dont nous manquons. Vous avez mentionné le chiffre de 20 mille milliards de roubles, ce qui est exagéré. Ce qui est proposé dans le programme est la création du mécanisme d’émission de crédits orientée sur un objectif, destiné à résoudre des problèmes spécifiques en utilisant les fonds à des fins spécifiques.

V.P. :  – Quelle est la somme ?

S.G. :  – Cela dépend – elle est différente selon les divers canaux.

V.P. :  – La somme est-elle définie ?

S.G. :  – Oui, bien sûr. La masse monétaire ne doit pas dépasser ce que la Banque centrale a déjà injecté dans l’économie. La Banque centrale a émis et accordé 8 mille milliards de roubles aux banques commerciales pour leur refinancement. Les banques ont utilisé la plus grande partie de ces 8 mille milliards de roubles pour faire de la spéculation sur les devises, ce qui ressort de manière évidente de l’examen de l’évolution des actifs des banques. Donc elles ont pris nos prêts de la Banque centrale et ont augmenté leurs actifs en devises étrangères. C’est mal. Nous n’avons pas émis de la monnaie pour permettre aux spéculateurs de mettre à mal le rouble. C’est ce qui s’est passé en réalité. Voilà pourquoi, si nous voulons donner à l’économie la quantité nécessaire de monnaie, nous devons garantir que l’argent sera utilisé pour le développement industriel et les investissements. Selon qu’il s’agit de l’industrie militaire, du remplacement des importations, du petit commerce ou des prêts hypothécaires, le taux d’intérêt devrait se situer entre 0% et 2% à la Banque centrale, avec une marge de 2% pour la banque. Lorsque la banque commerciale reçoit un crédit bon marché, elle ne devrait pas en profiter indument. Elle devrait utiliser l’argent pour ses services, et contrôler l’utilisation faite de l’argent. D’où la marge de 2%, parce que si elle n’est pas restreinte, alors…

V.P. :  – Je ne sais pas quelle marge nous avons, mais nous avons maintenant une pause publicitaire. Mais avant de nous interrompre, je dois vous dire que la presse a répondu, comme je comprends, sans avoir accès au document, mais elle a néanmoins répondu d’une façon très définie.

Quelques titres en guise d’exemples :
– « Le conseiller de Poutine a proposé de restreindre l’achat de devises étrangères et de geler les prix » – RBK

– « Sergei Glaziev présente la mobilisation de l’économie » – Financial Gazeta

– et même « Comment voir la Russie d’un mauvais œil » [en russe, jeu de mot sur le nom de Glaziev, puisque le mot sglazit, voir d’un mauvais œil, est dérivé de glaz, ou œil, NdT].

Si vous étiez le rédacteur en chef d’un journal, quel titre donneriez-vous à votre proposition ?

S.G. :  – Tout d’abord, je ne l’aurais pas fondé sur des rumeurs, mais j’aurais présenté le vrai texte. Tout ce que vous avez décrit est arrivé parce que les gens n’ont pas lu le texte, ils ont sorti des éléments du contexte pour les utiliser comme épouvantail.

V.P. :  – Mais pourquoi ? Pourquoi des opinions si, disons, unanimes ? Un chœur ? Sont-ils contre vous personnellement, ou comment pouvez-vous expliquer cela ?

S.G. :  – D’abord, le chœur n’est pas unanime du tout. Le Forum économique de Moscou a soutenu le programme pratiquement à l’unanimité. Le Conseil scientifique du Conseil de sécurité l’a soutenu aussi.

V.P. :  – Mais la presse ?

S.G. :  – La presse ne travaille pas gratuitement. Quelqu’un a commandé ces articles.

V.P. :  – Elle est ce qu’elle est !

S.G. :  – Voulez-vous trouver un journaliste indépendant dans notre pays ?

V.P. :  Je peux vous dire que je suis payé pour mon travail, mais qu’ils ne m’achètent pas. Je n’appuierai plus mes arguments sur la presse, puisque vous l’avez totalement rejetée, parce qu’elle est achetée ou payée (c’est une accusation très sérieuse, d’ailleurs) ou ne comprend tout simplement pas ce qui est dit.

