16/08/2012

Ils viennent chez nous... (suite).

 

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Ils viennent chez nous parce que nous sommes chez eux.

                                           (Suite)


II.
 

Et ceux qui ne meurent pas ?

Sauvés ? Non, enfermés.

 

Algésiras, Allemagne, Andalousie Auschwitz, Buchenwald, Canaries, Dachau, Grèce, Hollande, Italie, Lampedusa, Malte, Maroc, Royaume Uni, Pologne, République tchèque,Turquie, etc. Etc....

« Centres de rétention pour demandeurs d'asile » en France...

« Centres fermés pour étrangers en situation irrégulière » en Belgique...

où il est précisé que la privation de liberté n'y a pas de caractère punitif.

Ah, on respire !

Et Semira Adamou ?

Malheureux accident. Dommage collatéral. On ne fait pas d'omelettes sans casser des oeufs. Circulez.

Dans ce pays, petit par la superficie, mais grand par ses principes, il en existe théoriquement six : 

            Bruxelles-National (aéroport) : 30 places

              Bruxelles-National II (aéroport de Melsbroek) : 60 places

            Steenokkerzeel : 120 places

            Bruges : 112 places

            Merksplas (Anvers) : 165 places

            Vottem : 160 places

Soit, en tout, 647 places. Pour hommes, femmes ; vieillards, enfants en bas-âge, voire à la mamelle.

Mais... « 8000 personnes sont chaque année détenues en Belgique » (Wikipedia). Qui sont où, alors ?

 

Et de là ? Expulsés !

 

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Israël, faisant désormais partie de l'Europe, expulse 2000 immigrés ivoiriens.

Plus assez de Palestiniens ?

 

Oui, mais où ?

 

L’«EXTERNALISATION DE L'ASILE», vous savez ce que c’est ?

 

« L'externalisation de l'asile est un type de politiques migratoires menées par les pays de l'Union européenne consistant à délocaliser l'accueil et l'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi que le traitement de leurs demandes d'asile, dans des lieux situés à proximité des frontières de l'UE, ou dans des pays, situés hors de l'UE, dont les demandeurs sont originaires ou par lesquels ils transitent. En Australie, une politique similaire, officiellement qualifiée de « solution du Pacifique », s'est traduite par la multiplication des camps d'enfermement des exilés, notamment le camp de Woomera et celui de Nauru ainsi que l'abandon de souveraineté sur certaines îles carcérales pour les faire échapper au système national des protections juridique.

 « Après une tentative de délocalisation des procédures de l'asile dans des centres frontaliers ou limitrophes, en 2003, ces politiques se sont traduites en Europe par une prolifération des camps d'exilés dans et autour de l'Union Européenne, une pression sur les pays voisins pour y développer des systèmes d'asile examinant les demandes sur leurs territoires et une radicalisation des enjeux politiques antimigratoires dans les pays limitrophes à l'intérieur de la frontière commune de l'Union Européenne. »  

(Wikipedia)

 

Comment tourner l’obstacle du principe de droit d’asile ? Fastoche :

 

 L'asile chez les autres

 

« La notion d'« externalisation de l'asile » n'est pas un concept juridique mais sociologique, qui caractérise des politiques publiques visant, sans renier formellement les principes du droit d'asile, à développer les camps d'internement d'exilés et les régimes juridiques de rejet des demandes d'asile dans les pays limitrophes de l'Union européenne afin de fermer ses frontières aux mobilités internationales d'exilés. Ces orientations sont en gestation durant les années 1990 puis s'expriment en 2002 et 2004 pour être formulées dans le programme de La Haye qui cadre les politiques européennes de sécurité de 2004 à 2009. »  (Wikipedia)

 Ah, « sociologique » , ça change tout !

 On l’aura compris : n’importe où sauf dans l’espace Schengen. Il suffit de sous-traiter l’asile, c. à d. de payer raisonnablement les pays d’accueil (euh… de détention). Même principe que pour les déchets toxiques. Et mêmes destinations ? La Somalie, par exemple, pour les déchets. Comme si elle n’en avait pas assez de ses sécheresses et de ses famines.

 

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Quelque part en Europe.

Dachau - Auschwitz - Buchenwald - Algesiras Malte Lampedusa  ?.jpgDachau ? Auschwitz ? Buchenwald ? Algesiras ? Malte ? Lampedusa ?

