01/11/2012

Il était une fois un paradis...

 

 

1 - MAGRITTE - Les merveilles de la nature - 1953. jpg.jpg

 

« Il était une fois un paradis…


dont la construction remontait au temps où l'esprit planait sur les eaux. L'eau a fini par s'évaporer. C'est pourquoi les anges ont des ailes, sinon ils auraient des nageoires. »

Dans son Interlude n°2, Aline de Dieguez, avant de continuer sa remontée aux sources de tant de misères actuelles, livre à ceux que l’humour n’a pas déserté, sa version personnelle de la création du monde.

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Le véridique récit de la Genèse

Aline de Dieguez

 

Une terre est alors apparue.

Les plantes et les animaux y prospéraient dans une harmonie qui réjouissait la vue et la logique: petits soleils terrestres, melons mamelus et potirons bien ronds s'arrimaient au sol par de mignonnes vrilles, tandis que les prunes et les cerises se balançaient dans les hauteurs et piquetaient l'azur de taches écarlates. Tous les animaux cohabitaient fraternellement : la souris tirait les moustaches du chat, le loup et l'agneau se désaltéraient côte à côte le long d'une onde claire et l'éléphant soulevait très haut ses grosses pattes afin que les lézards qui paressaient au soleil eussent le temps de se réveiller et de se mettre à l'abri.

 Un jour, l'esprit chagrin et pisse-vinaigre qui administrait le verger décida de mettre de l'ordre dans cette luxuriance brouillonne et bon enfant. Ce coquin tendit un piège à deux bêtas qui baguenaudaient dans la clairière.

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*

 

En guise de respiration entre l’interlude et la « pièce de résistance », plus tellement humoristique, nous vous offrons une petite Histoire de Yahvé en BD :

 

http://enutil.canalblog.com/archives/2011/04/25/20975707.html

 

Il semble que le dessinateur ait eu comme une prémonition de la suite.

 

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2 bis - guerre des dieux - fantasy-fantastic-guerre-dieux-big.jpg


Aline de Dieguez


AUX SOURCES DU CHAOS MONDIAL ACTUEL

 

" La chose la plus difficile au monde est de suivre à la trace n'importe quelle idée jusqu'à sa source. " ( Edward Mandell HOUSE )

 

*

2ème Partie

Aux sources du sionisme

 

XIV – La guerre des dieux


A - L'enjeu du conflit

 S'il est avéré que les hommes marchentsur la terre, il n'est pas moins vrai qu'ils habitentdans la moyenne région de l'air. Est-ce en leur corps, est-ce hors de leur corps, ils ne savent? Dans un espace flottant, ni sur la terre ferme, ni dans l'infini, ils sont persuadés qu'ils cohabitent avec des personnages ni entièrement vaporeux, ni entièrement corporels et qu'ils appellent des dieux. Or, ces personnages aussi mystérieux qu'insaisissables sont les véritables maîtres de leur destin terrestre et, croient-ils, extra, infra et supra terrestre.

Longtemps, bien longtemps avant la célèbre "Guerre des deux roses" que connut l'Angleterre au XVe siècle, la Palestine, puis le monde occidental tout entier furent déchirés par une guerre autrement plus féroce et plus durable que le conflit qui opposa les partisans de deux prétendants au trône de nos voisins Grands Bretons et plus fertile en rebondissements que l'illustre "Guerre des fouaces" qui opposa, nous raconte François Rabelais dans son Gargantua,Picrochole à Grandgousier.

 Quant à la Guerre de cent ans, elle fait figure d'aimable plaisanterie à côté de la conflagration qui embrasa la planète durant deux millénaires. Je veux parler de la fabuleuse « Guerre des deux Célestes »

 

3 - Miniature-Mont-Athos-Jesus-priant-son-Pere.jpg

Jésus priant son Père – Miniature du Mont Athos

 

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Où l’on apprendra que la tant vantée consubstantialité des « trois qui n’en font qu’un » fut surtout une guerre au finish entre un père et un fils, tous deux bien décidés à régner seuls.

 

 

*


Ah, si le « vieux barbu avec sa casserole sur la tête » (Vallès dixit), avait eu le sourire de Giuseppe !

 

Giuseppe - Les ailes du paradis

 


*

 Et dans le monde d’ici-bas, celui des infidèles et des sans-dieu, que se passe-t-il ?

 

Humanisme...

Droits de l'homme...

Droit de grève...

Justice...

Fariboles...

... mais les mineurs de fond sont-ils vraiment des hommes ?

Lu dans les gazettes :

 

5 _ journal.jpg

L'histoire se passe en 1948. Oui, je sais, c'est vieux, il y avait encore des mines en activité (se reporter pour info à l'article « Chiens écrasés » de Marcel Aymé dans notre post précédent). Les mineurs du Nord-Pas-de-Calais s'étaient mis en grève. Une grande grève. Pas pour de rire. Et pas sans de fortes raisons.

Le gouvernement de l'époque – du rad-soc Henri Queuille - dont le ministre de l'Intérieur, le Manuel Valls du temps, était le socialiste Jules Moch, décide de quoi ? De tirer dans le tas. Fusils, matraques, trois mille arrestations. Histoire de les mater. (Cela se passe deux ans avant que le socialiste belge Paul-Henri Spaak fasse tourner les canons contre ses propres électeurs et décrète que « la Belgique a besoin de monarchie comme de pain », ce qu'approuve des deux mains le généralissime Franco. Pardon, c'était une parenthèse.)

 Des centaines de grévistes, dont d'authentiques héros de la Résistance, sont condamnés à de la prison ferme « pour entrave à la liberté du travail », alors que le droit de grève est reconnu par une loi, mais bast ! Les Houillères du Nord-Pas-de-Calais s'empressent de les virer. Des gens à casier chez nous ? Ouak beurk, pas de ça Lisette ! Dans les conditions de cet immédiat après-guerre, être licencié de la sorte signifie plus de logement, plus de remboursements médicaux, plus d'école pour les gosses. Que faire ? S'expatrier ou crever la dèche pendant des années... dans une autre région de France, où on peut se joindre aux immigrés sous-payés qui arrivent d'Italie, de Pologne, etc. Et même là : liste noire. Car les « Houillères » ont le bras long.

Les années passent et, un beau jour, la retraite finit quand même par arriver. L'un de ces anciens condamnés – il s'appelle Georges Carbonnier - occupe ses loisirs à mettre à jour ses vieux papiers et une idée lui vient. Avec 17 de ses camarades, ils va voir Tiennot Grumbach, avocat réputé de la cause ouvrière et lui raconte leur calvaire.