Je me référerai donc plutôt à quelques personnes. Tout le monde n’était pas fasciné. En particulier, le chef du Conseil consultatif de l’Institut pour la démographie, la migration et le développement régional, Yuri Krupnov, vous a dit : « Si vous, Sergei Yurievich Glaziev, êtes nommé directeur de la Banque centrale, alors dans une année il y aura une catastrophe ou bien vous ferez exactement la même chose que la Banque centrale aujourd’hui. »

Le vice-ministre des Finances Storchak : « Du point de vue de la liberté économique, je ne suis pas d’accord avec les propositions de Sergei. J’ai vécu dans l’économie socialiste, et j’en ai eu assez. Si quelqu’un veut y retourner, ce sera sans moi. »

Et enfin le secrétaire de presse du président Dmitrii Peskov : « Glaziev est un économiste et il se réfère parfois à son parcours universitaire lorsqu’il exprime son opinion de spécialiste sur un sujet ou un autre. Mais cette opinion ne reflète pas toujours la position officielle du président ou de l’administration du président. »

N’êtes-vous pas troublé par de telles opinions ?

S.G. :  – Je connais personnellement tous ces gens. Premièrement, pas un, je vous l’assure, n’a lu le texte (de la proposition).

V.P. :  – Comment est-ce possible ? Ils émettent des opinions sans avoir lu le texte ?

S.G. :  – Invitez-les ici et peut-être que je pourrais leur fournir le texte.

V.P. :  – Mais vous avez présenté vos propositions ?

S.G. :  – Oui, mais ne vous en déplaise, aucune des personnes que vous avez citées n’était présente à la réunion du Conseil scientifique du Conseil de sécurité ou à la Commission interdépartementale ; le texte n’a été envoyé à personne. Ils se réfèrent, comme vous l’avez fait tout à l’heure, à l’article de Kommersant paru alors, et certains, peut-être, à la Pravda. Néanmoins, aucun de ces commentateurs ne comprend de quoi il s’agit. C’est exactement ce qu’a dit Peskov : il ne commente pas le programme lui-même. Tout le monde a le droit d’avoir son opinion.

Je peux seulement dire que ce que je présente n’est pas seulement mon opinion personnelle, mais le résultat d’une recherche scientifique. C’est le reflet de la connaissance objective du comportement de l’économie. Le problème est que la politique économique est toujours la somme d’intérêts, et ces intérêts ont toujours une justification idéologique en même temps que quasi scientifique. Qui n’aime pas mon programme et pourquoi ne l’aime-t-il pas ? Je vais l’expliquer. Tout le monde a besoin d’argent bon marché. Mais pour nous, injecter de l’argent bon marché dans l’économie…

V.P. :  – Attendez une minute. Comment pouvez-vous dire que votre programme est apprécié ou pas s’il n’a pas été lu ?

S.G. :  – En ce moment, nous parlons des fragments qui ont été commentés auparavant.

V.P. :  – Est-ce qu’ils reproduisent fidèlement votre programme ? Vous avez dit qu’ils avaient été cités de manière déformée.

S.G. :  – Certains sont mal cités, mais je parlerai de ceux qui le sont correctement. Oui, nous proposons un flux d’argent pour développer l’économie. Qui est contre ? L’industrie est partante ; l’agriculture crie : « Donnez-nous l’argent ! » ; le petit commerce meurt pour cause de manque de crédit ; le système hypothécaire est en perte de vitesse – tout le monde a besoin d’argent bon marché à long terme, comme en Amérique, en Europe, au Japon ou en Chine. Tous soupirent, donc tout le monde soutient…

V.P. :  – Alors qui est contre ? Storchak [vice-ministre des Finances, NdT] ?

S.G. :  – Je vais vous dire. Pour que nous donnions de l’argent bon marché pour l’économie, nous avons besoin d’être sûrs que cet argent ne finira pas sur le marché des devises parce que, comme je l’ai dit, nous avons imprimé pour 8 mille milliards, qui ont tous fini précisément là. La même chose s’est passée en 2007 : nous avons imprimé 2 mille milliards de roubles, dont 1,5 mille milliards ont été liquidés sur le marché des devises.