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Quelques-uns des sept mille clandestins arrêtés dans le port de Djibouti.

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 Nador (nord du Maroc) - Candidats à l'immigration regardant les lumières de Melilla (enclave sous autorité espagnole).


Mais bornons-nous à l’étape « rétention » ou « enfermement sans caractère punitif » à l’intérieur de l’U.E., et appelons ces endroits par leur nom :

 

Camps de concentration


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Grèce de la Troïka

 

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Istanbul

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Au camp de Filakio - Frontière gréco-turque

 

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Camp de Burashada - Libye libérée

 

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Andalousie

 

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Italie

 

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Pagani (Lesbos)

 

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 France

9 - Mayotte sous Manuel Valls -3100999303_1_7_etHvvYTB.jpg

CRA de Mayotte où l'internement des enfants a été maintenu par Manuel Valls, malgré les engagements de campagne pris par François Hollande.

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Mayotte encore - Femme matraquée

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Lampedusa

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Quelque part en Italie

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Malte, Alcatraz de l'Europe pour migrants africains.

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   Paris

 

15 - Conteneurs à humains DSC_0655_CONTENEURS.jpg

Conteneurs à humains

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Provisoire, celui-là : Roissy Charles De Gaulle

 

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Metz

 

17 - L'aire de jeux pour enfants, au centre de rétention de Toulouse - fin juin 2012.jpg

Aire de jeux pour enfants - CRA de Toulouse

 

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Rennes

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Nîmes - Ils ont tenté de le repeindre en rose.

 

20 - St Exupéry (Grenoble) Dessine-moi un chien de garde.jpgSaint-Exupéry (Grenoble) - «S'il te plaît, dessine-moi un chien policier».

 

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Marseille

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Saint-Jacques de la Lande, près de Rennes

23 - Rennes Ille-et-Vilaine, qui abrite un bébé de six mois..jpg

Rennes (Ille et Vilaine), qui abrite un bébé de six mois.

 

24 - Ça a l'air joli, comme ça. C'est un camp. Pour enfants..jpg

Ça a l'air joli, comme ça, mais on y enferme des enfants.

 

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Et bien sûr, des bébés aussi - Corse

 

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Eric Besson visite le centre de Plaisir, dans les Yvelines.

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Lyon-Perrache sous Manuel Valls

 

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Mesnil-Amelot (Seine & Marne)

28 - Mesnil-Amelot Seine & Marne.jpg

Mesnil-Amelot

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Le Canet

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Rivesaltes (Pyrénées Orientales)

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Camp pour Africains, en cours de construction en Israël.

 

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Coquelles (Nord-Pas de Calais) : une annexe du tribunal de Boulogne dans le CRA, ou la justice délocalisée...

Les associations (de défense des droits, vous savez) et les avocats ne sont pas contents. Un tribunal installé directement chez la police, ils trouvent que cela fait désordre, mais «cela permet de décharger policiers et gendarmes de leurs missions d'escorte». Économie, économie, Horatio !

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 Cornebarrieu (Haute Garonne)

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Melsbroek (Aéroport de Bruxelles National)

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 Vottem (Belgique)

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Vottem encore

37 - Manifestation contre la détention d'enfants à Vottem.jpg

Manifestation contre la détention d'enfants à Vottem

39 - Manif contre la détention d'enfants au camp de Vottem.jpg

Manifestation contre la détention d'enfants à Vottem


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 Bruges

 

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Steenokkerzeel

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Le trop célèbre «127 Bis» (Steenokkerzeel) - Manifestants aidant des internés à s'évader.

 

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Merkplas (Anvers) - Des Camerounais déposent des fleurs à la mémoire de Folefack Sontsa Ebénizert, retrouvé mort dans les toilettes du centre, quelques jours après une tentative d'expulsion violente avortée, à laquelle, passagers de l'avion, ils avaient assisté.

 

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Parfois ils y mettent le feu : Steenokkerzeel.

44 - Parfois ils y mettent le feu - Centre rétention administrative Vincennes.jpg

Parfois ils y mettent le feu : Vincennes.

45 - Parfois ils y mettent le feu - Lampedusa.jpg

Parfois ils y mettent le feu : Lampedusa.