Il y avait évidemment prescription (selon que vous serez puissant ou misérable, les prescriptions vous favoriseront tôt ou pas, et on ne vous dit rien des amnisties-demandez-aux-généraux-félons-de-l'OAS). L'avocat réussit à faire révoquer la prescription et réclame réparation à la justice. Motifs : licenciements abusifs et terrorisme d'Etat.

6 - Norbert gilmez - article_1610-LIL03-GILMEZ.jpgLa justice n'est pas pressée. Georges Carbonnier meurt en 2006. C'est un des autres qui doit se présenter à sa place à l'audience enfin fixée, en avril 2011, devant le tribunal de Versailles. Il s'appelle Norbert Gilmez. Il a 91 ans.

Cette cour d'appel déclare officiellement révoquée la prescription et vote aux dix-sept plaignants (c. à d. surtout à leur veuves et descendants puisque presque tous sont morts) quelques clopinettes de dommages et intérêts : 30.000 € chacun.

Un semblant de justice a enfin été rendue.

Euh... c'est compter sans dame Christine Lagarde, l'alors ministre de l'Economie du gouvernement Fillon, qui a sous sa tutelle les Charbonnages de France. Et que fait dame Lagarde ? Elle introduit un pourvoi en cassation contre la cassation..

Survient le changement de gouvernement. Les avocats des mineurs espèrent que la nouvelle majorité abandonnera ces nouvelles honteuses poursuites, au bout de 64 ans. Euh... eh bien, non. Prié de s'expliquer, le ministère de M. Pierre Moscovici n'a pas jugé utile de répondre du tout. Avec les manants, n'est-ce pas plus simple ?

Et ce 13 octobre 2012 :

La Cour de cassation vient d'annuler la condamnation contre les Charbonnages de France pour licenciements abusifs des mineurs grévistes de 1948 et 1952. La prescription levée l'an dernier par la cour d'appel de Versailles s'est ainsi brutalement rabattue sur les ex-mineurs.

Ce qui veut dire que les malheureux vont sans doute devoir rembourser les clopinettes et apprendre une bonne fois pour toutes, par le fait, comment les riches deviennent riches et comment ils le restent.

C'est que, voyez-vous, l'histoire est en train de se répéter dans les Asturies, le Leon, l'Aragon... et que les Prix Nobel de la Paix européens ne se mordent pas entre eux.

Nos excuses pour cette video en anglais – Youtube a supprimé toutes les videos relatives à ces événements en espagnol et en français.


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Choses sérieuses ou prétendues telles :

 

On vote cette semaine aux U.S.A.

Pour élire ou réélire un grand timonier

 

Un citoyen US appelle ses compatriotes à s’abstenir. Il explique comment et pourquoi :

Voter pour la mort

par Linh Dinh

8 - linh_dinh-30.jpg

4 octobre 2012, "Information Clearing House"

Amérique, tu es devenue une  nation de complices et de défenseurs de la tyrannie et des meurtres de masse. Alors même que tu condamnes les nazis et les gardiens des goulags d’autrefois, tu célèbres tes propres mercenaires et bourreaux et tu minimises, voire glorifies, les crimes indicibles commis par tes fils et tes filles. Tant que tes soldats sont payés et que tes usines d’armement ronronnent, tu ne te soucies pas de savoir qui tu assassines.

Confortablement nichés dans leurs Luna Parks universitaires, tes intellectuels les plus en vue penchent légèrement à gauche ou à droite, mais jamais assez pour mettre en péril ce navire en feu, craignant trop de gâcher les cocktail-parties ou, dieu les en préserve, d’être révoqués de leurs postes. Des antipasti plein la bouche, ils sont experts dans l’art d’esquiver les sujets tels que la pléthore de crimes d'Israël, le 11 septembre 2001, la fausse mort de Ben Laden ou la Réserve Fédérale parasite et, à l’approche d’une nouvelle élection-mascarade, leur enthousiasme va aux candidats qui prônent les guerres illégales et les fraudes bancaires, puisque les unes comme les autres sont à leurs yeux des moindres maux.

Lors des cinq dernières élections, les vainqueurs l’ont emporté avec respectivement 52.9%, 50.7%, 47.9%, 49.2% et 43%  des votes populaires, ce qui dans aucun des cas n’a représenté un mandat écrasant, les finalistes de l’autre parti majoritaire arrivant bien souvent juste sur leurs talons, et depuis 2000, les devançant même par le nombre réel de voix, le système bipartite a confisqué notre vie publique et  nos porte-monnaie. Quant à nos sénateurs, seuls deux d’entre eux ne sont ni démocrates ni républicains. A partir de là, une élection aux Etats-Unis n’est plus qu’un référendum bidon en faveur de ce système profondément corrompu et meurtrier ; et, par le seul fait de voter, vous lui donnez le feu vert pour qu'il continue ses massacres et ses pillages. Tous les quatre ans, on nous amène par le bout du nez à cautionner  une guerre qui n’en finit pas et une corruption qui n'a pas de fond. Si nous nous montrons déçus, nos média abrutissants et laveurs de cerveaux sont là pour faire de nous des clones de ceux qui nous violent.

Le « Bon Vieux Parti » (républicain, NdK) flanque la frousse aux classes moyennes et supérieures en les menaçant : « Si vous ne votez pas pour nous, les Dems vous piqueront votre fric durement gagné pour le refiler à des parasites, des accros au crack et autres ratés de toutes sortes ! », tandis que dans le même temps les démocrates paniquent à leur tour les classes inférieures en les semonçant : « Si vous ne votez pas pour nous, les Reps laisseront pourrir vos culs à couches de retraités sous un pont, vous dormirez sur un bout de carton ! » mais, seigneur, seigneur, seigneur, tout ça est déjà en train de se passer, alors, motus sur les détails.

Il est dans l'ordre qu'au moment où notre bulletin de vote le plus important n'a pratiquement plus de signification,  on nous fourgue une myriade d’incitations à voter pour des tas de choses et de gens insignifiants, qui vont des balourds chantants aux bouffons dansants, en passant par les hypertrophiés aux anabolisants. Les Américains n’ont jamais autant ni aussi souvent voté pour rien.