V.P. :  – Donc les banquiers sont contre, si je comprends bien ?

S.G. :  – Les banquiers ne veulent pas être responsables de l’usage prévu pour l’argent. S’ils reçoivent l’argent, ils pensent qu’ils ont le droit d’en user comme bon leur semble. Donc les grandes banques, en particulier les banques propriétés de l’État, ne sont pas angoissées par le programme, parce qu’elles obtiennent l’argent de la Banque centrale dans tous les cas. Alors nous leur disons : « Pardon, mais vous devez contrôler l’usage prévu pour l’argent ; vous devez garantir que l’argent… »

V.P. :  – Ce que vous dites sonne comme si le programme avait pour but une nette amélioration de la situation dans le pays, du niveau de vie, de tout. Et vous dites que ces gens y sont opposés. Donc ils pensent exclusivement à leur intérêt personnel et se fichent du pays. Voilà à quoi ça ressemble.

S.G. :  – Vladimir Vladimirovich, analysons ce qui se passe effectivement ici. Nous avons simplement besoin de changer radicalement tout le système de gestion de l’argent, parce qu’en ce moment nous avons une situation économique où deux tiers de la masse monétaire sont constitués de prêts étrangers. Pourquoi pensez-vous que nous souffrons autant des sanctions ? Parce que le crédit étranger est arrêté, et que trois quarts de l’argent est basé sur le crédit étranger. C’est pourquoi lorsque 150 milliards ont fui l’an dernier, et que la Banque centrale n’a pas remplacé cet argent avec du crédit intérieur, la base monétaire a commencé à se rétracter.

V.P. :  – À propos, vous proposez de donner le droit de ne pas rembourser leurs prêts aux pays qui ont imposé des sanctions à la Russie, dans certains cas, n’est pas ?

S.G. :  – Je crois que nous devons nous défendre.

V.P. :  – Mais vous ne comprenez pas où vous pourriez nous mener ensuite ? Des procédures judiciaires et tout ? Comme on dit, c’est le remboursement qui rend la dette belle. Nos propres actifs à l’étranger pourraient être saisis, et tout ça.

S.G. :  – Mais c’est précisément la réponse au cas où ils bloquent les actifs. Les sanctions comprennent la possibilité de saisir les actifs. Certaines de nos banques ont perdu leurs actifs étrangers. Pour quelle raison ? Ainsi, ma proposition est une mesure de rétorsion au cas où les actifs de sociétés et de personnes russes seraient saisis pour des motifs politiques. C’est un problème très sérieux pour notre système, d’ailleurs, parce que plus de la moitié de nos investissements viennent de l’étranger. L’argent passe de la Russie à l’étranger, la moitié se disperse, mais l’autre moitié revient. Soixante-quinze pour cent des investissements et des capitaux que nous avons rapatriés avaient été expatriés auparavant. En outre, si tout cela est gelé là-bas, nous devrons lutter pendant des années devant les tribunaux pour récupérer notre argent, alors je pense que nos entreprises, dans le cas d’une telle agression financière, devraient avoir un moyen de se défendre en ne remboursant pas l’argent si leurs actifs sont gelés.

Le second point de mon système est l’arrêt de l’expatriation du capital. Si nous voulons avoir des sources de crédit internes, nous ne devrions pas permettre que l’argent soit utilisé pour spéculer sur les devises ou laisser l’argent filer à l’étranger, mais au contraire qu’il serve de source interne de crédit.

V.P. :  – Et comment pourrions-nous y parvenir ?

S.G. :  – Par des régulations.

V.P. :  – Ce n’est pas un joli mot, régulations. Ce mot signifie mesures de police rudes, et même sévères, apparemment.

S.G. :  – Les mesures policières sont nécessaires contre le vol. Tous les pays punissent le vol. Si quelqu’un manipule le marché du rouble, disons, c’est aussi punissable. Aux États-Unis, les manipulations du marché des devises sont punissables de l’emprisonnement à vie, vous le savez. Donc là encore, je ne suis pas en train de réinventer la roue.