à suivre, hélas...


*  


 

LIVRES - Hypnotic 6 - Donna Leon.jpg



 

LIVRE(S)

 



Vu la longueur de ce double post (fichue habitude), ce n’est pas encore aujourd’hui que nous allons pouvoir vous parler de notre ami Djamal Benmerad, qui est en train de devenir tout doucement l’Arlésienne de notre blog.

Je me contenterai, pour aujourd’hui, de vous parler d’un polar qui vient de sortir.

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Donna LEON

La femme au masque de chair

Traduit de l’anglais par William Olivier Desmond

Calmann-Levy, 2012

250 pages

 



Donna Leon n’est pas une débutante. Pour ses aficionados, elle est une des « reines du polar » les plus considérables

Américaine résidant à Venise depuis 21 ans, elle en est à son 21e volume des aventures du Commissario Brunetti, aventures traduites en une vingtaine de langues… sauf l’italien, histoire de « protéger son anonymat dans la cité des doges ». On ne voit pas très bien l’intérêt, vu que sa photo est très largement diffusée et qu’il y a quand même quelques Italiens qui parlent des langues étrangères.

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Tous ses romans sont de premier ordre. Celui-ci est un des meilleurs.

Comme toujours, la Sérénissime et la Lagune servent de théâtre à l’histoire qu’elle raconte, mais l’histoire qu’elle raconte aurait pu, comme chaque fois, se passer n’importe où en Europe, en juste un peu (ou un peu moins) pire. Car, à l’instar de plusieurs de ses consoeurs et confrères, Donna Leon fait de l’histoire contemporaine à chaud. Elle a simplement choisi le polar comme véhicule.

On retrouve ici, non seulement le commissaire Guido Brunetti, avec sa riche vie intérieure et ses souvenirs d’enfance à la Proust, sa Questure tout entière, énigmatique signorina Elettra en tête, son vice-questore Patta de chef aussi exaspérant qu’indigne, ses collaborateurs et ses subordonnés, mais aussi la partie intime de son existence, où Paola, l’épouse prof de lettres anglaises inconditionnelle d’Henry James et les enfants Raffi et Chiara jouent le rôle dévolu par Eschyle au chœur antique. Paola, descendante pas du tout fin de race d’une longue lignée de richissimes aristocrates et néanmoins marchands (on est à Venise), Raffi et Chiara, qui en sont à l’âge des indignations généreuses et qui croient, comme avant eux l’ont cru leurs parents, qu’il importe de refaire le monde, parce que, tel qu’il est, il est vraiment trop moche.

Ses lecteurs fidèles ont compris depuis longtemps que Donna Leon est une moraliste, et même une moraliste à la romaine. Dans ce livre, elle va jusqu’à l’admettre ouvertement, et ce n’est pas seulement Brunetti qui ne s’y détend qu’à la lecture de Tacite et de Marc Aurèle, mais le personnage central de l’histoire, la fameuse « femme au masque de chair » qui vit en symbiose avec Ciceron et retrouve des parallèles de son propre destin dans Ovide.

Il y a même, et ce n’est pas vraiment surprenant, un rapport étroit avec notre sujet d’aujourd’hui, dans la mesure où le problème de société qui sert de pivot à l’action est, cette fois, la prise de contrôle de l’élimination des déchets – ménagers et toxiques, voire radioactifs – par la Camorra montée sur le Nord, qui en dispose, dans des conditions que nous n’allons pas déflorer, vers des pays comme la Somalie, et autres damnés de la terre et de la mer. Que l'on n’oublie pas, surtout, en lisant, que les corrompus de Venise ont des homologues partout.

C’est superbe.

Ne boudez pas votre plaisir.

 

 ***

16 août 2012 - Marie Mouillé

 

29/05/2010

Encore Patrick Ledent

 

BP Catastrophe - US Navy bis

 

 

Encore Patrick Ledent

                                                                   (suite impromptue)

 

Le post de Marie sur l’actualité d’il y a quinze jours, vous vous en serez aperçus, est en rade. Pépins de santé, très chers amis en visite... tous les prétextes lui ont été bons  pour tirer au flanc. Elle cravache, paraît-il, pour rattraper.
Pendant ce temps, la Belgique n’a de nouveau plus de gouvernement. Ce n’est pas comme si c’était rare. C’est même, peut-on dire, une spécialité nationale. Ce n’est pas non plus comme s’il y avait lieu de s’en plaindre : pendant les longues, très longues, périodes « sans », le personnel politique ne peut qu’expédier les affaires courantes. Pendant les courtes, très courtes, périodes « avec », il se rattrape (comme bientôt Marie) en prenant à la hussarde les décisions que seul peut prendre un exécutif en exercice, comme, par exemple, de débrancher d’une preste pichenette les insuffisants respiratoires (les vieux et les pauvres s’entend). On adore avoir un gouvernement.