Chaque parti dépeint l’autre comme le mal absolu, alors que tous deux sont prostitués jusqu'à la glotte à un complexe militaro-bancaire qui n'en finit pas de répandre le malheur et la destruction dans le monde entier, y compris ici. Tout en délocalisant vos emplois, il peut se faire qu'ils vous balancent un téléphone cellulaire gratuit ou vous permettent de vous marier avec un partenaire de votre sexe, mais, sérieusement, le temps n'est-il pas venu d’exiger que notre argent soit dépensé de manière responsable et dans notre intérêt ? Hélas, non : tout ce qu’il nous est pemis de faire, c'est mendier de misérables petites modifications sans portée, au lieu d'exiger et d’obtenir des changements véritables, et nous devons voter, et revoter encore, pour des menteurs et des criminels avérés, et espérer contre toute évidence que, cette fois, ils ne nous empaleront pas. Cela ne vous fait-il rien de sentir tous ces mensonges et ces trahisons vous sodomiser à sec ? Mais, le pire de tout, c'est que c'est vous-mêmes qui avez permis à cette chose de vous arriver, même si ce n'est que symboliquement, en votant comme vous l'avez fait pour l'un des deux partis de la guerre et de la corruption tous azimuts. Tout laisse penser qu'ils vont encore obtenir 99% de vos voix, et l'Amérique aura encore une fois soutenu en masse un programme ouvertement criminel, et le monde en sera une fois de plus atterré.

Avec sa dynamite de bande dessinée, le récent discours de Netanyahu à l'ONU rappelle Powell et son graphique bidon d'avant l’invasion de l’Irak, mais Bush, au moins, avait essayé de convaincre qu'une guerre était nécessaire, alors qu’Obama ne s’est même pas donné cette peine. Ignorant le Congrès et le peuple américain, il a simplement donné l’ordre de bombarder massivement la Lybie, crime qu'il a cyniquement qualifié d’«action militaire cinétique», déchaîné des frappes moindres contre la Somalie, le Yémen et le Pakistan, et envoyé en Syrie des terroristes mercenaires, tout cela sans aucune protestation notable de notre peuple anesthésié ni de notre intelligentsia rampante.

Abrutis par la propagande non-stop menée par nos media aux ordres dans cette maison (de fous) des miroirs, nous ne voyons pas et nous ne nous soucions pas de la manière dont les autres nous perçoivent, car, alors même que des protestations internationales s'élèvent, que nos drapeaux brûlent, que nos soldats sont tués par de prétendus alliés et que, sondage après sondage, nous apparaissons comme une des nations les plus méprisées sur la terre,  nous continuons de croire que nous sommes aimés et admirés de par le monde. Nos politiciens ne sont que trop heureux de flatter ce sentiment de vanité. Romney, «  Nous avons la responsabilité morale de maintenir l’Amérique au rang de la nation la plus forte sur terre, l’espoir de la terre, la cité brillante sur la colline. » Obama, « Ne soyez jamais contre les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont été, et seront toujours, la seule nation indispensable aux affaires du monde. » Seuls des enfants peuvent croire en quoi que ce soit d'éternel, mais c’est ainsi que nos papas et nos mamans politiciens nous parlent aujourd’hui.

Ainsi, le monde sera une fois de plus atterré, comme le sera la postérité, à moins que nous ne puissions prouver que nous ne nous tenons pas tous derrière le criminel heureux. Déjà, presque la moitié des Américains ne donnent plus leur voix dans aucune élection, mais nous devons en faire une abstention volontaire, un signe de protestation clair et non pas un acte d’apathie. Le monde doit voir que les Américains ne sont pas tous aussi dérangés et hypnotisés que ceux qui votent avec allégresse pour un criminel après l’autre. Nous valons mieux que ça, alors prouvons-le. Imaginez des milliers d’entre nous dans des lieux publics, déclarant « PAS EN NOTRE NOM ! » Plus tôt nous pourrons divorcer d'avec notre gouvernement voyou, plus tôt nous pourrons nous en débarrasser. A défaut de mieux,  résister à cette farce électorale, c'est nous laver les mains, au moins partiellement, du sang innocent que l'on verse. C’est la seule décision morale.

Linh Dinh est un poète, auteur, traducteur et photographe vietnamo-américain né à Saïgon en 1963 et arrivé aux Etats-Unis en 1975. Il est l’auteur de deux livres de nouvelles, de cinq recueils de poèmes, et d'un roman qui vient juste de sortir, Love Like Hate. Il a traduit des poètes occidentaux en vietnamien et des poètes vietnamiens en anglais. Il témoigne de l'évolution de notre société en déclin par les photos qu’il publie très fréquemment sur son blog State of the Union.

Source : http://www.informationclearinghouse.info/article32649.htm

 

traduction de Kahem

pour Les Grosses Orchades

 

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Analyse confirmée par Thierry Meyssan, toujours aussi lucide et parfaitement informé :

Show électoral aux Etats-Unis

 Au cours des 30 dernières années, aucune élection présidentielle US n’a marqué de changement dans la politique extérieure de Washington. Les décisions importantes ont toujours été prises en dehors de cette échéance. Il est tout à fait évident que le président est le maître d’œuvre d’une politique dont il n’est pas le décideur. L’impérialisme yankee sera t-il plus performant avec le sourire d’Obama ou avec celui de Romney ?

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Et pendant qu’on y est, et parce que le sort des Syriens nous importe au moins autant que celui des citoyens US :

 

Les mauvais perdants de la crise syrienne

En 2010, la France a fait le choix de relancer sa politique coloniale. Cela l’a conduit à changer le régime en Côte d’Ivoire et en Libye, puis à essayer de la faire en Syrie. Mais face à l’échec de cette troisième opération, Paris se trouve emporté par les événements qu’il a provoqués. Après avoir armé et encadré des groupes terroristes en Syrie, la DGSE a frappé au cœur de la capitale libanaise.

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Enfin, pour le cas où d’aucuns n’auraient pas compris en quoi tout ceci nous concerne, rien ne vaut un saut chez Jean-Pierre Dubois qui, sur son blog Le Petit Blanquiste, se fait un plaisir et un devoir de nous le rappeler :

 

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17 octobre 2012

Européocentrisme et impérialisme

Sans réalité géographique, « Occident » est un euphémisme utilisé pour désigner le bloc des pays capitalistes/impérialistes constitué des principales puissances européennes et de certaines de leurs extensions historiques : Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, etc.

Les peuples de ces pays, qui ne représentent qu'environ 20% de la population mondiale, ont le privilège de bénéficier du niveau de vie moyen le plus élevé de la planète.

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 31 octobre 2012

Etats-Unis : Pseudo-démocratie et vraie idéologie

« Parce que l’armée reste dans les casernes et que la domination n’est pas totale, nous pouvons prétendre vivre en "démocratie" », observait Howard Zinn. [1]

« Son ouverture et sa souplesse rendent une telle société plus séduisante que bien d’autres, mais elles induisent également un type de contrôle bien plus efficace ».

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 Vient de tomber, au moment où nous mettons en ligne :

 

Cercle des volontaires

 Bibi à l’Elysée : Juifs, « faites d’Israël, votre chez vous ». Un affront aux juifs, un affront à la République.