Une des mesures – créer une taxe sur l’exportation des capitaux. Elle est déjà utilisée dans certains pays européens, la France par exemple. L’Union Européenne a débattu de ce sujet il y a longtemps, comme la taxe Tobin. Tobin, d’ailleurs, est considéré comme le fondateur de l’ensemble de la théorie de la circulation de la monnaie et a toujours soutenu que le rôle de la Banque centrale est de créer les conditions les plus avantageuses pour la hausse des investissements. Pour augmenter les investissements, nous avons besoin de protéger notre système monétaire des attaques des spéculateurs. S’il est vulnérable à de telles attaques, nous ne stabiliserons jamais le taux de change du rouble.

V.P. :  A propos du taux de change du rouble. Vous avez dit une fois que la chute du taux de change du rouble est le résultat de la politique incompétente de la Banque centrale et des autorités monétaires en général. La direction de la Banque centrale n’a pas pour but de stabiliser la monnaie nationale. Vous l’avez dit l’an dernier – ce sont vos mots dans Kultur.

Lors de la réunion avec la directrice de la Banque centrale, Nabiullina, le président Poutine a dit : « La Banque centrale fait beaucoup pour soutenir la monnaie nationale, du moins pour qu’elle se sente stable et pour faire que l’ensemble de notre système financier se sente tout aussi stable. » Il semble que le conseiller du président et le président lui-même évaluent différemment la Banque centrale.

S.G. :  – La Banque centrale fait beaucoup au sein du système de règles qu’elle a créé d’elle-même et pour elle-même. Ces règles postulent que la Banque centrale n’est pas sur le marché, qu’elle ne fait aucune tentative pour stabiliser le taux de change du rouble dans une certaine fourchette, et maintenant elle essaie en quelque sorte d’influencer le marché par des manipulations ponctuelles. Le problème est que le marché financier russe est seulement un petit segment du marché financier mondial, donc nous sommes contrés par les spéculateurs qui ont les ressources pour déstabiliser notre marché d’un claquement de doigt.

V.P. :  – De la manière dont vous expliquez cela maintenant – je n’aurais aucune question. Cependant, vous dites que c’est dû à « la politique incompétente de la Banque centrale et des autorités monétaires en général. La direction de la Banque centrale n’a pas en ce moment le but de stabiliser la monnaie nationale ». C’est une déclaration très directe et dure. Le président Poutine dit que la Banque centrale fait beaucoup pour soutenir la monnaie nationale, au moins, pour qu’elle se sente stable, et pour faire en sorte que l’ensemble de notre système financier se sente tout aussi stable. Ce sont deux opinions différentes, vous ne trouvez pas ?

S.G. :  – J’essaie d’expliquer. J’ai prononcé ces mots il y a trois ans.

V.P. :  – En 2014.

S.G. :  – J’ai dit exactement la même chose en 2013 lorsque j’ai averti que viser l’inflation conduirait au chaos sur le marché financier, à une chute du taux de change du rouble, une forte inflation et la diminution de la production industrielle. Tout cela s’est réalisé. Je l’ai dit il y a trois ans – vous pouvez vérifier. Toutes les prédictions que j’ai émises il y a beaucoup, beaucoup d’années se sont révélées exactes, malheureusement. Elles se révèlent vraies parce que je fonde mon jugement non pas sur le dogme du FMI mais sur les lois empiriques de l’économie, qui ont des explications théoriques.

Par conséquent, je soutiens que la politique consistant à cibler l’inflation, qui est comprise comme exigeant de la Banque centrale qu’elle renonce à un taux de change stable du rouble et à tous les instruments de régulation ou de restriction monétaire pour ne recourir qu’à un seul instrument de régulation financière – le taux directeur… Je soutiens que si nous renonçons à toutes ces mesures et n’utilisons que le taux directeur, nous ne gagnerons pas sur l’inflation, nous ne stabiliserons pas le taux de change ni n’atteindrons quoi que ce soit dans l’économie, parce que notre marché deviendra chaotique. Cette condition ressemble approximativement à ça. Disons que vous naviguez sur un yacht. La tempête se lève. Vous devriez descendre les voiles et mettre en marche le moteur. Au lieu de cela, vous arrêtez le moteur et livrez votre yacht à la puissance des vagues. Nous pourrions essayer d’utiliser les voiles pour stabiliser le bateau mais nous ne réussirons pas si le moteur est éteint.