Mais il faut que j’arrête de marcher sur les plates-bandes de mon estimée consoeur. Retenez juste que les Belges n’ont, pour l’instant et pour longtemps, pas de gouvernement, et que les voilà derechef de corvée de vote le 13 juin prochain.
Or, mon nouvelliste liégeois préféré, qui est un citoyen exemplaire, va jusqu’à lire dans les gazettes ce que racontent les candidats. (Dieux du ciel où va-t-il chercher le courage ?) D’où la lettre qu’il vient d’envoyer à une douzaine de personnes triées sur son volet (dont moi) et sans Facebook svp ! Puisque je n’ai pas de secrets pour vous, la voilà. (Métro est un machin distribué gratuitement chaque matin dans toutes les gares – en français au sud, en flamand au nord – histoire de convenablement formater le cerveau des navetteurs pas encore chômeurs.)


élections

 

Chères amies,
Chers amis,

Je lis dans "métro" une interview de l'eurodéputé socialiste Marc TARABELLA. Ce dernier rapporte qu'une taxe minime, de 0.025%, sur les transactions financières rapporterait 135 millards d'euros par an à l'Europe.


On va supposer que les chiffres sont à peu près exacts et qu'il n'y a pas de faute de frappe...

Je n'ai pas tiqué sur les 135 milliards. Il y a belle lurette que l'on entend (même moi) valser des chiffres du même ordre. Le milliard est une unité de mesure courante. Elle l'était déjà à l'époque du franc belge et, bizarrement, elle n'a pas dû être convertie au moment du passage à l'euro. C'est à n'y rien comprendre ! J'ai dû relire, par contre, à plusieurs reprises, le 0,025%, tant ce taux d'imposition ne m'était pas familier. Les taux d'imposition moyens des revenus du travail d'un ménage (35%, soit 1400 fois plus) ou de la TVA (21%, soit 840 fois plus) m'étaient plus familiers.

Si familiers qu'il m'apparaissait normal, à moi, par souci d'équité, d'aligner le taux de taxation des transactions financières sur le taux moyen de la TVA en Europe (environ 20%, soit 800 fois plus). Ceci , bête règle de Troie, permettrait donc d'engranger chaque année des économies de 135 x 800 milliards d'euros, soit 108.000 milliards d'euros, juste un peu plus que le nombre de sonnets potentiels chers à Raymond Queneau.

Avec ça on pourrait renouveler 1.080 fois chaque année (c'est-à-dire trois fois par jour) le plan d'aide à la Grèce, fixé à environ 100 milliards d'euros. Ceci sans toucher aux revenus de ses travailleurs. Ça me paraît tellement fou que j'en viens à me demander s'il n'y a pas vraiment une faute de frappe dans la gazette. Mais bah ! On n'a que le plaisir que l'on se donne, n'est-ce pas ?

C'est bien, hein ? Il nous resterait encore une petite poire pour la soif. Par exemple, de quoi sauver chaque année, et toutes les nonante minutes cette fois, soyons pois chiches, la Wallonie, après la scission. Ou toutes sortes d'autres applications qui laissent rêveurs.

Si on a encore soif, après, on peut instaurer un impôt sur la fortune pour les pays qui en sont dépourvus, revoir le taux d'imposition des héritages, du revenu de l'argent, des placements extraboursiers, etc.

Que les plus frileux d'entre vous se rassurent, la mesure avancée par Marc TARABELLA n'est, dieu soit loué, pas encore votée. On y pense seulement. Pour certains, on y pense tant que l'intéressé, à la veille de la présidence européenne belge, est d'ores et déjà traité de communiste. Il faudra par conséquent trouver un arrangement. Soit oublier cette mauvaise idée, soit réfléchir ensemble à un taux de taxation moins usuraire.