 

IN ACTUALITÉ, FRANCE, TRIBUNE / BY JONATHAN MOADAB / ON 1 NOVEMBRE 2012 AT 11 H 38 MIN /

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Le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou, actuellement en visite en France, a exercé ses talents de VRP à l’Elysée pour l’Agence Juive. Il a en effet appelé les citoyens français juifs à partir en Israël pour en faire leur « chez eux ».(Voir la vidéo BFM)

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« Jusques à quand nous les briseras-tu, François Normal, avec tes c…….s impérialistes étiquetées socialotes ? »

 

Questions d’Hugo Chavez au président  de la République (sic) Française…

 


 

« Il est espiègle le roi d’Espagne ! »

et quelques considérations du même sur l’Empire, en réponse à une improbable descendante de Newton, qui réussit le tour de force de faire la gueule pendant  20 minutes sans reprendre haleine.

 


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 Pour prendre date :

 

Tous place Stalingrad à Paris le 2 février 2013, pour le 70ème anniversaire de la bataille !

Le rassemblement national avec représentation internationale aura lieu

SAMEDI 2 FÉVRIER 2013 à 15 h. 00

Place de la bataille de Stalingrad à Paris  

(métro Stalingrad)

avec prises de parole et dépôt de fleurs au monument des héros de Stalingrad.

 

Lire ici…

 

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Combien de temps avant que Volgograd retrouve son véritable nom ? Il est étonnant, vu leurs habitudes, que les bookmakers grands-bretons n’aient pas encore ouvert de paris là-dessus.

 

mis en ligne par Théroigne  le 1er novembre 2012.

 

 

 

 

26/07/2012

Incursion au paradis... Interlude estival

 

 

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Héraclès, Thésée, Ulysse y sont allés avant elle... en descendant très très bas.

Elle y est allée malgré elle, en montant très très haut.

Mais ses découvertes valent bien les leurs.


 

 

Aline de Diéguez

 

Incursion au paradis

avant de replonger dans l'enfer du sionisme

 

Interlude estival

 

 

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Le grand départ

 

C'est arrivé au moment où Sémimi, rampant sur le dos, d'un côté de la porte, essayait de saisir avec ses deux pattounes tendues la plume de coq que je glissais à partir de l'autre côté. Impertinente, cette plume, allait et venait. C'était magique, elle avait l'air de bouger toute seule et lui chatouillait tantôt les moustaches, tantôt les pattes, tantôt lui gratouillait le ventre.

Excitée, la chatonne guettait, se précipitait, reculait et émettait chaque fois un petit roucoulement de triomphe lorsqu'elle réussissait à l'immobiliser un instant. Elle se roulait sur le tapis, offrant au regard les bouclettes duveteuses de son ventre et sa somptueuse toison d'oursonne qu'elle refusait obstinément de laisser peigner.

Tout à coup, un gigantesque éclair blanc, un bruit de fin du monde …

L'apocalypse.

Et je vis une nuée blanche et le feu fut partout. Je vis sortir des éclairs et j'entendis des voix et des tonnerres .


 

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Et puis pffftt… le grand départ.

Nous n'étions plus là pour contempler l'horizon blanc, rouge, embrasé. Alors lentement, très lentement, un majestueux champignon s'éleva dans les airs et envahit la nuée.

Sublime scénario! Spectacle enchanteur! In illo tempore, les magiciens de l'atome avaient fait une petite répétition sur deux villes d'un archipel du Pacifique et depuis lors, ils se languissaient de revivre l'extase de la toute-puissance. Orgasme de la folie et désir d'apocalypse intimement mêlés.

Je ne peux même pas dire que nous étions réduites en poussière, car la poussière est encore quelque chose, alors que nous n'étions plus RIEN.

Le néant.

Par la grâce d'Einstein et les vertus de sa célèbre équation, notre masse s'était changée en énergie et, photons au milieu de milliards de photons, nous galopions dans l'azur .


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Résurrection

 

Mais les mystères de l'au-delà sont, comme chacun sait, impénétrables et d'abord à leurs heureux bénéficiaires. C'est pourquoi je ne saurai jamais ni comment, ni quand nous avons atterri, les fesses dans l'herbe pour moi et ventre à terre pour Sémimi, sur une pelouse, devant un immense édifice d'où sortaient de mélancoliques volutes mélodieuses.

J'étais ressuscitée ! La résurrection, c'était donc ça !

Même Sémimi était ressuscitée ! Voilà qui n'était pas prévu, car je savais de science certaine que les animaux sont bannis des champs élyséens depuis l'affaire de la pomme de sinistre mémoire et de la gloutonnerie d'un couple de benêts.


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Ainsi, nos photons avaient fait machine arrière et s'étaient reconcentrés en matière - je touchais mes bras, je tâtais mes jambes, tout fonctionnait, mes muscles, mes articulations, ma tête. Aussi sûr que deux et deux font quatre j'en conclus que j'étais au paradis et je fus ravie en esprit.

Mais dans quel paradis avions-nous atterri ?

Pour l'instant nous étions toutes les deux, Sémimi et moi, plutôt ahuries et désorientées. Ressusciter n'est pas une petite affaire. Assises sur l'herbette verdoyante regardant en haut, à gauche, à droite, cherchant un point de repère, je m'aperçus tout à coup que mon pantalon à fines rayures et ma chemisette rose étaient demeurés dans la stratosphère mais qu'ils avaient été pieusement remplacés par une longue tunique blanche à la coupe rudimentaire dotée d'une grande poche sur le ventre. C'était tout à fait le modèle qu'enfant je taillais à mes poupées.

Je fis donc une première déduction capitale : on ne ressuscite pas tout nu.

Mes fesses endolories m'amenèrent à une seconde conclusion : le sol du paradis n'est ni mou, ni cotonneux, ni vaporeux, mais parfaitement ferme et dur .

Le paradis serait-il désert? me demandai-je, ne voyant personne autour de moi. Mais une mélopée envoûtante et mélancolique bourdonnait dans le lointain et signalait d'autres présences.

A tout hasard et ne sachant si je devais me montrer inquiète ou rassurée, je remisai prestement dans la précieuse poche ventrale une Sémimi encore groggy et pour tout dire, non ressuscitée à cent pour cent. Je vis en la soulevant que tous les poils de sa collerette n'étaient pas au rendez-vous et qu'il en manquait également dans le panache de sa queue. Le Très Haut avait dû se tromper dans ses calculs quand il avait compté les photons nécessaires à sa réincarnation parmi les bienheureux. Il avait des excuses, la fourrure était si touffue, si soyeuse et si longue qu'il n'avait pas repéré les poils masqués par le duvet, et peut-être ne connaissait-il pas toutes les ressources de e=mc².


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 Procession

 

La musique se tut. Je me dressai, les sens en alerte et le souffle court. Une colonne d'ombres encapuchonnées avançait en silence dans notre direction, précédée d'un dignitaire richement paré et portant une croix.