Oui, la Banque centrale fait beaucoup pour stabiliser le taux de change du rouble après avoir refusé d’utiliser les instruments les plus importants pour cette stabilisation. Lorsque la Banque centrale déclare que nous vaincrons l’inflation en manipulant le taux directeur sans viser un taux de change stable du rouble – c’est utopique, parce que la moitié des prix sur notre marché dépend du taux de change. Si le taux de change baisse, cela conduit immédiatement à une hausse de l’inflation. Donc, résultat, nous atteignons un but différent. L’objectif était fixé de réduire l’inflation, de la faire passer de 8% à 4%…

V.P. :  – Je ne parle pas de ça. Je parle des évaluations différentes (à propos de la Banque centrale) exprimées par vous et par le président. Ces opinions sont très différentes, je pense.

S.G. :  – La décision a été prise concernant la politique de ciblage de l’inflation, contre les recommandations scientifiques, mais elle a été prise. Je peux affirmer qu’au sein de cette politique, quoi que fasse la Banque centrale, peu importe à quel point les gens sont formidables, ils ne seront pas en mesure d’accomplir quoi que ce soit tant que nous n’introduirons pas de restrictions monétaires, parce que, à leur summum, 90% des spéculations sur les devises dans notre pays sont pratiquées avec des monnaies étrangères. La situation est celle-ci : alors que le volume de notre marché financier représente seulement 0.5% du marché financier mondial, garder le marché complètement ouvert est suicidaire.

V.P. :  – Je comprends. Je vais maintenant passer à la politique, parce que j’aimerais dire au moins quelques mots à ce sujet. Vous avez écrit un jour un livre intitulé Génocide. Vous vous souvenez ? Vous vous souvenez de ce livre ? Vous y souteniez l’idée que les démocrates exterminaient délibérément la population.

S.G. :  – C’est une déclaration trop forte. Il n’y a aucune chose de ce genre dans le livre.

V.P. :  – Oui, elle y est.

S.G. :  – C’est exactement le contraire, Vladimir Vladimirovich. J’ai soutenu qu’en 1993, la démocratie dans le pays était finie. Après l’exécution du Soviet suprême, il n’y avait plus de démocratie dans le pays.

V.P. :  – Mais ceux que vous appelez démocrates ? Les démocrates et la démocratie sont des choses différentes.

S.G. :  – Démocrates entre guillemets, dirais-je. En 1993, le Soviet suprême a été révoqué, c’était un coup d’État…

V.P. :  Génocide – qui a fait ça ?

S.G. :  – Les oligarques. Avec leurs collaborateurs dans les structures du pouvoir.

V.P. :  – Donc ils doivent aller en prison ?

S.G. :  – Seul un tribunal peut en décider.

V.P. :  – Si ça c’est un génocide, eh bien… OK. Il y a un peu moins d’un an, vous avez publié un nouvel ouvrage, Catastrophe ukrainienne : de l’agression américaine à la guerre mondiale ? Une citation tirée de ce livre : « Suivant leur voie habituelle, les Américains subventionnent les nazis ukrainiens et établissent en Ukraine un régime terroriste antirusse. »

S.G. :  – C’est un fait clinique établi.

V.P. :  C’est la Pravda dans ses pires moments.

S.G. :  – C’est un fait clinique établi.

V.P. :  – Comment se fait-il que les Américains forment des nazis ?

S.G. :  – Alors d’où sont-ils venus ? J’ai vécu toute mon enfance en Ukraine et nous n’avons jamais eu un seul nazi.

V.P. :  – Qu’en est-il de l’Allemagne qui les a formés là-bas ?

S.G. :  – Les Américains ont investi deux mille milliards de dollars au prix de l’époque dans l’industrie allemande.