Voilà, ça va mieux quand c'est dit !

Pat

 

L'argent - LibertéL'argent - égalitéL'argent - fraternité

__________     

 

balançoire

Balançoire que tout ça !

 

 

*

 

C’est drôle : pendant que je copiais-collais à votre intention la lettre de Patrick, voici qu’il m’en arrive une autre. De Michel Collon. Qui s’en est allé à Genève interviewer Jean Ziegler.

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à parler de milliards, et même de milliards de presque morts, comme de la pluie et du beau temps ? !

 

*


Jean Ziegler interviewé par Michel Collon :

« Les enfants du tiers monde meurent à cause des gangsters de la Bourse »


Dans ses livres qui ont marqué l'opinion, Jean Ziegler n'a cessé de dénoncer le caractère absurde et criminel des politiques du capitalisme envers les peuples du tiers monde. Il a été le rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l'homme aux Nations unies de 2000 à 2008. Michel Collon l'a interrogé à Genève sur la crise, la Bourse, la faim, Obama, Israël...

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La crise t’a surpris ?

Dans sa violence, oui. Je ne pensais pas que les truands de la finance allaient ruiner l’économie mondiale à une telle vitesse : 1.800 milliards de valeurs patrimoniales ont été détruites. Pour les pays du tiers-monde, c’est une catastrophe totale. Mais aussi pour les pays industrialisés.

 

Ce sont encore les pauvres qui paient ?

Oui. Le 22 octobre 2008, les quinze pays de l’euro se sont réunis à Paris. Sur le perron de l’Elysée, Merkel et Sarkozy ont dit : « Nous avons libéré 1.500 milliards d’euros  pour le crédit et pour augmenter le  plafond d’autofinancement de 3 à 5% ». La même année, les mêmes pays européens ont réduit leurs subventions pour le programme alimentaire mondial (qui ne vit que de ces subventions) de 40 %. De six milliards de dollars à moins de quatre milliards.
Ce qui fait qu’au Bangladesh, on a supprimé les repas scolaires. Un million d’enfants  sont gravement et en permanence sous-alimentés. Ces enfants meurent donc à cause des gangsters de la Bourse. Il y a là des morts véridiques. Les spéculateurs, aujourd’hui, devraient être jugés au tribunal de Nuremberg.

 

Quelle leçon les puissants ont-ils tiré de la crise ?

Aucune. Prenons l’exemple de la Suisse. Le contribuable suisse y a payé 61 milliards de dollars pour le sauvetage de la plus grande banque : UBS. L’an dernier, en 2009, les dirigeants d’UBS, toujours proches de la  faillite, se sont distribué entre eux des bonus pour quatre milliards de francs suisses ! Le pillage est total et l’impuissance des gouvernements qui se comportent comme des mercenaires est totale aussi. En tous les cas en Suisse, en France, en Allemagne où j’ai quelques renseignements. C’est un scandale permanent.
Le masque néolibéral est tombé, évidemment, avec sa prétendue légitimité. Mais le cynisme et  l’arrogance des banquiers triomphent totalement.


Et du côté du public, sens-tu une évolution ?

Non, si tu regardes les chiffres, ils sont catastrophiques. Toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim. 47.000 personnes meurent de faim tous les jours. Un milliard de personnes (c’est-à-dire un homme sur six) sont gravement et en permanence  sous-alimentés. Alors que l’agriculture mondiale dans l’état actuel de son développement pourrait nourrir sans problème douze milliards d’êtres humains avec 2.700 calories par individu par jour ! Donc, au début de ce siècle, il n’y a plus aucune fatalité. Un enfant qui meurt de faim, au moment où nous parlons, est assassiné. C’est catastrophique.
L’ordre mondial du capital financier globalisé est meurtrier - épidémies, décès par la pollution de l'eau , etc… - et en même temps absurde : il tue sans nécessité. C’est l’ordre des oligarchies et du capital financier mondialisé. Sur le plan de la lutte contre la faim, l’échec est total.


Tu as été, de 2000 à 2008, le rapporteur des Nations-Unies sur le problème de la faim dans le monde. Quel bilan tires-tu ? As-tu servi à quelque chose ?