Je compris que nous étions ressuscitées chez les mangeurs de dieu. On les nommait ainsi parce que leurs occupants ne se contentaient pas de capter les paroles de leur Très Haut avec une ouie aiguisée ou de flairer le passage de leur créateur dans le thym et le serpolet. J'avais entendu dire qu'ils le saisissaient carrément avec les dents, tout comme Sémimi attrape une souris et, ni une, ni deux l'avalaient et le déglutissaient. C'est pourquoi ils se nommèrent eux-mêmes les déiphages.

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Je continuais à me sentir à la fois inquiète et rassurée en même temps et sous le même rapport. Inquiète parce que, tout de même, cette pulsion anthropophagique me troublait et je ne savais pas si j'étais ou non appétissante; et rassurée, parce que je ne croyais pas avoir une tête de Dieu et Sémimi encore moins. J'en conclus, tout bien réfléchi, qu'il y avait peu de risques que nous fussions destinées à la consommation .

La procession nous doubla sans un regard. Les fantômes avançaient, les yeux baissés, concentrés sur le miracle dont ils étaient le siège. Avaler un Dieu, ce n'est pas une action ordinaire et je me demandais comment exactement se faisait la digestion et l'assimilation. Les leçons de biologie de mon heureuse scolarité me revenaient en mémoire. Je voyais le passage par l'œsophage, l'estomac, la sortie par le duodénum, la fabuleuse usine du foie et sa fonction glycogénique - un mot que la grande sauterelle d'Andrée n'a jamais réussi à prononcer correctement. Et le bol alimentaire progressait dans le labyrinthe de l'intestin grêle et ses mignonnes ventouses et puis la station d'épuration du gros intestin, et puis … la sortie. Ouh, la la.

 

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A ce moment là, le dignitaire de tête dont le coup d'œil perçant, le crâne aussi lisse qu'un genou et la taille rebondie ne m'avaient pas échappé, fit demi tour. Il se planta devant moi et sans même me demander mon nom et s'enquérir des raisons pour lesquelles je me trouvais là, un peu ahurie, avec un chaton grelottant de peur dans la poche, il leva la croix, écarta les bras et à ma grande stupeur, entama une longue homélie. Je me retournai discrètement, mais pas de doute, Sémimi et moi étions bien les seules auditrices d'un sermon prononcé d'une voix à la fois forte et gémissante qui commençait par ces paroles ailées : " Ah ! si vous saviez… Rien ne peut donner un idée … "


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 Généalogie des « ah si vous saviez… » et des « rien ne peut donner une idée… »

 

- Ah ! si vous saviez comme ces lieux sont enchanteurs ! Rien ne peut donner une idée des merveilles qui s'y produisent. Nous nous nourrissons exclusivement de la chair et du sang de notre dieu. Toute autre nourriture nous est interdite car, comme nous sommes immortels, nous deviendrions rapidement gras et ronds comme des barriques, alors que la chair de notre dieu est une nourriture énergétique mais de très basses calories.

Je souris intérieurement, retrouvant mes réflexes de bonne ménagère: plus de problèmes d'approvisionnement, plus de perte de temps à faire la cuisine et un corps toujours svelte. Ce régime m'allait comme un gant. Mais je me demandais comment mon interlocuteur s'y était pris pour conserver son avenante bedaine.

J'avais d'ailleurs remarqué que dans la procession il n'y avait ni vieux, ni invalides, ni clopinants , ni arthrosiques, ni enfants. Est-ce que mon voisin qui avait perdu une jambe dans un accident d'automobile était ressuscité unijambiste, me demandais-je, ou bien sa deuxième jambe avait-elle repoussé? J'opinais pour la seconde hypothèse. Mais le Très Haut avait vraiment bonne mémoire car cet accident était vieux de quinze ans et la jambe coupée ne devait plus être en très bon état.

Je venais de comprendre que mon interlocuteur ne savait pas parler normalement et que l'homélie était son mode d'expression ordinaire. Mais pourquoi toujours ce ton plaintif et traînard ?

Je profitai d'un moment où l'orateur reprenait son souffle pour lui poser une question qui me tourmentait depuis longtemps, à savoir, quel était l'âge idéal pour faire un bon ressuscité. Je me souvenais de la hantise d'une très vieille dame de mes amies sur le point de fêter son centenaire et obsédée par la crainte de ressusciter dans l'état où elle se trouvait au moment où elle me parlait. Elle se faisait tout un roman sur le sujet et avait décidé elle-même le moment de sa vie qui lui semblait le plus agréable à revivre et surtout à vivre pour l'éternité .

La bouche ouverte, il me regardait sans comprendre. Je mis les points sur i .

- S'il vous plaît, pouvez-vous me dire quel est l'âge idéal pour faire un bon ressuscité?

Je n'avais pas de miroir et je ne savais pas si mon moi ressuscité avait le même âge que le moi qui avait été transformé en photon.

Et puis, il y avait la question de la beauté. Est-ce que l'injustice de l'inégale répartition des grâces et de l'harmonie des traits se perpétuait pour l'éternité lors de la résurrection des corps. Il me semblait que c'étaient là des questions capitales à éclaircir .

- Ah ma fille ! rien ne peut donner une idée des perfections de notre paradis. Vous avez l'âge , la forme et la consistance idéales pour être des nôtres . Ah si vous saviez comme le Très Haut sait mettre en place toutes choses afin que la perfection soit au rendez-vous, car il EST la perfection et nous devons tout accepter de LUI. LUI seul connaît le BIEN.

- Mais justement , je ne le sais pas et je voudrais bien être éclairée, insistai-je.

J'avais l'impression désagréable qu'il cherchait à se défiler.

- Ma fille , c'est un grand mystère et nous devons accepter les mystères avec humilité et d'un cœur ingénu. Heureux les simples d'esprit car le paradis leur appartient. Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

Je commençais à être agacée par sa familiarité. Pourquoi m'appelait-il sa "fille"? Nous n'étions pas parents. Quant à faire des derniers les premiers, j'étais outrée d'une telle proposition. Je repensais de nouveau à mes années d'école. J'avais été une élève studieuse et appliquée et une telle injustice, véritable prime à la paresse, m'aurait indignée !


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 La diplomatie céleste

 

J'avais entendu parler de plusieurs variétés de paradis. L'inquiétude de n'avoir pas ressuscité dans le bon paradis commençait à me tarauder. J'essayai de sonder mon interlocuteur sur l'existence des paradis concurrents. Je vis son nez s'allonger de contrariété. Il me concéda que ce paradis-là n'est pas, généalogiquement parlant, le premier. Il n'était pas non plus le dernier. Il avoua un peu piteusement qu'il n'avait pas d'informations sur ce dernier rival car il était déjà un locataire de ces lieux enchanteurs lors de la construction du nouveau-venu et n'en avait entendu parler que par ouï-dire et pas en bien si j'en crois sa petite moue de dégoût.