V.P. :  Par conséquent, « le but est d’utiliser les nazis ukrainiens comme bélier contre l’État russe, d’organiser une série de “révolutions oranges” sur notre territoire, de diviser et de contrôler la Russie et l’Asie centrale. L’oligarchie américaine a désespérément besoin d’une guerre et, afin de conserver sa domination mondiale, elle utilise ses méthodes typiques pour provoquer une guerre en Europe. C’est le sujet de mon livre. Il met en évidence les forces objectives, les mécanismes et les motifs derrière la catastrophe ukrainienne. » Êtes-vous tout à fait sérieux en écrivant cela ? Les Américains veulent diviser la Russie ? Vraiment ?

S.G. :  – Ils ne s’en cachent même pas.

V.P. :  – Qui ne le cache pas ?

S.G. :  – Allez discuter avec les députés du Congrès américain.

V.P. :  – Je communique avec eux, et je sais seulement que l’un d’entre eux dirait probablement : Oui, nous aimerions cela. Seulement un. Il y a plus de 400 députés, et même plus de 500 si nous comptons les deux Chambres. Une telle déclaration dépeint simplement l’Amérique comme l’ennemi. Vous dites : les Américains veulent cela.

S.G. :  – Parlons des faits.

V.P. :  – Quels faits ?

S.G. :  – Les nazis ukrainiens ont été mis en avant par les Américains.

V.P. :  – Je veux dire l’éclatement de la Russie.

S.G. :  – Rappelez-vous la guerre de Tchétchénie. Qui l’a subventionnée ?

V.P. :  – Les Tchétchènes n’avaient rien à voir avec elle ?

S.G. :  – Rappelez-vous ce qui se passait dans le Caucase avant Vladimir Vladimirovich Poutine. Ce qui se passait dans les Républiques de la Volga. Qu’y faisaient les ONG américaines ?

V.P. :  – Donc vous êtes en train de dire que les événements dans ces régions étaient le résultat de l’influence américaine, des subventions américaines, de l’argent américain ?

S.G. :  – En Ukraine : à 100%.

V.P. :  – Je veux dire en Russie. Mais même en Ukraine, lorsque les gens sont descendus sur le Maïdan, ce sont les Américains qui les y ont amenés ?

S.G. :  – Les Américains ont provoqué et aidé à le faire. Ils ont armé et entraîné les nazis. Même avant que les gens sortent sur le Maïdan, comme vos collègues l’ont découvert, ils ont mis des caméras sur la place pour filmer comment la police disperserait les malheureux étudiants. Parmi ces étudiants, il y avait des centaines de militants spécialement entraînés qui créaient des provocations obligeant la police à faire usage de la force, puis partaient en courant, ne laissant sur place que des étudiants, à leur insu – manipulation classique, ce n’est pas si difficile à faire. Invitez Azarov [ancien Premier ministre d’Ukraine sous le président Ianoukovitch, NdT] dans votre émission et il vous dira tout à ce sujet.

V.P. :  – Qui ?

S.G. :  – Azarov, Nikolai Yanovich Azarov.

V.P. :  – Vous savez, j’ai fait une interview avec lui – c’était après le commencement du Maïdan mais avant les autres événements. Vous savez, accuser les Américains est très facile.

S.G. :  – Il ne s’agit pas d’accuser mais de simples faits.

V.P. :  – Pardon, ce ne sont pas des faits, mais l’interprétation que vous en faites.

S.G. :  – Dommage que vous n’ayez pas lu le livre.

V.P. :  – Non, je n’ai pas lu le livre. Je n’utilise que des citations.

S.G. :  – Je vous le donnerai. Il y a beaucoup de faits dans ce livre.

V.P. :  Merci. Je connais beaucoup de gens qui seraient heureux de le lire aussi. Donc revenons à vous – je veux seulement comprendre, pour moi-même…

S.G. :  – Je vais expliquer comment procèdent les Américains. Il ne le font pas parce qu’ils nous haïssent tellement, bien qu’il y ait des gens là-bas qui nous haïssent. Ils font ces choses parce que, objectivement, l’Amérique est en train de perdre la compétition avec la Chine. Mon champ scientifique concerne les cycles longs du développement économique, technique et institutionnel. Les États-Unis ont aujourd’hui une énorme disproportion [entre leurs objectifs et leurs moyens, NdT] qui les empêche de conserver leur leadership mondial. Les cercles influents en Amérique ne veulent pas perdre ce leadership.