Oui. La conscience a augmenté. Plus personne aujourd’hui, ne considère ce massacre quotidien comme un fait de la nature. On va en Europe, je crois, et en tout cas dans les pays de la périphérie, vers une insurrection des consciences. Il faut une rupture radicale avec ce monde cannibale.
Alors que le problème de la faim n’est pas résolu, on dépense de plus en plus pour faire la guerre.
En 2005, pour la première fois, les dépenses mondiales d’armement (pas les budgets militaires, juste les dépenses  d’armement) ont dépassé mille milliards de dollars par an. Nous vivons dans un monde d’une absurdité totale.


Obama avait pourtant fait de belles promesses…

Il est vrai qu’Obama suit totalement la surdétermination de l’Empire. Je ne l’ai jamais rencontré, c’est sûrement quelqu’un de bien, mais la réalité qu’il affronte est effrayante. Les Etats-Unis restent la plus grande puissance industrielle au monde : 25 % des marchandises industrielles sont produites  par eux, avec pour matière première le pétrole : 20 millions de barils par jour, dont 61% sont importés. On peut l’importer de régions comme le Moyen-Orient ou l’Asie centrale, ce qui  les amène à maintenir une force armée totalement hypertrophiée, et le budget fédéral est donc complètement parasité par les crédits militaires… Mais telle est la logique de l’Empire.


Quel est ton sentiment sur ce qui se passe maintenant en Israël et comment cela peut-il évoluer ?

Je pense que Tel-Aviv dicte la politique étrangère des Etats-Unis avec le lobby de l’AIPAC, comme puissance déterminante.


Avant les politiciens, ce sont quand même d’abord les multinationales pétrolières qui décident d’armer Israël.

Oui, la logique fondamentale est que pour les intérêts pétroliers, il faut un porte-avion stable. Et l’Etat d’Israël mène - ce n’est pas moi qui le dit, c’est un rapporteur spécial des territoires occupés - une politique permanente de terrorisme d’Etat. Tant que ce terrorisme continue, il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient, il n’y aura pas de fin au conflit Iran - Irak, ni rien du tout. Tout est sans issue sauf si enfin l’Union européenne se réveillait, tu comprends ?


Que pouvons-nous faire, nous Européens, pour la réveiller ?

Depuis juin 2002 existe un accord de  libre échange entre Israël et les 27 pays de l’Union européenne, qui absorbent 62% des exportations  israéliennes. Dans cet accord, l’article 2 (c’est le même dans tous les traités de libre échange) dit : "le respect des droits de l’homme par les parties contractantes est  la condition pour la validité de l’accord". Mais les violences faites aux Palestiniens - vol de la terre, torture permanente, éliminations extrajudiciaires, assassinats, organisation de la sous-alimentation comme "punition" collective – tout cela, ce sont des violations permanentes des droits de l’homme les plus élémentaires. Si la Commission européenne suspendait pendant 15 jours l’accord de libre-échange, les généraux israéliens reviendraient à la raison immédiatement. Or, l’Europe des 27, ce sont des démocraties, c’est à nous de jouer, nous, opinions publiques.


Comment ?

Il faut forcer nos gouvernements. Nous ne sommes pas impuissants. En Belgique, il y a beaucoup de problèmes, en Suisse et en France aussi. Mais une chose est certaine : les libertés publiques existent. Il faut se saisir de ces libertés publiques pour imposer à nos gouvernements un changement radical de politique, c’est tout. S’ils ne le font pas, alors il ne faut plus voter pour eux, tu comprends, c’est aussi simple que ça !


Mais tous ces gouvernements sont d’accord de soutenir Israël. En France, par exemple, que ce soit l’UMP ou le PS, ils soutiennent Israël.

Soutenir la sécurité et la permanence d’Israël, c’est une chose. Mais cette complicité avec le terrorisme d’Etat et la politique de colonisation, ce n’est pas possible. C’est la négation de nos valeurs, c’est « du fascisme extérieur » : c’est-à-dire que nos valeurs sont démocratiques à l’intérieur de nos frontières et à l’extérieur, nous pratiquons le fascisme par alliance.


Et enfin, le rôle des médias dans tout ça ?