Je vis que ce sujet le tarabustait. Pourquoi ces mécréants avaient-ils construit un nouveau paradis alors que celui que foulaient ses sandales était parfait et qu'il y avait de la place pour tout le monde?

Il changea prestement de sujet et se lança dans un récit enflammé sur la préhistoire de son habitacle. Il m'expliqua que les Déiphages sont les enfants des Elusiens, ainsi nommés parce qu'ils se déclarent eux-mêmes les élus du Très-Haut, c'est-à-dire ses chouchous.

- Nos racines plongent dans leur terreau, mais comme nous sommes d'habiles jardiniers, notre arbre prospère dans un ciel plus bleu et plus pur si bien que la luxuriance de sa chevelure de feuilles et de branchages s'épanouit dans un monde nouveau.

Il s'enflammait de plus en plus et devenait lyrique, accompagnant son discours de grands mouvements des bras. Je reculais un peu pour éviter le va-et-vient intempestif de la croix sous mon nez. La voix geignarde continua sa démonstration ponctuée par de légers balancements de la tête .

- Le climat, la végétation, la qualité de l'air tout concourt à l'épuration de nos âmes et produit des effets bienheureux sur nos corps. Nos nuques ont perdu la raideur que beaucoup dénonçaient chez nos pères. Notre silhouette est devenue souple et gracieuse et nos voix déroulent des arpèges mélodieux à la gloire de notre maître bien aimé.

Il ne put s'empêcher de faire une petite moue d'autosatisfaction . Puis il reprit une mine modeste pour ajouter .

- La discipline s'est assouplie: l'obéissance à la lettre de la loi de sinistre mémoire n'est plus la règle absolue. Nous savons que l'esprit est caché sous la lettre et nous nous exerçons jour après jour à soulever des kilomètres et des kilomètres de voiles de brume afin de tenter de le débusquer. Nous traquons le mystère, le souffle du Très Haut et les manifestations les plus infimes de ses grâces éthérées. Ainsi, les meilleurs de nos athlètes sont en mesure de communier avec les ramifications les plus minuscules de l'abondante frondaison de notre arbre.

Ces exploits me remplissaient d'admiration. Ces sportifs du Très Haut pouvaient donc rivaliser avec Sémimi quand elle s'élançait dans le cerisier à fleurs et galopait jusqu'à l'extrême pointe tout en sachant toujours apprécier le centimètre qu'il ne fallait pas dépasser pour avoir des chances de faire demi tour sur la branche ployante. Je jetai un coup d'œil à ma poche: le chaton avait les yeux fermés et semblait dormir.

Je n'osais pas bouger. Pendant ce temps, la voix monocorde me parlait du respect que les Déiphages éprouvent pour l'antique paradis des ancêtres , mais je sentais comme une réticence dans le ton de sa voix.

- Je reconnais cependant que notre respect pour nos parents est tout frais. C'est vrai que pendant les lustres et des lustres, nous leur avons fait d'aigres reproches et notamment celui d'avoir vilainement occis notre père fondateur. Ah ! les méchants ! Mais maintenant, nous chantons à pleine gorge un hymne à leur gloire et à chaque nouvelle aurore, nos litanies s'ouvrent par l'hommage suivant que nous répétons plusieurs fois: "Quand les Elusiens, nos pères, eurent connu mille et un printemps, ils engendrèrent les déiphages, porteurs de l'ultime accomplissement" - c'est-à-dire nous-mêmes ajouta-t-il avec une petite moue qui se voulait modeste. Mais j'avoue que notre réconciliation est une couche de peinture qui nous colle encore aux doigts et nous n'avons pas réussi à effacer tous les tags et les graphismes insultants qui ornaient - pardon, polluaient - nos murs et nos manuscrits . Nous les traitions alors d'embryons desséchés, de préludes racornis et pire encore, de tueurs du Très Haut.

Il baissa la tête, tout contrit, perdant un instant de sa superbe et de son assurance. Bien que mes lèvres fussent aussi hermétiquement closes qu'une tombe, il devait m'entendre m'étonner de ce que le BIEN et la PERFECTION eussent égaré leurs pères pendant tant de lustres. Comment cela se pouvait-il ? Encore un mystère. Ah ! si nous savions…

Mais il retrouva toute son énergie pour continuer.

- Même si nous n'osons plus le dénoncer à haute et intelligible voix, leur forfait nous reste sur l'estomac. Car c'est bien un forfait, même si nous disons maintenant qu'il a été exécuté sous les ordres d'un intrus, un barbare qui commandait alors la place.

Il s'échauffait.

- C'est tout de même eux qui ont livré le doux pacifiste, notre maître, à ce chef cruel qui l'a fait occire. Incarnation de la bonté et de toutes les vertus, maître des éléments, apaisant les tempêtes, marchant sur les eaux, multipliant les pains et les poissons, guérisssant des aveugles, des paralytiques, des hémoroïsses, redonnant vie à des membres desséchés, ressuscitant une jeune fille par-ci, un jeune homme par-là, il a même réussi à se ressusciter lui-même après avoir passé, dans une sorte de grotte, trois longues journées durant lesquelles nous ignorons de quelles métamorphoses il a été le siège. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il en est ressorti tout frais et rose et, pour notre plus grand bonheur, il s'est élevé dans les airs par ses propres moyens et siège maintenant parmi nous.

Ce discours enflammé m'impressionna. Accomplir tous ces exploits avant d'arriver au paradis, c'était vraiment très fort. Mais je revins timidement au sujet.

- Vous avez donc réussi l'exploit admirable d'avoir signé un traité de paix avec vos ennemis héréditaires. Ainsi, après deux mille ans d'obstination, ces opiniâtres se sont donc enfin ralliés à la Vérité!

- Oui et non répondit-il avec gêne. Et même plutôt non. Ce fut une négociation ardue dans laquelle ils sont restés sur leurs positions et j'avoue que c'est nous qui avons fait un grand pas en arrière dans leur direction. Car notre bureaucratie est ingénieuse et elle a produit une nouvelle doctrine : celle de la supercession par laquelle nous avons reconnu que cette ancienne tribu était déjà sauvée et qu'elle n'avait pas besoin de notre nouveau sauveur. D'où il résulte qu'eux seuls, sur toute la planète, n'avaient pas besoin de notre Maître et Sauveur.

J'étais pleine d'admiration pour ce subtil match nul qui permettait à chacun de camper dans son paradis particulier .