V.P. :  – Naturellement. De même que nous ne voulons pas le perdre, mais nous l’avons déjà perdu. Mais la Chine veut l’avoir.

S.G. :  – La Chine veut avoir le leadership.

V.P. :  – Et ensuite elle fera ce qu’elle veut.

S.G. :  – Malheureusement, quand la Première Guerre mondiale a éclaté en Europe, puis la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques et les Allemands n’ont pas compris que les Américains seraient les bénéficiaires de ces guerres. Les États-Unis sont devenus une superpuissance à la suite de la guerre.

V.P. :  – Les Allemands ont cru qu’ils gagneraient.

S.G. :  – De même, aujourd’hui les Américains nous attaquent, occupent l’Ukraine, organisent un coup d’État…

V.P. :  – Oui, mais il n’y a pas de guerre, ou seulement ce que vous appelez une guerre hybride.

S.G. :  – Ce n’est pas le terme que j’utilise, évidemment. Donc aujourd’hui les Américains tentent, à travers des actions agressives transgressant les limites du droit international – car le soutien au régime nazi criminel en Ukraine transgresse les limites du droit international – d’accroître leur contrôle sur l’Europe, de nous affaiblir, éventuellement même de restaurer leur contrôle sur nous, comme c’était le cas dans les années 1990, ainsi que leur contrôle sur l’Asie centrale, tout cela dans le but de réduire le potentiel de la Chine. Ils ont l’intention d’entraver notre intégration eurasienne, d’empêcher la création de l’espace économique unifié de Lisbonne à Vladivostok dont Poutine a parlé.

Pourquoi les Européens ont-ils rejeté ce programme? L’espace économique unifié de Lisbonne à Vladivostok, notre président l’a promu tout à fait sincèrement et constamment, longtemps avant que le conflit ukrainien n’éclate. Et après cela, il a continué à dire la même chose : le problème de l’Ukraine et celui des relations économiques ne pourrait être résolu que par des négociations tripartites entre l’Union eurasiatique, l’Ukraine et l’Union européenne. Toutes les trois doivent parvenir à un accord. Cette intégration eurasiatique, vous dis-je, est une telle épine dans le flanc des faucons américains.

V.P. :  – Il y a des faucons américains, il y a des faucons russes, mais quand vous vous permettez d’écrire « les Américains » en général, et je vous cite, c’est exactement l’anti-américanisme qui infecte notre société aujourd’hui.

S.G. :  – Nous parlons, naturellement, de l’élite politique et au pouvoir en Amérique.

V.P. :  – Il aurait été bon que vous souligniez ce point vous-même, en quelque sorte. Malheureusement, je n’ai pas le temps de poursuivre cette discussion, même si j’aurais été heureux de le faire. Je veux mentionner ceci – cela m’a un peu amusé. Le 29 novembre 2013, une annonce est parue sur votre site : « Sergei Glaziev a reçu la distinction nationale “Personne de l’année 2013”. » Ensuite, elle continue : « Le 27 novembre, dans la cathédrale du Christ Sauveur la cérémonie de remise du prix “Personne de l’année 2013” a eu lieu, où Sergei Glaziev a été distingué pour son effort pour faire entrer l’Ukraine dans la sphère économique commune avec la Russie. » Vous ne pensez pas que cette distinction était prématurée ?

S.G. :  – Qui aurait pensé qu’un coup d’État aurait lieu en Ukraine, et que les Européens le soutiendraient ? Lorsque les Européens ont soutenu les nazis ukrainiens, pour moi cela a été une tragédie.

V.P. :  – Marcel Proust a quelques questions pour vous. Essayez de répondre de manière succincte.

Quel trait de caractère vous déplaît-il le plus chez vous?

S.G. :  – Je ne suis pas toujours décidé. L’indécision

V.P. :  – Quel trait de caractère aimez-vous le moins chez les autres?

S.G. :  – L’agressivité

V.P. :  – Quelle est la qualité que vous appréciez le plus chez un homme?

S.G. :  – La responsabilité

V.P. :  – Et chez une femme?