Ils sont complètement soumis. Notamment en période de crise, les journalistes ont peur pour leur  emploi. L’agressivité du lobby israélien est terrible. Moi, j’ai subi la diffamation la plus effroyable, et ça continue aux Nations-Unies d’ailleurs, c’est grâce à Kofi Annan que j’ai survécu. Israël est un danger pour la paix du monde, Israël cause d’effroyables souffrances. Et dans ce pays, les opposants comme Warschawski sont complètement marginalisés. Mais si l’opposition israélienne anticoloniale et anti-impérialiste n’a pas la parole, n’a pas d’influence, eh bien, nous allons vers la catastrophe. Il faut soutenir les opposants.


Et le rôle des médias à propos de la crise ?

La crise est présentée comme une fatalité, une catastrophe naturelle. Alors que les responsables sont identifiés !

 

*

 

Catastrophe d'Issy

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La catastrophe d'Issy.

Le patron - Toujours aimable, ce cher Président !... Le fait est que notre douleur sera grande ! C'est une affaire qui va peut-être nous coûter cher !

 

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Comme le faisait remarquer ce matin Thomas Gunzig dans Café serré, chronique matinale (RTBF-La Première - 8h30) où il s'essaie à jouer les Stéphane Guillon belge :  «  Il paraît qu'un milliard d'humains meurent de faim. Voyons le bon côté des choses : ça en fait quand même cinq milliards qui s'en tirent. »


*

 

Illustrations :

Catastrophe BP -
Photo US Navy - Mai 2010
L'argent,
trois dessins de Frantisek KUPKA (1871-1957) pour L'Assiette au beurre (de la série "Danse macabre ou l'Argent" - 1901 à 1907)
« Balançoire que tout ça ! »,
même série de KUPKA pour L'Assiette au beurre.
La catastrophe d'Issy (explosion dans une fabrique d'armes de la région parisienne, qui fit 17 morts en juin 1901), dessin de Théodore-Alexandre Steinlein (1859-1923) pour L'Assiette au beurre du 27 juin 1901.

 


LIVRES

Jean Ziegler (énumération non exhaustive)


Les Rebelles contre l'ordre du monde, Seuil,
1983, 1997.
# Les Seigneurs du crime : les nouvelles mafias contre la démocratie,
Seuil, 1998.
# Le Livre noir du capitalisme,
co-auteur, Édition Temps des Cerises, 1998.
# La Faim dans le monde expliquée à mon fils,
Seuil, 1999.

# Les Nouveaux Maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Éditions Fayard, Paris, 2002. 
# Le Droit à l'alimentation,
Mille et une nuits-Arthème Fayard, 2003.
# L'Empire de la honte, Éditions Fayard, Paris, 2005.


Michel Collon


- Attention, médias ! Médiamensonges du Golfe - Manuel Anti-manipulation,
EPO, Bruxelles, 1992
- Poker menteur, Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres
, EPO, Bruxelles, 1998
- Monopoly, L'Otan à la conquête du monde,
EPO, Bruxelles, 2000
- L'Empire en guerre,
(ouvrage collectif), Le Temps des Cerises, Paris, 2001
- Médias et Censure
(ouvrage collectif), Ed. Université de Liège, 2004
- Bush, le cyclone, Les lois économiques qui mènent à la guerre, la pauvreté et d'autres crimes,
Oser dire, 2005
- Les 7 Péchés d'Hugo Chavèz,
Investig'Action/Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2009
- Israël, Parlons-en !
, Investig'Action/Couleur livres, Bruxelles/ Charleroi, 2010


FILMS

Michel Collon

- Avec Carlos Fittoria : Sous les bombes de l'Otan, reportage, 45', Bruxelles, 1999
- Avec Vanessa Stojilkovic : Les Damnés du Kosovo ; documentaire, 78', Bruxelles, 2002
- Avec Vanessa Stojilkovic : Bruxelles - Caracas ; documentaire, 78', Bruxelles, 2007

 

posté par Catherine L.

 

 

Dernière minute...

Travail de cimenteurs en Afrique et de briquetiers au Bengladesh.

Trois vidéos reçues d'une autre Marie (Paule)...

 

 

 

 

...sur ces athlètes qui seraient médailles d'or si leurs disciplines étaient homologuées par les Jeux olympiques. Simplets qui gagneraient des millions s'ils se contentaient de taper sur des baballes avec des raquettes au lieu de se rendre utiles.