- Quel travail vous allez avoir pour expurger tous les anciens grimoires et récrire l'histoire du monde à partir des lunettes qu'apporte cette nouvelle doctrine, m'exclamai-je. En somme, vous reconnaissez que cette tribu s'était arrogé à bon droit un statut particulier .

- Du calme, ma fille, rien ne presse. Je préfère ne pas chercher à élucider ce mystère. Les mystères sont faits pour demeurer mystérieux.

Il se lança dans une démonstration alambiquée sur l'évolution des mathématiques, une histoire de parallèles qu'Euclide ne pouvait pas réunir et qui, maintenant, se croisent joyeusement.

Je ne voyais pas le rapport entre les perpendiculaires et les parallèles de la géométrie classique et l'histoire du salut, mais je me tus prudemment. D'autant plus qu'il voulait visiblement changer de sujet, puisqu'il conclut:

- D'ailleurs les questions théologiques n'intéressent plus personne.

Soupir…

Il fut un temps où nous levions des armées et traversions la moitié du globe pour défendre un dogme. La moindre déviation, le plus petit déplacement de virgule, un chuchotement de doute nous permettaient d'allumer de beaux feux de camps au cours desquels nous rôtissions aux milieu des prières, des processions et des chants les relaps, les renégats et les douteurs de tous acabits.

Nouveau soupir…

Déicide, enfer, damnation sont maintenant des mots pestiférés. Nous sommes devenus mous, mous, mous.

Et pour souligner cette forte parole, il appuya son poing fermé sur son estomac proéminant, où il s'enfonça comme dans un mol oreiller.

Je protestai véhémentement en affirmant que je connaissais un savant ermite qui avait fait de l'étude de ces questions son lait et son miel. Sa grotte est sise dans les forêts de Walburgis et elle est facilement reconnaissable aux manuscrits, rouleaux et papyrus que le sage a attachés sur les branches de l'arbre qui ombrage l'entrée de son modeste refuge afin que tous les oiseaux du ciel puissent se nourrir, eux aussi, de sa divine science.

D'un grand mouvement de croix, il écarta ma pieuse objection et affirma, toujours sur le même ton plaintif, que les déiphages s'étaient amollis et étaient devenus de grands sentimentaux .

- Le social, ils n'ont plus que ce mot-là à la bouche. Ce ne sont plus d'ardents théologiens et des fermes logiciens, mais de molles assistantes sociales.

J'osai l'interrompre en levant timidement le doigt :

- Justement, est-ce que votre sauveur n'a pas cautionné une grave injustice sociale en prétendant que l'ouvrier de la onzième heure et celui de la première heure auraient le même salaire? Est-ce que ce n'est pas là un encouragement à la paresse et une déstabilisation du tissu social? Récompenser les tire-au-flanc qui n'exécutent qu'un douzième du travail, c'est commettre une grave injustice à l'égard des courageuses masses laborieuses et cet arbitraire n'est-il pas de nature à démotiver les lève-tôt, qui rêvent de travailler plus pour gagner plus?

Un peu gêné, il bafouilla quelques paroles sur les voies du Très Haut qui sont impénétrables et sur une générosité qui devrait plaire aux syndicats, puis il dévia la conversation sur une histoire de chameaux et de riches qui ne pouvaient passer par le chas d'une aiguille - il voulait me faire comprendre que le chas d'une aiguille est la porte d'entrée normale de ce paradis.

Je restai longtemps méditative. Même en faisant de gros efforts de mémoire, je ne parvenais pas à me souvenir à quel moment j'étais passée par un si petit orifice. Même Sémimi a dû avoir du mal à se glisser par un si petit trou. Mais, conciliante, je ne voulus pas le contrarier et je reconnus volontiers que les pauvres sont si maigres qu'ils se glissent aisément à travers le chas de l'aiguille la plus fine.

Mais un doute s'infiltrait dans les circonvolutions de ma cervelle pendant que je regardais sa mine vermeille et son bedon rebondi.

C'est à ce moment-là qu'il aperçut la petite tête de Sémimi. Réveillée par quelques éclats de la voix monocorde, elle s'était risquée à jeter un coup d'œil sur le monde extérieur. Les deux pattounes posées sur le bord de la poche, elle avait l'air d'écouter gravement le sermon. Mais le sermonneur n'était pas d'humeur à apprécier la grâce d'un chaton angora chu d'un astre obscur. Il fit un saut de carpe en arrière, lâcha la croix qu'il tenait dans la main droite en poussant un cri d'horreur. Soulevant à pleines mains la robe de laine blanche qui le couvrait jusqu'aux chevilles et découvrant des mollets de coq, il détala à toutes jambes en levant très haut les genoux.


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 Fuite

 

Je pris la fuite moi aussi, mais en sens inverse . Sémimi toujours blottie dans ma poche, je filai, le nez au vent droit devant moi. Mais où me diriger? J'aurais bien aimé rencontrer le miraculeux fondateur de ce paradis et vérifier de mes yeux son état de conservation après un passage de trois jours dans une grotte obscure. Mais je ne savais pas où ils l'avaient mis.

Nous avons longtemps, longtemps, marché, errant au hasard. Partout le vide et un silence cotonneux troublé de-ci, delà, par les volutes de mélopées mélancoliques et de gracieuses vocalises lorsque nous passions à proximité de grandes bâtisses rectangulaires ornées de croix. Mais ma première rencontre avec le déiphage-qui-n'aimait-pas-les-chats m'avait rendue méfiante. Pourquoi en voulaient-ils à ma petite merveille? J'étais consternée de découvrir que nous évoluions en milieu hostile.

Mes yeux commençaient à s'habituer à la lumière d'un gris bleuâtre, ni jour ni nuit, qui donnait l'impression de nager dans le brouillard .

- Est-ce le soleil ne se lève jamais en ces lieux, me demandai-je? Comme tout a l'air triste !

Je fis une caresse à ma petite chatte et je poursuivis un chemin qui avait l'air de ne mener nulle part. Comme nous étions dans une sorte de désert, je déposai Sémimi sur le gazon. Je sentais qu'elle avait envie de se dégourdir les pattes et de renifler l'herbette du paradis.


 

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Je suivais son errance. Tout à coup elle marqua un temps d'arrêt devant un buisson particulièrement touffu et disparut dans l'herbe haute. Inquiète, je l'appelai d'une manière de plus en plus pressante. Silence et absence.

Nerveusement, j'écartai les branches et je vis qu'elles masquaient l'entrée d'un tunnel. J'appelai ma chattoune, hésitant à entrer. Toujours rien. Alors, rassemblant mon courage, je me lançai dans le tuyau noir .


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 Rencontre

 

Devant moi, un rai de lumière et un spectacle qui me cloua sur place de stupeur.