S.G. :  – La fidélité

V.P. :  – De quel talent êtes-vous absolument dépourvu?

S.G. :  – La soumission

V.P. :  – Est-ce un talent?

S.G. :  – Oh oui, définitivement.

V.P. :  – Que considérez-vous être votre plus grande erreur ?

S.G. :  – Peut-être ce qu’a dit mon mentor, l’académicien Lvov – que je suis entré en politique

V.P. :  – Que considérez-vous être votre plus grande réussite ?

S.G. :  – La théorie scientifique des cycles technologiques dans l’économie

V.P. :  – Quel est votre principal trait de caractère ?

S.G. :  – La tendance à aller au fond des choses.

V.P. :  – Comment aimeriez-vous mourir?

S.G. :  – Dans mon sommeil

V.P. :  – Si vous étiez devant Dieu, que lui diriez-vous ?

S.G. :  – S’il vous plaît, sauvez notre patrie

V.P. :  – C’était Sergei Glaziev. Merci beaucoup.

Source :https://www.youtube.com/watch?v=hErIW1PZ-sI&feature=youtu.be

Traduit du russe par Eugenia, traduit de l’anglais par Diane, relu par jj pour le Saker francophone

Notre source : http://lesakerfrancophone.net/vladimir-pozner-interviewe-...

 

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Des deux livres cités dans cette interview, un seul a été traduit et publié en anglais. On remarquera sans surprise que l’édition française n’a pas jugé utile de s’y intéresser du tout, alors que le moindre Dan Brown inonde jusqu’aux têtes de gondoles des supermarchés.

Pour les anglophones : 

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Sergei GLAZYEV

Russia and the New World Order

Executive Intelligence Review – 1999

306 pages


 

 

 

Sur l’opinion de Sergueï Glazyev quant aux événements d’Ukraine, on reverra avec intérêt la video mise en ligne par François Asselineau et le Cercle des Volontaires. Elle est de décembre 2014.

 

 

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Dernière minute :

et URGENT

 

Elie Domota à Lille

(de Bruxelles, ce n’est pas loin !)  

 

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La CINPAC (Communauté Ivoirienne du Nord Pas-de-Calais) et les associations partenaires vous invitent à la 3ème édition de VISA POUR LA COTE D’IVOIRE les 30 et 31 octobre à la salle du Gymnase, place Sébastopol de Lille.

VISA POUR LA COTE D’IVOIRE fédère plus d’une dizaine d’associations lilloises et du Nord Pas de Calais autour du thème : « AFRIQUE-CARAÏBES, Histoire et Perspectives Comment franchir les rivages soupçonneux du « non-dit » et bâtir la « mémoire du futur ».

L’invité d’honneur est le leader syndical Élie DOMOTA qui mena la plus longue grève générale en 2009. Il répond à l’invitation de Guillaume OPELY GADJI, président de la CINPAC, d’associations antillaises, mahoraises et de Familles rurales.

Il échangera sur la reconstruction des liens entre l’Afrique et la Caraïbe dans le contexte historique mais aussi social que nous vivons. Une bulle républicaine pour le vivre ensemble : En plus de la conférence débat, différentes prestations artistiques se dérouleront et permettront de constater un nouveau dynamisme des associations caribéennes, africaines et mahoraises dans le Nord Pas de Calais.

 

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Loin des tensions de l’actualité, y compris en Nord Pas de Calais, la CINPAC propose en alliant réflexion et expressions artistiques de reposer les bases du vivre ensemble, en se débarrassant des polémiques.

Vendredi 30

l’accès est libre et gratuit. Une participation libre est laissée à l’appréciation de tous

10h Exposition de l’art Afro-caribéen

19h Conférence débat d’Élie DOMOTA

21h Spectacle

Samedi 31

10h Expositions

13h Table ronde littéraire  “ le long chemin de la littérature afro-caribéenne”

21h Dîner Gala (10€)

Source : http://97land.com/elie-domota-a-llle/

 

 

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Mis en ligne le 29 octobre 2015

 

 

 

 

 

22:15 Écrit par Theroigne dans Actualité, Général, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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