Un vieil ermite, les cheveux en broussailles, appuyé sur un bâton noueux et vêtu d'une longue robe crasseuse, gratouillait le ventre d'une petite chatte qui se roulait de bonheur sur le dos en jouant avec les poils gris et crépelés d'une barbe qui lui arrivait jusqu'aux genoux. Le vieil homme hoquetait de rire en ouvrant une bouche presque vide dans laquelle un chicot dans la mâchoire du bas avait l'air de danser au rythme de ses éclats de rire.

Interdite, j'appelai doucement ma chatte. Elle vint offrir à la caresse de ma main son petit front têtu avec un léger roucoulement de fond de gorge, puis retourna vivement vers le vieil homme et sa barbe odoriférante qui offrait de si passionnantes ressources à ses gratouillis.

Il me fit un petit signe de la main, accompagné d'un sourire édenté qui se voulait engageant.

J'avançai prudemment, méfiante.

J'avais tort .

Il entra dans une cahute qui me rappela la chaumine enfumée de mon ami le fabuliste et ressortit avec des victuailles: des pommes de terre bouillies pelées et non pelées, en rondelles ou entières, une assiette de purée froide et un petit pot d'un produit blanc que je devinai être du lait caillé .

En levant le nez, je vis une chamelle dont l'état de décrépitude me semblait à peu près égal à celui de son maître, mais qui réussissait l'exploit de produire un peu de lait afin d'accompagner les tubercules qui semblaient faire l'essentiel, sinon la totalité de la nourriture du vieil homme.

Tout corps glorieux que j'étais devenue grâce à ma résurrection, je sentais un petit creux dans l'estomac et j'acceptais avec enthousiasme et mille remerciements l'offrande du vieil ermite, un peu surprise par cette mono nourriture. Sémimi émoustillée par la barbe du vieil homme lapa joyeusement un petit bol de lait caillé .

Pendant que nous nous restaurions, tout heureux de voir sa solitude égayée par des visites, mon ermite me raconta l'histoire de son paradis. Et, comme il se doit, il commença son récit par ces paroles ailées : " Il était une fois…


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L'annexe temporaire des anti-chameliers

 

Il était une fois …

- Nous étions un groupe ardent, composé de frères déiphages et de membres de l'antépénultième paradis. Nous vivions modestement et fraternellement et nous respections tous les codes et toutes les lois de notre paradis. Nous avions tout mis en commun et chaque matin, nous distribuions à chacun le même nombre de spaghettis, de pommes de terre, de noisettes et de cacahouettes, selon l'arrivage. Nous étions solidaires, fraternels et plutôt maigres, parce que le temps passé à compter et à partager équitablement les biens empiétait sur celui qui était réservé à la production.

Mais tout le monde sait que la justice est un poste coûteux et peu rentable.

Mais, très rapidement nous nous aperçûmes avec colère et indignation que les passe-droit, les inégalités et les injustices s'étaient insinués subrepticement et prospéraient comme des orties près d'un tas de fumier. De plus en plus de gros et gras congénères nous narguaient en conduisant dans les pâturages de plantureux troupeaux de chameaux et de chamelles.

A la vue de ces troupeaux, notre sang n'a fait qu'un tour. Nous qui étions toujours aussi maigrichons que le jour où nous sommes passés par le chas de l'aiguille d'entrée, nous avons nourri de gros soupçons : nous avons compris que le chas de l'aiguille n'était pas le seul moyen pour pénétrer dans les espaces azuréens et qu'il devait y avoir quelque part un grand portail qui laissait passer les gros richards et les somptueux troupeaux de chameaux qui leur permettaient d'arrondir les panses et les bourses.

Un barbu issu du paradis des Elusiens a rédigé pour notre usage un nouveau code de conduite qu'il a appelé, pour faire court, un Manifeste .

Il fallait, disait-il tout raser et repartir à zéro avec des volontaires, construire un nouveau paradis et consolider nos frontières. Lorsque le Bien et toutes les Perfections règneraient chez nous, nous pouvions espérer convaincre les autres paradis de se joindre à nous et d'adopter nos règles. Quelques missionnaires particulièrement musclés fourniraient une aide précieuse.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous avons construit un grand mur autour de notre paradis avec un seul portail pour assurer le passage à tous ceux qui acceptaient de mettre en commun les troupeaux, les vêtements, les économies petites et grandes et même les quignons de pain. Tous étaient les bienvenus, sauf les chameliers, ces koulaks malhonnêtes, en représailles de ce qu'ils avaient frauduleusement occupé et perverti le paradis précédent.

 

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Mais c'est plus difficile qu'on ne le croit de vivre harmonieusement dans un paradis. Comme disait un éminent adepte de la secte des déiphages, il y aura toujours des tire-au-flanc, des crasseux, des voleurs et des filous. Beaucoup se sont reconstitué en catimini un petit troupeau de chameaux qu'ils ont introduit nuitamment dans le parc céleste malgré le grand mur qui avait été érigé devant le portail principal.

L'annexe a donc bouillonné, puis fermenté vicieusement. Elle a fini par faner, d'abord discrètement, puis spectaculairement. Les feuilles des arbres se sont recroquevillées, les maisons se sont barricadées, tous volets fermés. Puis l'ensemble a pourri et est tombé en quenouille. La moisissure, la rouille, les mites, les cafards et même les crabes et les méduses ont proliféré. Les termites s'y sont mises et par un beau jour d'automne, le frôlement d'une aile de papillon a fait s'écrouler une Baliverna dans laquelle ne végétaient plus que quelques ivrognes, quelques radoteurs et une poignée de policiers.

Quant au mur, un beau jour il s'est si bien effondré sur lui-même qu'il n'est resté qu'un gros tas de poussière et, se plaignit mon hôte, il n'avait même pas pu récupérer quelques gravas pour construire une niche à son chien afin de lui offrir un abri contre le général Hiver.

Pendant que je finissais les dernières miettes du frugal repas généreusement offert par mon ermite et que Sémimi léchait consciencieusement le fond de la coupelle de lait, j'éprouvai un pincement au cœur lorsqu'il m'annonça la mort de son compagnon et le départ, l'un après l'autre, des derniers résidents du paradis des anti-chameliers qui avaient cru qu'on pouvait construire, à partir de rien et avec beaucoup de vertu et de bonne volonté, un beau petit paradis sur terre.


 

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Interlude estival, 23 juillet 2012

 


 

Quand Héraclès est sorti de son incursion dans l’Autre Monde, ses cheveux avaient tellement blanchi que les feuilles d’un bouleau à peine frôlé par lui en sont restées tout argentées d'un côté.

Sémimi aussi a changé. On grandit vite au Paradis…


*

 

 

        

Mis en ligne par Catherine le 25 juillet 2012